Vendredi 16 mai 2008 5 16 /05 /Mai /2008 10:23

UPDATE: il y a apparemment une possibilité de commander le disque "Nos retrouvailles futures", ici:

http://www.fodge.ch/fodge-music/francais/shopping/shopping.html


Bien du plaisir, et merci de vos visites!

Par Daniel Fattore - Publié dans : Musique
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Jeudi 15 mai 2008 4 15 /05 /Mai /2008 22:34

J'ai commis le présent texte pour le concours des "Nuits Intimes" 2006/2007, sur suggestion de l'écrivain Catherine Gaillard Sarron. Parmi les lauréats de ce concours, on trouve Mélanie Richoz, mais aussi la Belge Fanny Charpentier. Mon texte a été remarqué, ce qui m'a valu un prix assez généreux en chocolat... mais aussi sa mise en musique par Thierry Romanens et The Melting Fodge Project. Le résultat dépote assez bien...

Lettre à un être cher

Cher ami de toujours, 

Il est temps que je t’écrive ces quelques mots pour te dire à quel point tu comptes dans ma vie, une existence faite de tristesses et de désillusions à laquelle tu confères de précieuses étincelles de tendresse. Sans toi, que mon foyer serait froid ! Mais quand j’y reviens, après une rude journée de dur labeur, et que j’ouvre la porte, tu éclaires ma pauvre maison de ta féconde et chaleureuse lumière – cette petite lumière qui, au bout d’une route rocailleuse, m’attire comme une phalène. Naturellement, tu sais très bien me prendre par les sentiments, même quand il me semble ne plus en ressentir, tant je me sens vidé.

Ii tu savais mon cher, de quel bonheur chacun de tes dons m’inonde ! Ai-je envie, au crépuscule vespéral, d’une bière bien fraîche de ma marque préférée ? Toi, tu vas me la livrer, sans jamais te plaindre. Deux ? Complaisant, tu n’hésites pas à me l’offrir. Trois, quatre ? Aucun souci… Parfois bien sûr, tu me signales, quinaud, qu’il n’y en a plus. Dans ces circonstances, rarissimes il faut le dire, je te suis infidèle puisque je vais rechercher ce gouleyant plaisir chez Fred, au bar du coin. Mais je finis toujours par revenir vers l’être le plus important à mes yeux : toi. De temps à autre, tu me proposes un peu de viande froide, ou des yaourts, voire le pétillement d’une bouteille de champagne, les soirs où l’ambiance choisit de m’envelopper de ses amples velours de romantisme passionné. Une pizza chaude ? Ce n’est pas ta tasse de thé, nous le savons tous les deux. Mais tu ne me tiens pas rigueur d’en commander une chez Vittorio ; tu es même le premier à me rappeler son numéro de téléphone en me présentant, quand j’en ai besoin, sa carte de visite. Ce travail d’équipe suffit à faire de nos soirées télévision autant d’expériences inoubliables… alors qu’elles seraient si mornes sans toi.

Mais comme tout le monde, il t’arrive de tomber malade. Une tragédie, alors, fond sur notre modeste demeure. Mais qu’à cela ne tienne ! J’appelle mon ami Lucien, l’électricien. Lui connaît mieux encore que moi les secrets de ton cœur, et tout se passe comme si tu goûtais profondément les moments privilégiés où ses efforts se déploient sur toi, où ses doigts experts inspectent ton intimité engourdie. Chacune de ses visites te redonne vie. En récompense, tu n’hésites pas à lui offrir une de ces bières bien fraîches dont tu as le secret. Et tu sais très bien ne pas m’oublier.

Oui, mon cher ami, tu mérites bien une déclaration enflammée. Pour apporter autant de joies au vieux garçon endurci que je suis, il n'y a que toi, mon frigidaire, qui saches y faire.

Le blog de Fanny Charpenter: http://emmastuyts.skynetblogs.be/
Le site de Melting Fodge: http://www.fodge.ch/fodge-music/francais/artists/melting-fodge.html

Par Daniel Fattore - Publié dans : Textes originaux
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Mercredi 14 mai 2008 3 14 /05 /Mai /2008 21:29

Corrida - Gijon, SpainLes résultats du Prix Hemingway sont tombés il y a quelques jours, primant un certain Robert Bérard pour "Corrida de Muerte", et consacrant quelques auteurs déjà pas mal en vue, à l'exemple de l'excellente Françoise Guérin, mais aussi des textes signés Pierre Bordage, Régine Detambel ou Magali Duru. Georges Flipo a du reste également participé à l'épreuve cette année. C'est l'occasion pour moi, petit Suisse aux bras pas si noueux que ça, de parler un peu de ce que ce prix a d'à la fois fascinant et repoussant... l'un étant peut-être la cause de l'autre, à vous de voir.

Le principe? Chaque année depuis trois ans, c'est le même: sont admises au concours des nouvelles d'auteurs publiés (quel que soit le support), portant sur la tauromachie. Un sujet difficile et controversé s'il en est...

Comme souvent, c'est un truc purement quantitatif qui m'a accroché dans cette affaire: organisé par les éditions Au Diable Vauvert, ce concours est doté de quatre mille euros. De quoi me payer un complet neuf! De plus, le caractère assez exclusif du sujet ne peut que parler à un type qui n'a pas d'a priori et considère que plus le thème est difficile, moins il y a de concurrence. En outre, la composition du jury garantit à l'auteur qui envoie son texte d'avoir été lu par des personnes qu'on dit autorisées, par exemple par des écrivains confirmés - sans compter le lauréat de l'année précédente. Et pour ne rien gâcher, la publication d'un texte au Diable Vauvert, même dans un collectif, c'est un joli coup. Bref, tout ça a l'air sérieux. Et semble effectivement l'être.

Reste le sujet... la tauromachie, art controversé, je l'ai déjà dit. Le concours m'a fait tilt; j'ai donc ouvert "Mort dans l'après-midi" d'Ernest Hemingway, qui parle exclusivement de la lutte entre l'homme et le taureau. J'en garde un lumineux souvenir. Cet essai adopte le ton de l'aficionado un peu blasé, le genre que vous pourriez rencontrer au coin d'un bar, pour raconter les mille et une ficelles du métier. De nos jours, vous en trouvez de tout pareils, partout dans le monde, qui vous parleront de football... surtout à l'approche de l'Euro. "Il tecnico di bar", dirait le très recommandable écrivain italien Stefano Benni - le génie en plus. Certes, il s'agit d'une mise à mort; mais Ernest Hemingway parvient à mettre en valeur la beauté du sport tauromachique, sublimant la souffrance et la violence sans pour autant l'occulter.

Les arguments des opposants à la tauromachie peuvent faire mouche également. Hemingway évoque certes le fait que la mise à mort du taureau est cruelle, mais parvient à la transcender pour en garder la quintessence; les anti-corrida, eux, révèlent une vérité nue: l'animal souffre, le torero fouaille la bête pour l'achever... quand il en est capable. La mise à mort d'un taureau dans une arène paraît insoutenable aux opposants de cet art, d'autant plus que la bête n'a pas souvent "bien" vécu: petits enclos, conditionnement propre à rendre le taureau peu combatif face au torero. Et puis, à l'instar des coulisses du Tour de France, celles de la corrida ne sont pas toujours très reluisantes.

Face à tout cela, que penser quand on habite en Suisse, pays où les bovidés se battent entre eux dans le cadre des "combats de reines"? Difficile à trancher. Même si certains arguments des opposants sont un peu faciles (la mise à mort est barbare, mais alors que dire des abattoirs industriels - qui tuent d'ailleurs beaucoup plus que les arènes? Et dès lors, pour quelle cause vaut-il mieux réserver son énergie?), il est difficile de condamner l'afición sans état d'âme. De même qu'il est impossible, compte tenu de la force de l'argumentation des opposants à cette tradition, de dire simplement qu'il s'agit d'un beau spectacle. Rude débat! Difficile de condamner sans appel, difficile d'approuver sans arrière-pensée. Comme tant d'humaines choses...

Si je devais écrire là-dessus, il me faudrait forcément rendre compte de cette tension. Un exercice profondément attirant... et difficile entre tous. En conclusion, j'ai envie de dire que j'ai déjà gagné ce concours, puisqu'il m'a poussé à me remettre, avec profit et délices, à l'oeuvre d'Ernest Hemingway. Ce qui vaut pas mal de prix littéraires.

Le Prix Hemingway: http://www.audiable.com/hemingway/
Alliance Anti-Corrida: http://www.anticorrida.org/
Françoise Guérin: http://motcomptedouble.blog.lemonde.fr/
La Corrida Bulloise: http://www.corrida-bulloise.ch/
Le blog de Georges Flipo: http://georges-flipo-auteur.over-blog.com/

P. S.: un jour, sans doute en automne, je vous parlerai de la corrida bulloise... où le gagnant est supposé non pas tuer le taureau, mais l'emporter avec lui en fin de course. Tout le monde y est convié: enfants, adultes, personnes à mobilité réduite,...


Par Daniel Fattore - Publié dans : Littératures
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Mardi 13 mai 2008 2 13 /05 /Mai /2008 23:14
Parce que le football, ce n'est pas que des horreurs, des hooligans, des garçons qui tapent dans un ballon de football et gagnent à chaque passe plus d'argent que moi en une année...

... le vin est souvent associé à une région, voire à un pays. Et voilà qu'on se retrouve, à la faveur des championnats d'Europe, avec un breuvage rouge associant des cépages typiques de DEUX pays: la Suisse et l'Autriche. Côté autrichien, le Blauer Zweigelt est connu; côté suisse, le garanoir est un cépage tout neuf, créé en 1970 à Pully. Tout cela a été mis ensemble pour créer la cuvée "Europe", également nommée "Grenzenlos" (sans frontière).

Ce vin rouge, je l'ai trouvé sur ma table aujourd'hui à midi. Il accompagnait très bien le cordon bleu qui me servait de plat du jour. Les qualités du vin? Rien de bien méchant, rien de bien exceptionnel; mais rien d'abominable ou de râpeux non plus. Ses créateurs sont parvenus à produire une boisson plutôt lisse et consensuelle, agréable au palais. Peu de surprises donc, mais plutôt une valeur sûre, qui rappelle les fruits rouges. Un rouge qui, du reste, est aussi celui, soutenu, de la robe de ce produit.

Le vin blanc? Je n'en ai pas aperçu. Cela aurait pourtant été un complément sympathique. Reste que ce rouge accompagnera très bien vos petits plats et grillades, voire une viande rouge, pendant l'été. Alors... osez un vin plus oriental que d'habitude pendant les matches! Après tout, le meilleur ballon n'est pas celui qui roule sur le terrain... mais bien celui, plein d'un bon petit blanc ou d'un bon petit rouge, qu'on tient entre ses doigts et qu'on porte à ses lèvres.

Par Daniel Fattore - Publié dans : Plaisirs de bouche
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Lundi 12 mai 2008 1 12 /05 /Mai /2008 18:56

Rade terminusMadagascar, le bout du monde, vraiment? En quatrième de couverture de son roman "Rade Terminus", Nicolas Fargues rappelle que si son roman a un but, c'est biend e faire comprendre au lecteur occidental que, considéré depuis tous les "bouts du monde" de la planète, l'occident, c'est le bout du monde. A chacun son point de vue; mais l'écrivain, qui a lui-même travaillé à Diégo-Suarez (Madagascar), défend bien le sien.

"Rade Terminus" présente en effet une belle brochette de personnages débarqués à Madagascar pour les motifs les plus divers. Leur point commun? Ils ne fichent pas grand-chose sur place, même ceux qui sont en mission pour une ONG. Cela renvoie à l'impuissance foncière du monde occidental à agir; Hervé, le seul personnage qu'on attrape à faire quelque chose de concret (construire un chemin pour sa secrétaire) se fait blâmer pour concussion.

Tous ces points de vue, tous ces regards permettent au romancier d'exposer une vision nuancée du pays, qui oscille en permanence entre mépris et fascination, avec un juste milieu peut-être exprimé par le personnage de Mathilde, en voyage de tourisme: "c'est beau, mais pas comme je l'imaginais", dit-elle en substance dans son journal. Quant au mépris, il s'exprime même, et très fort, à travers la bouche des locaux - à l'instar d'un Noir du cru, qui semble un original un peu escroc sur les bords.

Le jeu des personnages donne au lecteur, en principe occidental, l'occasion de réfléchir sur la vanité de l'Occident, à tout ce à quoi il tient alors que cela n'a qu'une valeur toute relative - les psys, par exemple. A ce titre, justement, le dialogue entre Mathilde et un chauffeur de taxi est emblématique: une tentative d'échange entre deux systèmes de valeurs qui fonctionnent... mais sont totalement différents. Celui du taxi semble, à bien des égards, plus sain... Réciproquement, l'épisode de Grégorien, fraîchement débarqué en France pour y mener des études, constitue également un point fort du roman. Le gaillard reste poli en permanence, face à un peuple de nantis qui le déconcerte par ses réponses peu amènes. Du grand cinéma!

C'est que Nicolas Fargues excelle également dans les scènes très visuelles, très cinématographiques. L'épisode de Grégorien mériterait d'être adapté à l'écran, mais aussi celui où l'on voit le jeune assistant Amaury se colleter avec une piqûre de moustique et de l'eau non potable dans sa chambre d'hôtel, avec pétage de plombs magistral à la clé.

Les départs et points de départ de ce roman sont en effet nombreux, mais n'aboutissent pas forcément, à l'instar de projets humanitaires auxquels même leurs responsables ne croient plus. On finit par avoir, au final, l'impression pas forcément déplaisante qu'il ne se passe rien dans ce roman. Pas grave: le résultat constitue un roman profondément original, tout en nuances et petites touches, peignant un pays oscillant entre l'amertume de l'Occidental et la vie quand même, sans doute plus intense à Madagascar qu'en Occident. "Rade Terminus" est par ailleurs pétri de paradoxes et d'éléments étranges, tels ceux exposés au chapitre 48, et renvoie effectivement l'Occidental blanc, lecteur de Fargues, à ses propres contradictions. Plus profond qu'il n'y paraît...

Nicolas Fargues, Rade Terminus, Paris. POL, 2004/Folio, 2005.

Par Daniel Fattore - Publié dans : Livres - littérature en français
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Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /Mai /2008 10:47

... on revient par la fenêtre. C'est un peu l'impression que j'ai quand je me rappelle les vicissitudes de la "réforme" orthographique lancée en 1990 par l'Académie française, Maurice Druon en tête. Qu'en dit actuellement l'institution du Quai de Conti? Avant tout qu'elle ne contient aucune disposition de caractère obligatoire; il s'agit donc plutôt de "recommandations". "Elle estime qu’il y a avantage à ce que lesdites recommandations ne soient pas mises en application par voie impérative et notamment par circulaire ministérielle", ajoute le site Internet de l'Académie française (déclaration du 17 janvier 1991).

Suite des événements en 1992: "
[...] nous n’avons inscrit à titre définitif que les modifications qui visaient principalement à harmoniser l’accentuation de certains mots, tels allègement, allègrement, etc., avec leur prononciation habituelle. Procédant aux rectifications de cet ordre nous avons indiqué, chaque fois que l’usage nous paraissait hésitant, l’existence ou la possibilité de deux graphies (évènement ou événement).", déclare Maurice Druon dans un "avertissement". 

Certaines graphies ont donc été intégrées au Dictionnaire de l'Académie française; les autres restent soumises à l'épreuve du temps, pour reprendre une expression chère aux Immortels, peu enclins à intégrer n'importe quel effet de mode à leur travail. On admet volontiers "chausse-trappe" ou "évènement", mais l'usage n'a pas encore renoncé à l'utilisation du circonflexe ou au changement de statut du tréma ("aigüe" plutôt que "aiguë").

Certaines graphies sont également reprises par les dictionnaires usuels à côté des orthographes qui nous sont familières, en particulier par le Robert, qui admet par exemple "platebande" à côté de "plate-bande". 

Alors, réforme? Si l'on oublie ce mot de "réforme" et son côté impératif, la chose devient franchement acceptable, et dans un tel esprit, nous intégrerons certains de ses éléments. Reste qu'il convient de ne pas être plus royaliste que le roi en tolérant "nénufar", par exemple, ou en reprenant les éléments les plus exotiques du document (qui écrit "vingt-et-un" pour 21, aujourd'hui? Cela est encore perçu comme fautif).

Sortie par la porte, rentrée par la fenêtre, donc? En tant que telles, les recommandations de 1990 ne sont pas admises en bloc dans les championnats d'orthographe. Seules comptent comme correctes les recommandations reprises par les dictionnaires usuels (en général Robert et Larousse). Je vous conseille de faire de même... cela choquera moins vos lecteurs.

Par Daniel Fattore - Publié dans : Langue française
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Vendredi 9 mai 2008 5 09 /05 /Mai /2008 22:01

Napoléon III, ça vous dit sûrement quelque chose. Le coup d'Etat de 1851, aussi. Mais qu'est-ce que toute cette affaire peut bien nous raconter, à nous, hommes et femmes du vingt et unième siècle, alors que d'autres avant lui, Zola en tête, ont peint cette époque avec brio? On est en droit de se poser la question lorsqu'on ouvre l'ouvrage "Coup d'Etat", signé de l'Académicien français Pierre Moinot. Mais qu'on se rassure: l'Immortel sait très bien répondre à cette question.

J'ai évoqué Zola tout à l'heure, et il est vrai que c'est à cet écrivain que l'on pense dès qu'on évoque le Second Empire. Pierre Moinot est cependant trop astucieux pour s'en faire l'épigone servile. Son petit roman commence donc à la manière d'un récit picaresque, riche en rebondissements et en personnages pittoresques: on y trouve un traître nommé Dagon, un médecin nommé Depierris, des bateleurs, une scène de foire, un maquignon, et des scènes qui n'auraient pas dépareillé "Gil Blas de Santillane". Et ça marche! Tout cela permet cependant d'introduire une notion de duplicité du réel, manifeste dans la scène de la vente d'un cheval... et de ce qui s'ensuit. Méhus, personnage principal et vétérinaire de son état, achète en effet une monture, et tout lui semble clair, y compris le fait que le maquignon lui demande s'il peut regarder sa montre. Or, c'est celle-ci qui le trahit... puisque son attachement à la République, fatal dans le contexte de l'époque, y est marqué. Un geste innocent peut ainsi devenir la pire des trahisons.

Cet aspect aventureux s'interrompt brutalement avec l'épisode où Méhus se retrouve pris dans un guet-apens et, blessé, est contraint de se cacher chez des personnes de confiance. Petit à petit, Méhus réfléchit sur lui-même, et relativise son penchant pour les idées en privilégiant celui des humains. De soigneur, il devient soigné, dans le monde physique comme au niveau des idées, puisque le personnage évolue - d'une manière présentée comme incertaine (p. 220). Cela se traduit par l'oaristys qu'il connaît avec Madeleine, une idylle finalement très chaste puisqu'elle ne pourra pas se terminer - Madeleine faisant dès lors figure d'idéal inaccessible, de péché d'hybris même.

Cela se voit également dans un certain retour aux fondamentaux, à l'exemple du bonheur de la pêche ou des nourritures simples. Une approche très moderne de l'essentiel de la vie, d'autant plus que ce roman vient peu après des oeuvres artistiques mettant en exergue de tels petits plaisirs, à l'exemple de "La première gorgée de bière" de Philippe Delerm, ou du "Fabuleux destin d'Amélie Poulain", film de Jean-Pierre Jeunet. On est bien loin des grandes destinées des Rougon-Macquart!

Alors, que retenir de ce roman dont la première partie se déroule à l'extérieur, de manière active, et la seconde à l'intérieur, de façon plus personnelle? L'auteur montre toute l'affaire à travers les yeux de Méhus, républicain convaincu, qui fait figure de résistant au régime impérial qui se met en place et qui aura la légitimité du plébiscite, c'est-à-dire celle que confère le plus grand nombre. Face à lui, le pouvoir du Prince-Président est certes présenté comme lointain, mais aussi comme hostile et, surtout, illégitime: l'acte de déchirer la Constitution est, pour l'auteur, une forme de... coup d'Etat; Pierre Moinot, du reste, lâche en page 114 le terme de "dictateur" - une personne dont le pouvoir exclusif ne repose sur aucune légitimité, pas même celle de Dieu (qui est celle de la monarchie).

On pourrait voir dans ces actes, dans cette trame, une métaphore de la Résistance pendant la Seconde guerre mondiale; mais de manière plus intemporelle, j'aimerais y lire plutôt la résistance de toujours contre les idées reçues, contre le "mainstream" idéologique qu'on gobe sans esprit critique. Rappelons enfin que tout cela est fondé sur des personnages réels. Pierre Moinot parvient ainsi, et c'est l'une des portes d'entrée de l'art dans ce qu'il a de plus essentiel, à donner un sens au réel.

Pierre Moinot, Coup d'Etat, Paris, Gallimard/Folio, 2007.






Par Daniel Fattore - Publié dans : Livres - littérature en français
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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 22:23

C'est pas tout de parler de poésie classique, s'agit de s'y mettre! Je crois m'en être relativement bien sorti pour ce truc-là. Bonne lecture!  

Internet


Internet est une aire où chacun tient salon.

Clavardage effronté, simple blog ou grand site,

Rapide est la parole, et les mots filent vite.

Petit rien, grand constat, tout propos semble bon.

 

On s’informe en tapant quelque lien d'air fripon ;

Un instant d’attention, puis l’on tient tout un mythe.

Ça paraît si sérieux que jamais l’on n’hésite :

Rien qu’un clic pour un scoop, tout cela tourne rond.

 

J’aimerais cependant ralentir mes idées,

Et calmer un moment ces broncas affolées.

Donnez-moi quelqu’instant, prêtez-moi rien qu’une heure

 

Pour chasser au galop l’univers virtuel.

Les écrans, les claviers, tout cela n’est que leurre ;
Le réel, je le sais, est bien plus naturel.

Daniel Fattore
Le 7 mai 2008

 

 

Par Daniel Fattore - Publié dans : Textes originaux
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"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."

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