C'est en 2007 que paraît "Coco Dias ou La Porte Dorée", roman de l'écrivain slovène Brina Svit - le premier qu'elle écrit en français. Pour une première, c'est un
coup de maître. Et ce, dès la première phrase, qui contient tout le programme, tout l'enjeu de l'ouvrage: "Si tu écris sur moi, je t'apprendrai à danser". Quel incipit! Le tutoiement signale au
lecteur qu'il entre dans un monde de complicités. Et il lance un roman superbe qui, par-delà les figures du tango, crée d'innombrables traits d'union entre le réel et le réel recréé par
l'écrivain, et en joue.
Rappelons ensuite l'action: Valérie Nolo apprend le tango, Orlando "Coco" Dias voit naître un livre sur lui. A noter que ce tanguero existe vraiment, et a même son site Internet - c'est qu'à part
le nom de la narratrice, ce roman est présenté comme "vrai" par l'auteur. Le narrateur, donc, est en train d'écrire un roman sur le monde de l'art, quand le projet Coco Dias fait irruption dans
son parcours. Mais au fond, l'histoire de Coco Dias et celle de "Chef-d'oeuvre" (le roman avorté, mais jamais oublié) ne sont-elles pas une seule et même chose, à savoir un roman d'initiation
dont seuls les habits changent? Les liens sont en tout cas multiples: Agathe, personnage principal du roman en cours, se rappelle souvent à la mémoire de Valérie Nolo, et comme par
hasard, elle souhaite aussi apprendre à danser. Le tableau "Les Ménines" de Vélazquez constitue un autre trait d'union, un peu comme si Valérie Nolo, non contente d'écrire une biographie de Coco
Dias, souhaitait produire un tableau de famille où elle s'inviterait, avec son animal domestique - le chat Robert, qui fait écho au chien Iago, qui apparaît au premier plan du célèbre tableau.
Sans oublier l'évocation "Je ne suis pas son peintre officiel" (page 170), réplique de Valérie Nolo, sans doute pas innocente puisqu'elle renvoie au peintre des monarques espagnols.
La Porte Dorée, qui donne son nom au roman de Brina Svit, est l'endroit où sa narratrice prend ses leçons. Elle devient en outre celle du temple du tango.
Une porte que ne franchiront ni l'ex-compagnon (mari?) de Valérie Nolo, ni "l'homme aux quatre initiales", personnages à jamais profanes en matière de tango. Pourrait-on considérer cette porte
comme la métaphore du passage par lequel commence toute existence? En l'occurrence, c'est le lieu où se déroulent les débuts de la formation de Valérie Nolo, à la manière d'une gestation, et où
s'écrivent les notes du roman sur Coco Dias. Est-ce également le lieu d'une naissance pour la narratrice, qui ignore les origines de sa mère et recherche dans tous les idiomes sa langue
maternelle? La question est pertinente. En tout cas, la naissance du tango aboutira de façon éclatante en Argentine, pour la narratrice, et celle du roman se traduira par l'ouvrage que le
lecteur a entre ses mains.
Brina Svit, Coco Dias ou La Porte Dorée, Paris, Gallimard, 2007.
Le site
de Coco Dias.



Derniers Commentaires