Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 20:38

hebergeur imageUn cadavre, quelques fines cannes à pêche tenues par une poignée de bons amis qui passent un week-end entre hommes sur les rives de la Loue, du côté d'Ornans, patrie de Courbet - et, en clé de voûte, un écrivain qui les accompagne, les observe et les dépeint. Tels sont, dans le désordre, les ingrédients de "Ne pousse pas la rivière", roman de Jacques-Etienne Bovard.

 

Les états d'âme d'un écrivain

En effet, tout indique que les premiers éléments ici mentionnés sont utilisés par l'auteur comme un prétexte captivant exposer, en toute liberté, des réflexions sur le statut, la vie et les états d'âme d'un écrivain - nommé, en l'espèce, Philippe Sauvain. Un alter ego de l'auteur de "Ne pousse pas la rivière"? Rien ne permet de l'affirmer formellement, même si la précision de l'introspection laisse penser que l'auteur partage son propre vécu. En revanche, ce sujet, omniprésent, est introduit dès le début, qui fait se côtoyer la vigueur des débuts et l'angoisse de la page blanche: "J'ouvre ce cahier comme on empoigne quelqu'un par la cravate - et devant qui on ne sait soudain plus que dire."

 

C'est donc en observateur agissant que l'écrivain est dépeint par l'auteur. Agissant, dans la mesure où, repéré par un banquier richissime, prodigue et exubérant nommé Max Reuth, il se trouve invité à un week-end de pêche à la mouche sur les rives de la Loue - ce qui l'amène à lire et à pêcher. Observateur, dans le sens où il regarde ses compagnons d'occasion agir. Mais ce statut le condamne à rester toujours, un peu, une pièce rapportée qui ne participe pas pleinement à ce qui se trame, au contraire d'autres personnages, qui réagissent avec violence aux soupçons qui pèsent sur Max à la suite d'un décès trouble dans sa propriété.

 

Un prétexte de roman policier

Ce décès est un prétexte, un MacGuffin typique qui fait courir le lecteur... mais qu'il est bon! Planter un cadavre dans un récit lui donne assez facilement la tension d'une intrigue policière. Ces tensions, l'auteur va en jouer à fond en dépeignant avec soin le caractère des agents de police, patelins, faussement aimables ou franchement autoritaires. Compte tenu des circonstances, Max est le premier soupçonné: sa violence aurait-elle été excessive, un soir de fureur bien imbibée et d'insupportable canicule (l'action est située en 2003)?

 

Tension également autour d'un fait divers qui va mettre à l'épreuve une amitié virile qu'on aurait crue indéfectible: chacun va réagir selon sa partition, comme dans un quatuor à cordes (et l'image est utilisée, en écho au septième quatuor de Shostakovich qui provoque la rencontre entre Max Reuth et Philippe Sauvain), et la durée d'un livre ne sera pas de trop pour rabibocher tout le monde.

 

Les ingrédients d'une ambiance

Ce roman marie l'introspection de l'écrivain et les épisodes les plus calmes ou les plus fous, grâce à des personnages bien caractérisés: un cuisinier défiguré à vie, un banquier, un écrivain et un facteur de clavecins qui fume des joints. Joints? L'auteur ne lésine pas sur les psychotropes pour donner à ses ambiances un supplément de folie, et l'alcool, mêlé à un souci du détail proprement hallucinant, donne en particulier un surcroît d'exubérance au récit. Ce cocktail atteint sans doute son point culminant lors de la scène d'anthologie où l'écrivain, Philippe Sauvain, relate un fou rire qui le prend alors qu'il partage moult whiskies avec Max, qui lui explique, dans une chambre d'hôtel, les ficelles de la pêche à la mouche.

 

Ambiance également lorsque l'auteur intègre massivement des éléments culturels tels que la musique classique (il y a un facteur de clavecins, mais de nombreuses pièces classiques sont citées, d'ambiances diverses), la littérature (Philippe Sauvain lit Guy de Maupassant à haute voix, et les récits du génial nouvelliste trouvent des échos dans "Ne pousse pas la rivière") et la peinture, grâce à l'omniprésence d'un certain Gustave Courbet. Tout cela compose un roman riche en détails, à la texture dense et serrée, propre à séduire les amateurs d'introspection comme ceux qui préfèrent les grands emportements. Car il se passe plein de choses derrière le calme apparent de l'activité du pêcheur...

 

Jacques-Etienne Bovard, Ne pousse pas la rivière, Orbe, Bernard Campiche, 2006.

 

Lu dans le cadre du défi Littérature suisse.

Par Daniel Fattore - Publié dans : Livres - littérature suisse - Communauté : Suisse Romande
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 22:24

hebergeur imageThriller au parfum fantastique, lu par Christophe, Feetish, Soso.

 

William Peter Blatty? Pas sûr que ce nom rappelle quelque chose en dehors de quelques connaisseurs. Mais si je dis "L'Exorciste", cela devrait réveiller quelques souvenirs - eh bien, l'auteur du roman qui a donné le jour au film culte a récidivé cette année avec "Dimiter", un thriller albano-israélien appelé à devenir un best-seller, édité par Robert Laffont dans une traduction française signée Philippe Hupp.

 

Et qui est Dimiter? On le sait à la fin du premier tiers du livre... que je ne dévoilerai pas. Qu'on sache simplement que le premier chapitre constitue un huis clos étouffant à plus d'un titre (comme il se doit pour tout huis clos qui se respecte), mettant en scène le face à face entre un prisonnier politique particulièrement coriace et un représentant des autorités albanaises prêt à tout pour le faire parler. Mais le prisonnier semble mû par des forces surnaturelles...

 

La longueur, source de déséquilibre

Un gros quart, voire un tiers du roman pour savoir qui est Dimiter... il est déjà arrivé, par exemple dans "Tartuffe" de Molière, que le principal intéressé fasse une apparition tardive dans un récit. Mais là où Molière a su rythmer l'attente, force est de constater que William Peter Blatty reste faible: le premier chapitre de Dimiter recouvre aussi toute la première partie du roman... Plus qu'une entrée en matière, l'auteur veut donc donner à ces pages la fonction d'exposition, de mise dans l'ambiance et d'accroche pour le lecteur. Exercice d'équilibrisme périlleux, mais manqué: ce premier chapitre, trop long, fait carrément figure de roman à soi tout seul et, accessoirement, laisse l'impression de se suffire à soi-même tout en appelant une suite, à la manière du premier mouvement d'une grande symphonie. Et les changements de rythme, par exemple sous forme de transcriptions d'entretiens policiers, n'y font pas grand-chose. 

 

Ce péché originel, "Dimiter", composé de 33 chapitres de longueurs pour le moins variables (270 pages au total, remerciements inclus), aura du mal à s'en remettre. Le lecteur reste en effet, tout au long de sa lecture, sous le poids d'un premier chapitre d'une longueur disproportionnée, qui expose un certain nombre d'éléments qui ne reviendront plus (par exemple le fils du meneur de l'interrogatoire, qui sera mutilé dans ce contexte) et, par conséquent, semblent un rien superfétatoires. C'est d'autant plus étonnant qu'on conseille volontiers de commencer par du court pour accrocher, par exemple des phrases courtes en début d'article de journal... Une leçon que l'on peut extrapoler au roman et qu'un Jean d'Ormesson, par exemple, met en pratique à la perfection dans son ample "Histoire du Juif errant".

 

Le fantastique explicité

Mais voyons ce que ce thriller recèle d'original. De la part de l'auteur de "L'Exorciste", le lecteur est en droit d'attendre un soupçon de fantastique ou d'ésotérisme. Et là, il est servi - les incertitudes sont mises en place, longuement (!), dès le départ, et nettement soulignées au besoin par des jugements de l'auteur. Il y a naturellement la résistance incroyable du personnage du prisonnier: l'auteur explique avec un certain luxe de détails l'aptitude de celui-ci à résister aux divers sérums de vérité, et évoque sa force inouïe, plaçant ses deux personnages dans un face-à-face qui fait penser aux joueurs d'une partie d'échecs. Insistant lourdement sur le côté mystérieux du prisonnier (qui n'a longtemps même pas de nom...), il achève son premier chapitre en mettant en scène un groupe apparemment ésotérique qui va surnommer le prisonnier "L'Evêque".

 

Et l'intrigue se poursuit à Jérusalem, ville dont on sait les accointances avec le sacré.Parfait pour faire suite à l'Albanie, pays mystérieux pour plus d'une personne, surtout dans les années 1970 qui représentent l'époque du roman - une période où les catholiques étaient persécutés par le régime albanais, ce que rappelle l'auteur. 

 

Puis, progressivement, le livre donne les clés. Il ne laisse pas le lecteur dans l'incertitude qui est indissociable du genre fantastique, mais explique peu à peu tout ce qui a pu paraître mystérieux au départ. Il est regrettable, ici, que les pages qui suivent l'imposant chapitre d'ouverture tendent à partir dans tous les sens, mettant soudain un scène un médecin de Jérusalem, puis des agents publics, des policiers... les liens entre eux et leur justification apparaissent bien tardivement.

 

Quelques qualités donc pour ce roman qui oscille entre thriller et fantastique - une oscillation qui fait sa force. Mais aussi quelques faiblesses, notamment dans la longueur démesurée du premier chapitre qui fait qu'on entre essoufflés dans le vif du sujet, et dans l'éclatement des pièces de l'intrigue. Tout se passe comme si, à l'instar de tel personnage des "Tontons Flingueurs", l'auteur avait voulu "éparpiller son intrigue façon puzzle". Or, ce que le lecteur attend, c'est justement d'assembler les pièces avec l'aide d'un auteur certes facétieux parfois, mais toujours constructif même si le grain de folie n'est jamais loin. Or, dans "Dimiter", l'auteur joue le jeu trop tard et trop mal... et au final, on regrette un peu d'avoir essayé, de bonne foi, d'y participer.

 

William Peter Blatty, Dimiter, Paris, Robert Laffont/Best Sellers, 2011. Traduction de Philippe Hupp.

Par Daniel Fattore - Publié dans : Livres - littérature en traduction - Communauté : Roman science fiction
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Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Les avions et les astres

 

De lourds pinceaux d'acier marbrent de blanc le bleu

D'une toile immuable aux jours du soleil dieu.

 

Panache immaculé, qui signe le passage

Des oiseaux de métal, fugace témoignage!

 

Géométrie artiste, éphémère entité,

Elle s'estompe tôt en galon coloré.

 

Incessible trésor, la gemme sidérale,

Pure joaillerie, ambre la nuit royale.

 

Sur les velours de l'ombre, incrustés dès longtemps,

Les astres brillent, rois, pour éclaircir le Temps.

 

Or, bientôt, sur la Terre aux artères malades

De cellules en trop, cesseront les aubades...

 

Nilda Cirafici-Iselin, dans Cercle romand de poésie classique, Mélodies, Petit-Lancy, Cercle romand de poésie classique, 2002.

 

 

Par Daniel Fattore - Publié dans : Dimanches poétiques - Communauté : Suisse Romande
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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 23:55

hebergeur imageC'est chez Giny59 que le Défi des Mille rebondit aujourd'hui - avec une chronique du roman "Les Piliers de la Terre" de Ken Follett. C'est ici:

 

http://giny59.canalblog.com/archives/2012/05/02/24115407.html

 

Bien joué - et merci pour cette participation!... Et à qui le tour?  

Par Daniel Fattore - Publié dans : Défi des Mille - Communauté : Roman science fiction
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Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 23:01

hebergeur imageLu par Carlita, Cléanthe, Vénus littéraire.

Lu pour le défi Premier Roman.

Blog de l'auteur.

 

Prenez quelques ingrédients innocents en soi - au hasard, le sexe tarifé, l'économie libérale et la religion. Mélangez le tout dans un esprit conforme aux philosophies qui animent aujourd'hui les ressources humaines. Vous obtiendrez un cocktail explosif. Ce mélange, l'écrivain Charles Robinson l'a réussi avec son roman "Génie du proxénétisme", paru aux éditions du Seuil en janvier 2008, lauréat du Prix Sade la même année. Cela ne nous rajeunit pas, mais le service proposé est adapté à tous les âges... et à tous les sexes. Donc allons-y franchement.

 

Le titre est accrocheur à deux niveaux, pour ne pas dire mieux. Difficile, pour celui qui a une certaine culture littéraire, de zapper, en le lisant, le "Génie du christianisme" de Chateaubriand. Et de fait, l'auteur assume pleinement cette filiation, en reprenant à sa manière la structure de l'oeuvre de l'écrivain de Combourg. Cela est encore conforté par la "Table" conclusive (p. 231 ss), qu'il vaut la peine de lire: elle prend une résonance très particulière dans le contexte visé - qui est celui du proxénétisme, quand même.Et puis (deuxième niveau), l'auteur s'en donne à coeur joie pour faire l'éloge outrancier d'un secteur professionnel d'ordinaire décrié - ou plutôt, de l'exploiter pour dénoncer les excès d'un certain libéralisme.

 

L'auteur s'éclate donc en présentant le proxénétisme, et donc la prostitution, comme un métier d'avenir, propre à redynamiser des régions riches en personnel peu qualifié et sinistrées par la désindustrialisation. De bout en bout de son roman, l'auteur adopte le langage des consultants et spécialistes en ressources humaines pour défendre une certaine position. Et alors que ce discours passerait pour tout à fait normal si l'on était dans n'importe quel autre secteur d'activité, celui de la prostitution, par son caractère potentiellement sulfureux, met en évidence certaines outrances par un biais fort simple: dans "Génie du proxénétisme", la prostitution est considérée de bout en bout comme un métier aussi banal que la boulangerie, la fonction publique ou la mécanique auto.

 

L'auteur développe, page après page, un véritable plan commercial (euh, on parle de "business plan" aujourd'hui, pour faire moderne?) pour décrire les motivations et le fonctionnement d'un vaste bordel moderne nommé "La Cité". Il est donc question de marchés publics, de subventionnement par l'Etat (eh oui - les initiants considèrent le proxénétisme comme un créneau susceptible de contrer le chômage...), de gestion de produits (que proposer? Comment rapprocher les intérêts particuliers et le courant mainstream qui veut des filles (ou des hommes, d'ailleurs) bien calibrés? Il y a là quelques pages sympathiques), de fidélisation du personnel, de reconversions...

 

Tout est donc mis en oeuvre pour montrer que le proxénétisme et la prostitution sont des métiers comme les autres, et donc susceptibles d'être subventionnés par l'Etat et soutenus par les collectivités locales. Le lecteur se sentira sans doute choqué par cette démarche, pour des raisons qui auront trait soit à une certaine vision du corps humain, ou à des retenues émanant de la religion. En admettant que le personnel prostitué est des deux sexes (il utilise le masculin indifférencié pour parler du personnel), l'auteur évite avec art un reproche facile, celui de la prostitution perçue comme dégradante pour les femmes. Le propos de son narrateur est du reste inverse: la pratique de la prostitution est un métier qui peut vous sortir de l'ornière, et donc vous élever par le travail.On comprend qu'il y a outrance et ironie...

 

Voyeurisme? C'est là un autre écueil que l'auteur évite, en tout cas en partie - il lui arrive de se montrer scabreux, pour le plus grand plaisir du lecteur, qui doit quand même en avoir pour son argent, comme n'importe quel micheton. Globalement, l'approche est clinique, entrepreneuriale, et évite donc de s'appesantir sur les détails croustillants. Au lecteur d'imaginer la suite! Cependant, l'auteur ne laisse pas ses lecteurs démunis: le livre recèle quelques scénarios pervers, quelques témoignages de prostitué-e-s heureu-x-ses de travailler pour "La Cité", de développer de nouveaux plans pour leurs clients dans un esprit d'orientation clientèle des plus étonnants, et de témoigner ensuite de ce que ladite "Cité" leur a apporté. Et vice versa.

 

En recourant à un discours usuel dans tous les secteurs professionnels usuels pour dépeindre celui, nettement plus controversé, du proxénétisme, l'auteur met en évidence le double discours des ressources humaines, placées dans une position qui les pousse à défendre les intérêts de l'entreprise tout en ménageant leur personnel, qu'il faut quand même exploiter pour faire fonctionner le système. Là, l'auteur déploie un sens peu commun de la reprise des clichés du discours des ressources humaines. A la lumière du proxénétisme, ce discours prend une teinte inédite - et comme le monde des ressources humaines se nourrit de formules, on a envie de citer plus d'une phrase de ce livre.

 

En définitive, le lecteur pourrait bien finir par être convaincu par l'idée que la revitalisation de certaines régions sinistrées pourrait passer par ce type particulier de "service à la personne". Outrancier jusqu'au bout, ce roman suggère même que cela peut marcher, même s'il y a aussi des défis à relever. Le lecteur se retrouve donc placé dans la position inconfortable de celui qui doit choisir entre "pas de prostitution parce que c'est dégradant" (donc on garde le chômage) et "ouvrons la porte au proxénétisme parce que c'est l'avenir" (mais franchement, en arriver là...). Au travers de cette vision outrancière, c'est aussi un certain libéralisme qui est dénoncé, à travers des définitions séduisantes, mais qui montrent leurs limites lorsqu'on les distord un peu.

 

Foin de théories: vous avez envie de lire un business plan sans vous ennuyer? Vous avez envie de rire un bon coup en vous positionnant d'emblée au deuxième degré, celui qui décrypte les formules toutes faites? Essayez l'ironique roman "Génie du proxénétisme", vous ne le regretterez pas.

 

Charles Robinson, Génie du proxénétisme, Paris, Seuil, 2008.

 

 

 

Par Daniel Fattore - Publié dans : Livres - littérature en français - Communauté : Eurêka!
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Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 20:41

hebergeur imageAvec avril, la saison des dictées a repris pour moi - elle devrait se prolonger jusque tard dans l'année, un peu comme d'habitude (source de l'image). Et sur ce coup-ci, j'en ai déjà quatre à mon actif, dont trois le même jour...

 

... comme un prélude lointain, la toute première a eu lieu à Saint-Vaury plus précisément, le 14 avril dernier. Jacqueline Bayol, organisatrice hors pair du championnat d'orthographe de la Creuse, a à nouveau concocté, à cette occasion, un texte qui a fait transpirer plus d'une personne parmi la centaine de candidats de tous âges. Pour cette dixième dictée, le thème était pourtant populaire, puisqu'il était question des la "fête des voisins". Mais dans ce genre de fête, on fait connaissance en toute fraternité autour de bons petits plats - ce qui a donné à l'auteur l'occasion de décrire un buffet fort appétissant, composé de plats fort exotiques: keftas, mozzarella de bufflonne (avec deux N - ça m'apprendra à considérer que les cartes des pizzerias sont des références en matière d'orthographe...), chop sueys, bigarreaux et bigarades, rien ne manquait. Tout cela sur l'herbette, ce qui a valu quelques sympathiques clins d'oeil botaniques. Avec quatorze fautes et demie, ce n'est certes pas mon meilleur score; mais les circonstances font que je me suis hissé à la deuxième place en "seniors confirmés" sur ce coup-ci, soit mon meilleur classement à ce jour à Saint-Vaury - derrière Jean-Paul Perrier. Et je suis reparti avec un panier garni des plus savoureux...

 

Deuxième également à la dictée de "L'Hebdo", disputée samedi dernier à l'heure de l'apéritif! Pour cet exercice (rédaction du texte et dictée proprement dite), l'hebdomadaire d'actualités romand s'est à nouveau assuré les services du journaliste de télévision Darius Rochebin (déjà évoqué ici il y a deux ans), qui a fait face à quelque 90 candidats bien concentrés parmi lesquels l'on distinguait pas mal de jeunes. Le texte partait de Jean-Jacques Rousseau, décidément inévitable au Salon du Livre de Genève, pour aboutir sur quelques généralités relatives à la langue française - sans véritable histoire, mais avec quelques difficultés qui n'ont guère échappé à la sagacité des coutumiers de l'exercice. De fait, le podium était constitué de briscards de l'orthographe: j'ai été devancé par Guy Deschamps, Dico d'Or venu du Calvados; Antoine Saucy, champion suisse en 2009, s'est adjugé la troisième place. Pour ma part, je suis reparti avec un bon d'achat dans une librairie, qui devrait me permettre d'acheter... de beaux dictionnaires tout neufs. Il est à noter que Guy Deschamps, Antoine Saucy et moi-même (et d'autres, peut-être - bravo à toutes et à tous!) avons réalisé ce "grand chelem" des trois dictées du jour.

 

J'ai lamentablement échoué au pied du podium de la dictée de la Tribune de Genève, donnée après - juste le temps de partager un repas, et c'était reparti, toujours au Salon du Livre! Signé Evelyne Jaques, le texte était fort joli et rappelait l'épopée des aéronefs à air chaud. Sur ce coup-ci, j'aurais dû dégainer mon guiderope plus vite pour m'assurer un atterrissage en douceur. Le texte a été dicté à la trentaine de personnes présentes par Jean-Charles Simon, homme de théâtre et de radio - ce qui s'entendait, entre imperfections (ah, le métier qui rentre!) et dramatisation maximale lors de la lecture du texte en continu. Le gagnant? Guy Deschamps, là aussi. Il est à noter que cette année, la Tribune de Genève a invité des célébrités pour dicter les textes concoctés par Mme Jaques; se sont donc succédé, à la tribune, des figures comme Jean-Michel Olivier, prix Interallié 2010 (dont j'ai évoqué les romans L'Amour fantôme et La Vie mécène), l'avocat chevalier de la langue française Marc Bonnant, ou, dimanche, l'Immortel René de Obaldia.

 

Enfin, c'est la demi-finale du championnat suisse d'orthographe qui a couronné ma journée livro-dictesque marathonienne. Autre auteur, autre texte, autre organisation: Francis Klotz a fait plancher les candidats sur une histoire de camé(e) au mont-de-piété. Savoureuse équivoque que l'histoire de ce drogué qui va mettre au clou un bijou de l'époque romaine! Donnée dans une salle annexe bien calme, cette dictée bénéficie d'une organisation bien huilée (bravo à M. Pierre Mayoraz, Michel Rothen et à tous les passionnés qui l'animent chaque année), ce qui est rassurant et propice à l'indispensable concentration. Les résultats de cette demi-finale seront connus prochainement, mais je me suis compté cinq ou six fautes - compter une marge d'erreur, ou de tolérance, selon le point de vue. La suite se déroulera à Saint-Pierre-de-Clages; et là, j'aurai un titre à défendre...

Par Daniel Fattore - Publié dans : Langue française - Communauté : Suisse Romande
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Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 06:00

Idée de Celsmoon.

Avec: Abeille, Alex, Amos, Anjelica, Ankya, Armande, Azilis, BénédicteBookwormCagire, Caro[line], Celsmoon, Chrestomanci, Chrys, ClaudiaEdelwe, Emma, Emmyne, Esmeraldae, Ferocias, Fleur, George, Hambre, Herisson08, Hilde, Julien, Katell, L'or des chambres, La plume et la page, Lystig, Maggie, Mango, Marie, Mariel, MyrtilleD, Naolou, Restling, Roseau, Saphoo, Schlabaya, Séverine, Soie, Sophie57, Tinusia, Violette, Yueyin, Zik

 

Soleil

 

Soleil, un petit d'homme est là sur ton chemin

Et tu mets sous ses yeux ce qu'il faut de lointains.

Ne sauras-tu jamais un peu de ce qu'il pense?

Ah! tu es faible aussi, sans aucune défense,

Toi qui n'as que la nuit pour sillage, pour fin.

Et peut-être que Dieu partage notre faim

Et que tous ces vivants et ces morts sur la terre

Ne sont que des morceaux de sa grande misère,

Dieu toujours appelé, Dieu toujours appelant,

Comme le bruit confus de notre propre sang.

Soleil, je suis heureux de rester sans réponse,

Ta lumière suffit qui brille sur ces ronces.

Je cherche autour de moi ce que je puis t'offrir,

Si je pouvais du moins te faire un jour chérir

Dans un matin d'hiver ta présence tacite,

Ou ce ciel dont tu es la seule marguerite,

Mais mon coeur ne peut rien sous l'os, il est sans voix.

Et toujours se hâtant pour s'approcher de toi,

Et toujours à deux doigts obscurs de ta lumière,

Elle qui ne pourrait non plus le satisfaire.

 

Jules Supervielle (1884-1960), Le Forçait innocent, Paris, Librairie Gallimard, 1930, cité par Lagarde et Michard, XXe siècle, Paris, Bordas, 1973, p. 369.

Par Daniel Fattore - Publié dans : Dimanches poétiques - Communauté : Suisse Romande
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Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 21:49

hebergeur imageN'avez-vous jamais fait des listes? A part votre rituelle liste à lire, j'entends? Rendu populaire en Suisse romande par l'émission radiophonique "Les Dicodeurs", Marc Boivin fait paraître ces jours-ci son premier livre, "Liste de listes". Et là, tout est dans le titre: le lecteur est baladé d'une liste à l'autre, chacune ayant pour fil rouge un thème étonnant, étrange, improbable - ou tout simplement quotidien, le tout dans un esprit des plus hétéroclites dont le fil rouge pourrait être la philosophie du quotidien. L'auteur revendique sa filiation avec le genre littéraire des listes initié en Chine par Li Yi-chan, sage du IXe siècle, puis repris et amplifié au Japon. Tout cela, avec une grosse louche d'humour et d'attention aux petites choses de la vie.

 

C'est en effet entre ces deux pôles que "Liste de listes" balance. Les listes se réfèrent à des sujets d'une grande diversité, et sont présentées en un joyeux désordre allant de "Ce qui est agréable" (comme chapitre premier, spontanément, c'est plutôt évident et ça accroche le lecteur en douceur) aux "Remerciements" de rigueur lorsqu'on écrit et publie un livre. Côté "petits plaisirs", il y a naturellement l'idée de "lire Cioran dans une cathédrale" qui pourrait donner un sentiment de puissance.  Il y a même ces plaisirs qu'on apprécie trop peu, par exemple "apprendre à parler sa langue maternelle" - même si, personnellement, j'apprends jour après jour à l'écrire correctement...

 

Côté humour, l'auteur parvient à glisser quelques perles. L'outrance n'est jamais loin, par exemple quand l'auteur propose, au chapitre "Rigueur morale", d'"apporter aux objets trouvés la pièce de 20 centimes ramassée sur un trottoir.". L'absurde se trouve parfois en embuscade: dans la liste des "attitudes précautionneuses", quoi de plus prudent que de "divorcer avant le mariage" ou de "déserter après l'armistice"?Les "idées reçues" ont aussi quelque chose de cocasse, par exemple: "Un manteau en poils de chat de gouttière protège mieux de la pluie". Souvent, l'humour est fin, subtil... amenant entre autres le lecteur à se demander s'il existe vraiment des poissons célibataires dans le fleuve Amour.

 

Ces listes de listes, recensant à chaque fois une bonne petite dizaine de phrases lapidaires qui créent tout un univers, ne sont pas rigoureusement isolées les unes des autres. A l'occasion, l'auteur n'hésite pas à franchir la limite d'une liste à l'autre - surtout si le sujet s'y prête. Ainsi se créent des résonances à la fois évidentes et étonnantes - étonnantes parce qu'évidentes, peut-être. On peut imaginer que tel ou tel lecteur pourrait avoir envie de se demander comment tel ou tel élément pourrait résonner s'il avait été classé dans une autre liste que celle où l'auteur l'a placé.

 

Au-delà de l'humour et des petits plaisirs, chacune des suggestions listées par l'auteur invite le lecteur à réfléchir, que ce soit sur lui-même, sur sa vie, sur les institutions ou sur tout ce qui l'entoure - et force est de constater que les listes de l'auteur ratissent large. Sur moins de cent pages, deux lectures sont possibles: soit une lecture suivie et rapide, au premier degré, pour savoir ce qu'il aura bien pu inventer de plus ou de mieux (et à ce régime, ça se dévore); soit une lecture plus lente et plus méditative, où le lecteur fait l'effort, élément après élément, de se demander ce que cela peut lui apporter pour son existence quotidienne, au-delà de l'humour, omniprésent dans les formulations. Résonance garantie, tant il est vrai que les éléments listés relèvent des petits riens de la vie (quasi) quotidienne de tout un chacun.

 

Il y a encore un niveau de lecture proposé par l'auteur... et c'est celui qui propose au lecteur de compléter le livre lui-même. On entre ainsi dans l'interactivité: chacun est libre d'allonger les listes proposées, en inscrivant ses idées sur les lignes prévues à cet effet. Celles proposées par l'auteur sont d'ailleurs suffisamment riches pour inciter n'importe quel lecteur à s'amuser, dans le feu de l'action, à jouer le jeu. Dans le même état d'esprit, l'écrivain va jusqu'à se réserver un peu de place pour signer les dédicaces. Le lecteur est même pris à partie, en ce sens qu'il est invité à laisser traîner l'ouvrage, par exemple aux toilettes de son logis, afin que des tiers s'en emparent et le feuillettent. Gageons que ça va faire causer dans les chaumières...

 

Marc Boivin, Liste de listes, Fribourg/Genève, Faim de siècle/Cousu Mouche, 2012.

 

Lu dans le cadre du défi "Littérature suisse".

Le site de l'éditeur ici et ici.

L'auteur signera cet ouvrage au Salon du Livre de Genève, le jeudi 26 avril dès 17 heures et le samedi 28 avril dès 14 heures.

Par Daniel Fattore - Publié dans : Livres - littérature suisse - Communauté : Suisse Romande
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"Tantôt drôles, tantôt émouvants, toujours enrichissants, les posts écrits par Daniel Fattore font du blog
Fattorius un grand espoir du web de demain. Il s agit, parait-il, du blog dont les lecteurs disposent du QI le plus élevé. Cela ne m'étonnerait pas. Pourvu que Daniel Fattore ne s'arrête jamais de nous régaler ! signé http://blog.lisabuzz.com"

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