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Vendredi 18 avril 2008

Encore un récit produit dans le cadre d'un "jeu d'écriture"... c'est moi qui avais proposé les mots obligatoires: carte, rouge, oriel, usage, pompe, éloge... et, naturellement, croupe, pour faire l'acrostiche. Que celui qui ne sait pas ce qu'est un oriel se réfère... à Wikipedia. Les connaisseurs de la musique de Ravel reconnaîtront dans ce texte la trame de la pièce pour choeur mixte "Nicolette", que j'ai chantée et sur la partition de laquelle j'avais dessiné, en son temps, le truc ci-contre. Les basses du Choeur-Mixte de Bulle s'en souviennent encore...



Il n’est pas venu chez elle par hasard

 

 

 

Assise à la fenêtre, Laure Réal observe le va-et-vient du boulevard, ce défilé incessant de personnes et de voitures. Un rien l’habille en ce soir d’été : une nuisette rouge aux bretelles fines qui laisse nue son épaule un peu blanche et laisse deviner deux petits seins fermes et libres, et une culotte en coton qui découvre la jambe qu’elle laisse pendre de l’oriel. Son pied nu cherche un peu de fraîcheur dans l’air lourd où flotte un peu de poussière ocre.
Un loup des bars s’amène, toutes dents dehors, le poil calamistré à la hâte, l’air d’un caïd des banlieues. La motocyclette qui le transporte trahit le mauvais garçon. Il s’adresse en ces termes à Laure Réal :
- Je m’appelle Slimane et j’ai quinze ans, j’vis chez mes vieux à la Courneuve…
- Arrête ton char, bidasse, répond la jeune fille illico.
- … C’est ça ! T’occupes l’espace et t’aimes pas Renaud !
- Je préfère Mercedes, c’est plus mon genre. Force tranquille, tu vois. Les brutes de pommes, ça me révulse. Alors à présent, dégage.
Dont acte.
Laure Réal retourne à sa contemplation. Le soleil sature d’orange les maisons de la grande avenue. Une authentique carte postale.
S’en vient, à pied, un charmant jeune homme vert qui lui dit :
- Gente Damoiselle, voulez-vous être ma complémentaire, ma tendre moitié ?
- Qu’est-ce qui vous fait espérer cela, beau damoiseau ?
- Je suis vert, vous êtes rouge, nous sommes faits pour nous entendre comme deux couleurs.
- Passez votre chemin, rétorque Laure Réal, un frisson de chagrin dans sa voix en le voyant partir. Après tout, peut-être était-ce l’homme de sa vie ?
Qu’importe, après tout : si c’est le cas, il se battra pour l’avoir. En duel, s’il le faut. Passer ses nuits dans les bras d’un Flanby qu’il faudrait démouler après usage ? Comme l’essentiel est dans l’acte, c’est à éviter. Ce qu’il lui faut, c’est la perfection au masculin. Les rasoirs n’ont rien à faire dans son horizon.
Laure Réal reprend le fil de ses rêveries. A présent, le ciel est violet.
Une Mercedes énorme, six litres et douze cylindres, s’arrête devant l’oriel. En sort un vieux croquant en grandes pompes croco, ruisselant d’or et de richesse mal acquise. Sans trop de complexes, il fait un rapide éloge de la croupe de la jeune fille et lui dit :
- Regarde ma Mercedes, regarde ma Rolex. Tout cela est à toi si tu veux.
- J’ai déjà dit quelque part, dans cette nouvelle à deux balles, que j’étais plutôt Mercedes, mais enfin, je n’en demandais pas tant…
- Mercedes est à peine suffisant pour toi. Tu vaux de l’or.
- Laure.
- L’or quoi ?
- Laure. C’est mon prénom.
- Eh bien, descends, Laure. Entre dans mon antre.
Définitivement convaincue par les écus, Laure Réal descend l’escalier de sa maison, et monte dans la limousine. Posant ses fesses menues sur le cuir rebondi des sièges où déjà l’attend le vieillard, elle pense, un rien vénale, en arrangeant d’un air dégagé ses longs cheveux abondants, souples et soyeux :
- Une nouvelle à deux balles, ai-je dit ? Au fond, c’est parce que je le vaux bien. 

Daniel Fattore. 

 

par Daniel Fattore publié dans : Textes originaux
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