... serait-ce nous? Jacques Brel les évoquait dans sa
chanson "Voir un ami pleurer", et je ne peux m'empêcher d'y penser quand j'entends des gens d'ici interpréter des tubes qui, finalement, ne sont pas les leurs. Les chansons populaires, celles du
terroir, des racines sont en effet en train de céder le pas, lentement mais sûrement, à celles qu'on entend à la radio et à la télévision. Dur matraquage, dure loi du commerce! A l'occasion du
Premier mai, où les enfants de ma région vont chanter dans les familles et les bistrots, il est temps d'en parler un peu.
Le canton de Fribourg a eu la chance de connaître, dans son histoire, un certain abbé Joseph Bovet, également compositeur et arrangeur, décédé en 1951. Homme de son temps, il est allé dans les
campagnes (déjà qu'il habitait à la campagne!) recueillir les pièces traditionnelles afin de les harmoniser, de les faire connaître et surtout de les préserver. Tout cela, combiné à une politique
active de création de chorales d'église, a permis de chanter tout cela dans les circonstances les plus diverses, religieuses ou profanes (j'abrège, c'est plus long que ça, et ça s'inscrit dans un
contexte catho assez strict dont Joseph Bovet peut être considéré comme le barde officiel). D'autres l'ont fait avant et après lui; pensons par exemple à B. Bartók en Hongrie, à un autre
niveau.
En revitalisant ce patrimoine et en le sortant de son contexte usuel, l'abbé l'a peut-être paradoxalement tué en lui adaptant des harmonisations bien solides qui tiennent
essentiellement de Bach et de Schubert, dira-t-on. Je répliquerai qu'à la réflexion, il l'a plutôt transformé. Certes, on ne chante plus guère dans les chaumières; mais les pièces d'antan
continuent de vivre, au moins, dans de nombreuses chorales. Défenseur et illustrateur de la musique du pays fribourgeois, humble et prolixe artisan, Joseph Bovet a en outre composé plein
d'oeuvres abordables pour les sociétés de chant amateur; d'autres lui ont emboîté le pas et, encore aujourd'hui, il y a des gens qui s'y mettent, conjuguant âme populaire et esprit d'aujourd'hui.
La musique populaire est devenue plus savante, mais elle voit naître des perles.
Mais tout cela se perd petit à petit, et l'état d'avancement de l'érosion de la musique du terroir est bien avancée dans certains lieux. Je pense par exemple à telle chorale "populaire" d'un
département français, entendue récemment près de Guéret, qui n'a interprété que des pièces issues du répertoire des chansonniers parisiens que sont Piaf, Trenet, Bécaud, etc. Autant de choses
qu'on aurait pu entendre ailleurs (donc zéro effet de découverte, fatal pour un curieux!), et le plus souvent mieux: rarissimes sont les chorales qui excellent vraiment dans la musique de
variétés, et ont un vrai groove. On a volontiers bazardé les oeuvres écrites pour choeur au profit d'une telle musique parce qu'elles étaient considérées comme ringardes; peut-être aussi qu'il
n'y a jamais eu personne pour recueillir les pièces traditionnelles que chantaient les anciens. Mais la musique à la mode se démode aussi, et bien plus rapidement! Alors qu'il y a toujours
quelque chose à prendre dans la sagesse populaire. Or, le résultat du choix de répertoire, c'est que la région représentée par la chorale à laquelle je pense donne l'impression de ne plus
avoir de musique propre - donc d'être amputée d'une partie de son génie. Et malgré la vivacité d'une tradition, le canton de Fribourg n'est nullement à l'abri d'un tel glissement.
J'avais dit "peuplade sans musique"...?
Au sujet de l'Abbé Joseph Bovet
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Encore un de ces jeux d'écriture... il s'agissait cette fois-là de glisser les mots suivants dans le texte: plis,
navette, caoutchouc, planche, rideau, fourchette, écran. De quoi écrire des histoires de repassage, mais bien d'autres choses encore. La preuve.
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