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Mercredi 2 avril 2008

Michaël Perruchoud, c'est un auteur que je suis depuis un sacré bout de temps, puisque j'avais participé à la correction de son premier roman, "Crécelle et les brigands" - un ouvrage qui réservait quelques pages savoureuses, sensuelles même, et faisait visiter le Vieux Genève. Depuis, il y a eu "Non-lieu", "Poil au Temps", "La Tragédie du Pape Kevin", "La Pute et l'insomniaque", sans compter des pièces de théâtre, des feuilletons, etc. Autant de témoins d'une plume habile dans de nombreux registres.

Avec "Passagère", c'est d'une destinée à la fois ordinaire et exceptionnelle que l'écrivain genevois parle. Ordinaire, puisque la narratrice est une femme, Caroline, qu'on découvre au fil de paragraphes ou de groupes de paragraphes, tout au long de sa vie. Et exceptionnelle, puisqu'elle survit, miraculée, d'une catastrophe aérienne survenue sur un vol qui la ramène d'Asie en Suisse.

Les épisodes narrés par Michaël Perruchoud sont ceux de catastrophes, de ruptures - des épisodes clés, mais toujours douloureux. Il y a d'abord les cauchemars que lui donne Jésus-Christ à l'église. Il y a la catastrophe aérienne. Il y a la noyade de Romain, fils de Caroline. Autant d'événements charnières. Scène capitale de "Passagère", l'accident d'avion survient dans un vol que la narratrice effectue d'Asie en Suisse, après avoir rompu avec son compagnon lors d'une escalade. Il est pour elle l'occasion de rencontrer son nouveau mari, Jean-Claude, l'homme au pull rouge - également miraculé de ce vol. Providence ou simple hasard? La question va diviser le nouveau couple. Mais le vol peut être perçu comme la métaphore du transit de Caroline d'une vie à une autre, en plus d'être celle d'un homme à un autre. 

Le récit adopte une structure éclatée qui concourt au sens profond du roman, devenant lui-même la métaphore d'un avion brisé, ou celle d'une femme qui a ses fêlures. Il est par ailleurs suffisamment flou pour qu'on ne puisse pas vraiment savoir à quelle époque ça se passe: vingtième, vingt et unième siècle? L'utilisation apparemment aléatoire des temps du passé et du présent concourt encore à ce flou en invitant le lecteur à se demander s'il lit le récit d'une vieille dame qui se souvient... ou de tout autre chose, d'autant plus que quelques prémonitions, en pages 116 et 117 par exemple, compliquent le jeu de renvois dans le temps.

Au final, Michaël Perruchoud livre ici le portrait réussi, intemporel et saisissant, d'une femme de notre temps, de notre pays, et pourtant universelle.

Michaël Perruchoud, Passagère, Lausanne, L'Age d'Homme, 2004.

par Daniel Fattore publié dans : Livres
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