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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 18:07

Il est des ouvrages que l'on trouve tout par hasard, un peu comme si l'on venait d'ouvrir une pochette surprise: peu de monde en parle, ils passent totalement inaperçus, et au détour d'un chemin, on les attrape au vol. "Kathy", de Patrice Juiff, est de ceux-là. L'homme est connu comme comédien, certes; il a publié un autre roman, chez Albin Michel s'il vous plaît; mais avant de tomber tout par hasard sur "Kathy", je n'en avais jamais entendu parler. Pourtant, ça mérite d'être évoqué. C'est pourquoi je commets un billet là-dessus aujourd'hui.

Qu'en dire, en effet? C'est une prose qui fonctionne, c'est le moins qu'on puisse dire. L'auteur accroche ses lecteurs en lui soumettant, l'une après l'autre, des petites phrases qui donnent envie d'en savoir plus, à petites doses, et font oublier la longueur des paragraphes et la rareté des dialogues. C'est qu'on ne parle pas beaucoup dans la famille biologique de Kathy, une famille qu'elle retrouve après avoir vécu quinze ans dans une famille d'adoption. Pensez donc: elle se retrouve dans un univers sordide où la violence règne, où tout le monde fume et boit généreusement, et couche de manière pour le moins libérée. Le tout, un peu en marge de la société, c'est le moins qu'on puisse dire. A Kathy de trouver sa place dans cette noce à Thomas!

Cette manière de procéder permet de créer les portraits psychologiques d'une jolie brochette de personnages, à l'instar de Ray, paterfamilias aux airs de pitbull, de Lazlo le métèque, juste toléré parce qu'il est rentable, d'Adèle, malade et mourante, et de sa fille Pam. Plusieurs basculements émaillent ce récit: l'arrivée de Kathy, d'abord, pleine d'illusions qu'elle ne perdra jamais tout à fait, chez sa famille. Puis l'assèchement des économies de Kathy, qui la font descendre du statut d'invitée "princesse" à celui de bonniche corvéable et utilisable à merci; puis l'épreuve de l'euthanasie d'Adèle, pratiquée par Kathy elle-même, qui fait éclater ce petit monde. Kathy n'aura aucun problème à trouver sa place parmi les hommes de la famille, ni auprès d'Adèle, ni auprès de Sol, la fille du ménage; mais sa mère, qui avait pris sur elle de la placer ailleurs, résiste.

On se retrouve donc avec une figure christique, ou du moins hagiographique, celle de Kathy, qu'aucun événement, aucune tuile ne fait vaciller dans sa détermination à trouver sa place dans le ménage - et que rien ne conduit à se révolter, ni les coups, ni les viols incestueux, ni les travaux ingrats. Heureuse d'être là, d'être punie, violée, allant jusqu'à s'autoflageller à l'occasion. Ce n'est cependant pas elle qui sera sacrifiée, mais tous les hommes de la maisonnée, tenants de la violence et de la magouille. En charge de Pam, Kathy finira par retrouver sa mère, qui acceptera d'entendre ses sentiments dans la situation paroxystique, extrême, qui conclut ce roman. La femme comme seule survivante une fois que tout sera achevé? Dites-moi ce que vous en pensez.

Allez-y donc... et bonne lecture! A noter, encore, que l'auteur déclare s'être inspiré de faits réels, survenus dans les années 2003.

Patrice Juiff, Kathy, Albin Michel, 2006.

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commentaires

Quelles Nouvelles ? 13/08/2008 00:36

Bonsoir !

Pas encore eu le temps de rédiger ma critique sur ce recueil, mais je viens de mettre en ligne mon "analyse" de "Vie et mort en quatre rimes" du magicien Oz.

Sabine

Daniel Fattore 13/08/2008 21:28


Bonsoir à toi! J'ai vu le commentaire du livre d'Amos Oz; il ne me reste qu'à le parcourir! Je connais cet auteur de nom, mais guère davantage. Peut-être créeras-tu un déclic?


Sabine 08/08/2008 16:50

Patrice Juiff vient d'avoir le grand prix SGDL (Société des Gens De Lettres) de la nouvelle pour son recueil "La taille d'un ange".

Je l'avais rencontré dans le cadre d'un cycle de lectures organisé par les bibliothèques de Paris. Il a eu la gentillesse de m'offrir une dédicace personnalisée, pas une de ces phrases bateau que les auteurs en pleine séance de signature vous infligent parfois. Un personnage très accessible.

J'ai beaucoup apprécié son recueil et te le recommande. J'ai prévu de déposer bientôt une critique à ce sujet sur mon blog.

Daniel Fattore 08/08/2008 23:20


Félicitations à lui! C'est mérité: à la lumière de ce que j'ai lu de lui, c'est bien écrit. Il faudra à présent que je mette le grappin sur "La Taille d'un ange" - en tout cas, je prends bonne note
du conseil, et me réjouis de lire ta critique sur ton blog.


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