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Mercredi 30 avril 2008

Image Ref: 1087-20-56 - Bag Pipes and Piper, Viewed 706 times... serait-ce nous? Jacques Brel les évoquait dans sa chanson "Voir un ami pleurer", et je ne peux m'empêcher d'y penser quand j'entends des gens d'ici interpréter des tubes qui, finalement, ne sont pas les leurs. Les chansons populaires, celles du terroir, des racines sont en effet en train de céder le pas, lentement mais sûrement, à celles qu'on entend à la radio et à la télévision. Dur matraquage, dure loi du commerce! A l'occasion du Premier mai, où les enfants de ma région vont chanter dans les familles et les bistrots, il est temps d'en parler un peu.

Le canton de Fribourg a eu la chance de connaître, dans son histoire, un certain abbé Joseph Bovet, également compositeur et arrangeur, décédé en 1951. Homme de son temps, il est allé dans les campagnes (déjà qu'il habitait à la campagne!) recueillir les pièces traditionnelles afin de les harmoniser, de les faire connaître et surtout de les préserver. Tout cela, combiné à une politique active de création de chorales d'église, a permis de chanter tout cela dans les circonstances les plus diverses, religieuses ou profanes (j'abrège, c'est plus long que ça, et ça s'inscrit dans un contexte catho assez strict dont Joseph Bovet peut être considéré comme le barde officiel). D'autres l'ont fait avant et après lui; pensons par exemple à B. Bartók en Hongrie, à un autre niveau.

En revitalisant ce patrimoine et en le sortant de son contexte usuel, l'abbé l'a peut-être paradoxalement tué en lui adaptant des harmonisations bien solides qui tiennent essentiellement de Bach et de Schubert, dira-t-on. Je répliquerai qu'à la réflexion, il l'a plutôt transformé. Certes, on ne chante plus guère dans les chaumières; mais les pièces d'antan continuent de vivre, au moins, dans de nombreuses chorales. Défenseur et illustrateur de la musique du pays fribourgeois, humble et prolixe artisan, Joseph Bovet a en outre composé plein d'oeuvres abordables pour les sociétés de chant amateur; d'autres lui ont emboîté le pas et, encore aujourd'hui, il y a des gens qui s'y mettent, conjuguant âme populaire et esprit d'aujourd'hui. La musique populaire est devenue plus savante, mais elle voit naître des perles.

Mais tout cela se perd petit à petit, et l'état d'avancement de l'érosion de la musique du terroir est bien avancée dans certains lieux. Je pense par exemple à telle chorale "populaire" d'un département français, entendue récemment près de Guéret, qui n'a interprété que des pièces issues du répertoire des chansonniers parisiens que sont Piaf, Trenet, Bécaud, etc. Autant de choses qu'on aurait pu entendre ailleurs (donc zéro effet de découverte, fatal pour un curieux!), et le plus souvent mieux: rarissimes sont les chorales qui excellent vraiment dans la musique de variétés, et ont un vrai groove. On a volontiers bazardé les oeuvres écrites pour choeur au profit d'une telle musique parce qu'elles étaient considérées comme ringardes; peut-être aussi qu'il n'y a jamais eu personne pour recueillir les pièces traditionnelles que chantaient les anciens. Mais la musique à la mode se démode aussi, et bien plus rapidement! Alors qu'il y a toujours quelque chose à prendre dans la sagesse populaire. Or, le résultat du choix de répertoire, c'est que la région représentée par la chorale à laquelle je pense donne l'impression de ne plus avoir de musique propre - donc d'être amputée d'une partie de son génie. Et malgré la vivacité d'une tradition, le canton de Fribourg n'est nullement à l'abri d'un tel glissement.

J'avais dit "peuplade sans musique"...?


Au sujet de l'Abbé Joseph Bovet
Autres compositeurs

par Daniel Fattore publié dans : Musique
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Mercredi 30 avril 2008

Chartreuse verte - Pères ChartreuxEncore un de ces jeux d'écriture... il s'agissait cette fois-là de glisser les mots suivants dans le texte: plis, navette, caoutchouc, planche, rideau, fourchette, écran. De quoi écrire des histoires de repassage, mais bien d'autres choses encore. La preuve.  

Votre chartreuse a un goût


- Non mais il est en train de ramasser tous les plis ! s’écrie Gustave. Il s’étonne de la veine incroyable de son adversaire dans cette partie de belote elle-même épique. Le plus souvent, c’est plutôt lui qui mène dans les joutes du dimanche après-midi. Mais là, Amédée semble vouloir à tout prix la victoire. Le voilà justement qui s’exclame, alignant ses cartes :
- Belote, rebelote, et dix de der !
Battu sous son propre toit ! Pour remonter le moral des troupes, Gustave décide de faire une navette jusqu’à la cuisine et d’y trouver un remontant. Un génépi, peut-être, ou plutôt une chartreuse ? Oui, une chartreuse. Un breuvage qui ne vous laisse jamais en rideau, jamais en carafe. Fidèle, quoi. Peut-être qu’avec un doigt de ce liquide vert dans le sang, ça ira mieux… ? Sa bouteille, Gustave a coutume de la garder emmaillotée dans un cache-bouteille arborant le logo des « Petits plats dans l’écran », l’émission de télévision culinaire qui a bercé le temps où Honorine était encore là. Un souvenir, en somme…
- Vous en voulez ? ça va nous requinquer, demande Gustave à ses trois acolytes.
Les trois commensaux acquiescent. Il y a là Amédée, le fonceur du jour, Emile, qu’on surnomme « Fourchette » à cause de sa propension à manger beaucoup, et Vincent, artiste de la belote, qui fait équipe avec Amédée.
Gustave pose quatre petits verres à pied sur la table, puis les remplit. Et c’est Fourchette qui prend l’initiative de porter un toast à la victoire, avant de se plonger goulûment sur le liquide, sucré et si riche en alcool et en herbes fines. Il fait aussitôt la grimace :
- Eh dis donc, Gustave, ta chartreuse, elle pue le caoutchouc ! C’est une infection !
Chacun se met à renifler son digestif d’un nez soupçonneux.
Amédée confirme.
- Elle a un problème, ta chartreuse, Gustave.
Gustave doit en convenir. Il se gratte donc la tête un instant, puis planche plus avant sur le problème. Il va jusqu’à interroger les autres joueurs de belote :
- Vous savez d’où ça peut venir, vous ?
Le premier, Emile suppute :
- Tu ne l’aurais pas laissée au soleil, des fois ?
- Oh non ! Et elle a toujours son petit cache-bouteille. Ça protège…
- Alors c’est une question de température, peut-être. Tu la gardes au frigo ? demande Vincent.
- Oui, tout est en ordre ! Vous voyez qu’elle est fraîche…
C’est alors que Kevin débarque, un soupçon de panique sur le visage, dans le salon où sont rassemblés les quatre joueurs. Kevin, c’est le petit-fils de Gustave. Agé de 17 ans, il vient régulièrement chez son grand-père quand ses travaux l’exigent. Là, il demande :
- Eh les gars, où vous avez mis la bouteille de chartreuse ?
- Ben elle est là, pourquoi ? Tu bois de la chartreuse, maintenant ? Pas de chance Clarence, elle pue le caoutchouc…
Le visage de Kevin se décompose.
- Merde ! C’est ma faute, aussi… j’y ai planqué mes capotes, c’est nickel comme lubrifiant, et avec ça, je vous dis pas les meufs que j’emballe !


Daniel Fattore
Source de l'image:
http://www.isere-tourisme.com.

par Daniel Fattore publié dans : Textes originaux
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