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Mardi 6 mai 2008

plume d'oie #1L'auteur de textes en prose, ou de nouvelles, s'interroge volontiers sur le caractère fluide de son texte, mais aussi sur sa musicalité et sur son rythme. Pour ce faire, il recourt volontiers à une lecture à haute voix, gueuloir que Flaubert n'aurait pas renié. Mais pour développer une sensibilité musicale, a-t-il pensé à la poésie classique?

Avant tout, que les choses soient claires: le français n'a pas la musicalité de l'italien, de l'espagnol, ni même de l'allemand. Il lui faut donc trouver d'autres ressources. Pourtant, le génie francophone est parvenu, depuis longtemps, à créer des rythmes poétiques sur d'autres bases que les principes toniques - qui ne sont pourtant pas reniés. Et peu à peu, les règles de la poésie française se sont mises en place. Une harmonie solide, qu'on peut transgresser mais qui joue pour le poète le rôle des cours d'harmonie pour le compositeur: une base incontournable, un pied-à-terre où l'on revient.

Cette base est faite de formes fixes, de contraintes, de longueurs de vers précises, de rythmes mis en place au moyen d'hémistiches et de césures reproduisant la pulsion de la respiration humaine. Un carcan, une contrainte insoutenable? Que nenni, puisque de grands génies ont démontré l'étendue de leur talent en s'accommodant fort bien de tout cela. J'y vois plutôt un stimulant qui permet à l'auteur de dire ce qu'il veut avec d'autres mots, et de chercher plus profond, en lui-même, ce qu'il veut vraiment dire. Le tout, en musique... puisque la musique d'un alexandrin bien balancé est inimitable, et que le bannissement du hiatus garantit un bon équilibre entre voyelles et consonnes.

Pourtant, m'a dit un ami, la poésie classique est désertée par les jeunes, plus attirés par le style libre, en apparence plus facile. Plus facile, vraiment? Il n'est pas compliqué de poser quelques mots sur la feuille, et de dire: "C'est mon poème", sans même oser y toucher, de peur de trahir le caractère primesautier de ce qu'on exprime. A ce régime, pourquoi ne pas aller pousser un cri dans la rue? La bonne poésie libre est également musicale; quand au vers classique, son rythme double en quelque sorte le sens des mots, permettant à ceux-ci de mieux atteindre le coeur du lecteur, s'ils sont bien choisis. Peut-être l'auteur perd-t-il en profondeur; mais il gagne sans doute en puissance, à la manière d'une chanson.

Il y a plus préoccupant: les règles sont tombées dans l'oubli, ce qui fait que n'importe qui se sent suffisamment en forme pour monter un sonnet: quatorze vers, les doigts dans le nez! Or, du point de vue technique, sans être impossible, l'exercice nécessite de se souvenir de quelques canons. Ceux-ci ne sont pas là pour brider l'inspiration, mais bien pour la canaliser afin qu'elle jaillisse, plus ciblée donc plus forte.

Tout cela est profitable à l'écriture de romans, voire de nouvelles, car cela contraint à chercher en soi une manière moins banale, plus personnelle, de dire ce que l'on a à dire. Et, sans cesse, de faire en sorte que le texte se distingue du bottin téléphonique ou de la rubrique des faits divers de votre journal préféré.

Alors... à quand un bel et bon sonnet?

Pour en savoir plus: http://www.poete.ch.

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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