Bien le bonjour!



"Parler avec exigence, c’est offrir à l’autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc Bonnant.

Présentation

Profil

  • : Daniel Fattore
  • fattorius
  • : Homme
  • : 21/03/1974
  • : Europe Suisse Monde

Recherche

Derniers Commentaires

Texte Libre



Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Créer un Blog

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Dimanche 1 juin 2008

LCAPasser aux aveux, jouer les lecteurs compulsifs anonymes? Je vais le faire, à la suite de Liliba, qui s'est lancée dans une confession qui ne manque pas d'humour. Je lis par brouettes entières... et un livre chasse l'autre comme la nouvelle cigarette du fumeur invétéré chasse l'ancienne, devenue un mégot infumable dont on garde surtout l'agréable souvenir.

Pile à lire? Je me suis permis d'utiliser un pluriel entre parenthèses dans le titre du présent papier. En effet, mes piles s'étagent en sept colonnes bien serrées et surtout hautes. Un incident m'a du reste poussé, l'autre jour, à y mettre bon ordre: j'avais, avant une ou deux piles très basses (beaucoup tapé dedans!) et, surtout, deux piles très hautes, au fond. De loin, c'était les Twin Towers! Et voilà que je débarque, Ben Laden d'occasion, pour attraper le livre "Entre les murs" de François Bégaudeau: autant lire actuel, tant qu'à faire! Alors hop, je dégage la Twin Tower de devant. Et là, l'autre, qui s'appuyait en équilibre instable sur la première, s'effondre, paf, sur ma pauvre tête. Et se prendre "Les deux étendards" de Lucien Rebatet sur la tronche, croyez-moi, ça ne fait pas du bien.

Donc, j'attrape Bégaudeau, et je reconstitue les piles en allant chercher tous les bouquins un peu partout dans la pièce: comme à New York le 11 septembre 2001, les tours les plus élevées étaient visées, mais d'autres tours ont aussi souffert, par dommage collatéral.

J'ai donc de la réserve, entre deux et trois cents ouvrages à parcourir. J'aimerais avoir des vacances éternelles pour ce faire! Sans compter mes activités d'écriture. Mais le travail n'attend pas... Reste qu'avec ce topo, j'ai toujours un peu de retard sur les rentrées littéraires. Je me fournis partout où c'est possible, achetant, raflant, glanant (un vrai freegan du livre!), etc. Et force m'est de constater qu'il rentre davantage d'ouvrages qu'il n'en sort. J'ai donc renoncé depuis longtemps à croire que ce conglomérat de piles à lire diminuera un jour. Cela même s'il y a un roulement. Cela permet par ailleurs d'avoir en permanence un livre d'avance, donc de la réserve.

Ma liste à lire tient dans un carnet, que je tiens depuis des années (c'est déjà le deuxième que j'use). Il contient des titres impossibles à trouver (qui connaît "Piège sur le réseau" de Philip Finch? ou les "Satyres chrestiennes de la cuisine papale", texte anonyme?), ainsi que ce qui me passe sous les yeux. Zazieweb l'a nourrie, tout comme la presse locale ou les visites sur Amazon. Savent bien vendre, ceux-là.

Les lieux de lecture? Essentiellement les transports publics, le lit, le salon, et tous les lieux classiques pour ce faire. Je n'hésite pas à le faire en attendant mon plat du jour au restaurant, ou sur un banc à l'extérieur. Je ne suis pas sûr que ma mémoire soit sûre sur ce coup-ci, mais j'ai aussi dû le faire, une fois ou l'autre, dans des bars (ça c'est sûr) ou en boîte. Bref, tout est bon.

Je me suis par ailleurs lancé, au début de l'année, dans le sympathique défi de la
Confrérie des 10001 pages. Cela ressemblait à un défi purement quantitatif, au début: reprendre une activité qui, en 2007, passait un peu à l'as. Résultat: je lis davantage, c'est clair. A côté de cela, je me suis mis à le faire, de temps à autre, un crayon à la main pour noter impressions et choses vues - vous en avez le reflet dans certains de mes billets. Noter les impressions, c'est un truc recommandable; je me demande pourquoi je n'ai pas commencé plus tôt. Bref, une évolution saine pour ce loisir. Et vous, vous arrive-t-il de prendre des notes en lisant?

P. S.: paraît qu'il y a des concours de piles à lire...

par Daniel Fattore publié dans : Littératures
ajouter un commentaire commentaires (9)    recommander
Samedi 31 mai 2008

Playing SoccerLe blog de l'Euro 2008 se poursuit au sein de mon entreprise. Jour après jour, une équipe de rédacteurs se relaie pour produire un papier, tantôt en allemand, tantôt en français, tantôt en italien. Des choses assez marrantes, souvent dépourvues de recul: quels cervelas choisir pour accompagner ses parties de foot, qui va gagner (thème récurrent, comme il se doit), quelle est la meilleure bière. Depuis que le blog est aussi ouvert aux rédacteurs invités, quelques voix dissidentes se sont fait entendre: le martelage Euro 2008 commence à bien faire. Visiteurs suisses et autrichiens, qu'en pensez-vous? Personnellement, j'en ai un peu sec de voir partout ces ballons en forme de coeurs...

Et là, je m'amuse un peu à faire le trouble-fête. Vous commencez à me connaître: le football et moi, ça fait au moins trois. Résultat, je ne manque jamais de balancer des phrases plus ou moins diplomatiques, synonymes de "Et qui cela intéresse-t-il?".

Il y a quelques jours, je crois même être parvenu à influer sur le cours tranquille du blog de l'Euro 2008. Tout a commencé par la publication d'un article informant que les Bleus (oui, l'équipe de Domenech, les Français!) allaient voyager en train d'un stade à l'autre. C'est reposant, ça permet de mieux se concentrer que le bus, et c'est plus ponctuel. Excellents arguments, entendus à la télévision, repris partout. Et là, hop: je balance que j'ai rencontré tel grand écrivain français dans un train entre Berne et Fribourg, et que tout s'est passé dans une grande discrétion.

Alors les commentaires ont allégrement mélangé littérature et football. L'une déclare qu'elle ne serait pas contre de rencontrer Umberto Eco dans un train, ni de lui demander un autographe dans la foulée; un autre se demande si les footballeurs lisent - et s'il y a des écrivains qui jouent au football. Je renvoie les balles: à l'un qui demande combien il y a de footballeurs écrivains, je réplique en demandant combien sont effectivement l'auteur du livre qu'ils signent... et j'envoie que si on savait que Frei ou Materazzi lisait de la poésie, ça ferait un sacré coup de pub pour ce genre trop délaissé et trop confidentiel de nos jours.

C'est là que, quelques jours plus tard, un contributeur publie un billet sur le football dans la littérature. Des jolies choses, beaucoup d'extraits du magazine "Lire"! Tout ça pour quoi? Un seul message de ma part: si l'envie vous prend de vous rendre dans un stade cet été, en Suisse ou en Autriche, emportez de la lecture. Si le spectacle n'est pas au rendez-vous sur la pelouse, vous saurez ainsi toujours où en trouver ailleurs.
 

Photo: flickr.com/713avenue 

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Vendredi 30 mai 2008

la porte du palindrome / the palindrome doorEncore un texte original. J'avais écrit celui-ci pour un concours organisé par les éditions "Abribus - La Stéphanoise d'écriture", pilotées entre autres par Guillaume Juillet, que je salue ici au passage. Hélas, le concours a été annulé faute de participants... et il n'y a rien eu depuis. Principe? La première phrase était imposée: "Toc, Toc, Toc. Quelqu'un frappe à la porte." Pour la suite, libre! D'autres visiteurs de ce blog ont-ils aussi participé? Ce serait sympa de lire le fruit de leurs veilles scripturales.  


Je tire

 

Toc, Toc, Toc. Quelqu’un frappe à la porte.

Un choc. Puis deux. Trois enfin. Je suis dans mon appartement. Quelqu’un m’arrache à mes rêveries en heurtant ses phalanges au bois de la porte. Quelle drôle d’idée ! Alors que la sonnette électrique fonctionne à merveille… Mais frapper, me dis-je, c’est choisir de raconter quelque chose, sans attendre qu’on vous ait prié d’entrer. Annoncer la couleur, amorcer le dialogue. C’est pourquoi, avant même que le silence ne reprenne ses droits, j’ai laissé chacun des coups se répercuter dans mon oreille. Il y en a eu trois, vous le savez à présent. Les bonnes choses vont par trois, ça vous le savez aussi ; gageons donc que vous conclurez avec moi que le visiteur qui se trouve derrière le panneau, quel qu’il soit, aura une bonne nouvelle à m’annoncer. Une nouvelle qui aurait trait à Dieu le Père même, Sainte Trinité symbolisée dans chacun des chocs ? Je me le demande un instant. Le premier coup m’a semblé discret, mais bien présent, bien marqué : il pourrait représenter le Saint-Esprit, qu’on ne voit pas mais dont on perçoit les actes… un zéphyr qui souffle où il veut. Le deuxième, plus affirmé sans être idéal, ressemble au Fils, au Christ, vie terrestre trop tôt achevée, parce qu’entravée par une enveloppe de chair trop encombrante, mais dont les résonances sont infinies. Quant au troisième, le plus fort, sorte d’idéal sonore qui se suffirait à lui-même, il mènerait directement à Dieu, Seigneur sublime, digne uniquement des actions les plus primordiales et les plus absolues.


Puis j’ai réfléchi à l’allure qu’aurait mon visiteur. Absolument divin ? Sûrement pas lui-même. Mais de bon augure, quand même ? Empreint de mes chrétiennes réflexions, je l’espère toujours. Ce pourrait être le facteur ; mais le premier coup, trop fugace, ne correspond guère à l’image qu’on se fait du Mercure des Postes. Sans compter que les couleurs de chaque choc vont du pastel au rouge le plus intense, si j’ose cette image, mais sans passer par le jaune qui sied aux messagers d’aujourd’hui. Plutôt blanc – bleu – vermillon, aurais-je envie de dire. Qui associer à ces couleurs ? Un Français ? Un Anglais, un Américain même ? Ou un vieux Tchécoslovaque ? Je ne connais personne qui serait issu de ces nations. Quant à Dieu, il vient d’Israël, un pays dont le drapeau se dessine en bleu sur fond blanc. Où est le rouge ? Je n’y trouve pas mon compte.

Les coups frappés résonnent, élastiques, dans le silence. J’y pense, j’y repense, je ferme les yeux une fraction de seconde. Le premier « Toc ! » était-il, au fond, si discret que cela ? A la réflexion, je n’en suis plus si sûr. Peut-être son caractère était-il plus péremptoire que je n’ai voulu me l’avouer il y a quelques instants. Du coup, ce serait le deuxième choc qui ferait figure de moment faible, de temps froid, ou d’instant de repos. Un peu comme ces concertos qui, en musique classique, comportent toujours un mouvement méditatif entre deux éléments rapides et entraînants. Mon inconnu de derrière la porte serait-il donc un personnage un peu artiste, créateur et communicateur rien qu’avec des coups ? Rapidement, le souvenir me traverse d’avoir lu quelque part, dans Alphonse Boudard peut-être, que les prisonniers bavardent entre eux en cognant sur des tuyaux. Mais je doute d’avoir affaire à un tel personnage. Ou alors, mon visiteur est-il un timide qui, effrayé de sa hardiesse, frappe moins fort la deuxième fois pour mieux se ressaisir ensuite ? J’ai deux ou trois amis et connaissances qui sont comme ça ; mais en définitive, c’est là mon propre portrait que je trace. Moi-même, mes coups d’audace sans cesse contrebalancés par des hésitations que je ressaisis à la dernière minute pour affirmer avec force, parfois avec trop de poigne même, ce que j’avais dit, imaginé ou décidé en premier lieu. Quand je ne joue pas simplement à asséner avec violence quelque vérité première : vlan, vlan, vlan ! Naturellement, quand je procède ainsi, le son est différent de celui qui agite encore étriers, enclumes et marteaux au plus profond de mes oreilles. Mais les bruits renvoyés dans mon logement par le panneau de bois ne sont-ils pas eux-mêmes différents de ce « Toc, toc, toc » de synthèse que m’impose ma culture ? Bruits blancs, sans consonnes, sans voyelles, bruts de décoffrage ? Simplement une attaque violente, quand le doigt recourbé rencontre le bois avec brutalité, avec une force sans cesse modulée, toujours différente, modelée même par les veines du bois de la porte ? Une attaque suivie du silence qui retombe petit à petit dans le logement ? J’ai senti, au fil des secondes, que la paix a retrouvé ses aises chez moi : les molécules en suspension dans l’éther ont cessé de s’agiter, les ondes ont perdu de leur vigueur avant de s’aplanir tout à fait, comme à regret. Et dans ma tête, les neurotransmetteurs se sont fatigués eux aussi. Il est temps pour moi de me lever de mon fauteuil et d’aller voir ce qui se passe sur le palier. Courage.


Ma main sur la poignée.


Le pêne coulisse.


Je tire…


Photo: la Porte du Palindrome, Grenoble - Flickr.com/TisseurDeToile.  

 

 

 
par Daniel Fattore publié dans : Textes originaux
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Mercredi 28 mai 2008

... et hier, pour la première fois dans l'histoire de ce blog, vous avez été plus de cent (102)  à passer me faire un petit coucou. Merci! Et revenez quand ça vous chante... mais souvent, si possible!  

par Daniel Fattore
ajouter un commentaire commentaires (5)    recommander
Mercredi 28 mai 2008

... on sait qu'on se retrouve avec un petit vin qui devrait se boire tout seul! Je n'ai pas réfléchi plus loin en achetant ce soir, pour accompagner la saucisse vespérale, une bouteille de "Sangre de Toro" Torres 2006, vin catalan dont l'ambition, depuis 1954, est de créer un breuvage typiquement catalan.

Ce vin n'est pas une absolue nouveauté dans mon paysage de vieux dégustateur tous azimuts. J'ai eu l'occasion de le découvrir il y a deux ou trois ans, lors du repas de remerciement organisé par les Romands qui étaient à l'origine du projet de traduction du "Petit Riesenkampf", ouvrage de référence des sociétés d'étudiants suisses. Nous avions alors fait un repas multiculturel, entre chapeau tatar, frites bien belges et vin bien catalan. C'est là que j'ai découvert, pour la première fois, ce petit vin commercialisé (en Suisse en tout cas!) avec un petit taureau en plastique attaché au goulot - de quoi s'amuser si le vin vous ennuie (ce qui est peu probable). Si l'équipe réunie ce soir-là passe par ici, qu'elle me fasse un petit coucou: je n'ai plus revu personne depuis. Et je n'ai toujours pas mon exemplaire du "Petit Riesenkampf"...

Et ce soir, j'ai pris la peine de le déguster d'un peu plus près que ce que le permettait l'ambiance festive évoquée ci-dessus. Eh bien... ça résiste à ce genre d'épreuve! Et je peux le recommander, tranquillement, pour accompagner vos grillades de l'été (bon, il risque d'être un peu léger à côté du râble de lièvre ou du civet de cerf de cet automne, mais n'anticipons pas). Sa couleur est soutenue, d'un beau rouge rubis qui signale le vin de caractère, celui qui a du poids et de la prestance. Premier bon point! Au nez, je lui ai trouvé quelque chose de ferrugineux, surprenant au premier abord, mais pourquoi pas? Je connais mal les sols espagnols, mes connaissances géologiques se limitant au kimméridgien de Chablis. Mais notre Sangre de Toro s'en trouve bien! Au goût, en revanche, gageons qu'il mettra tout le monde d'accord, grâce à sa rondeur et à son équilibre - qui n'exclut pas, cependant, une certaine personnalité, loin de produits trop exclusivement fruités ou trop doux qui finissent par écoeurer. A noter qu'il titre à 13,5% - un niveau moyen, on ne les sent pas passer (mais si mes propos ici vous semblent être ceux d'un ivrogne, je réviserai volontiers mon opinion).

Tout ça pour dire que la bouteille, un mariage réussi de grenache et de carignan,  a pu être terminée sans problème... en à peine plus de temps que celui d'une corrida. Olé!


Photo: http://www.tsahiro.com

par Daniel Fattore publié dans : Plaisirs de bouche
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Mardi 27 mai 2008

J'ai commencé ce matin la lecture du recueil de nouvelles "La véritable histoire du football", de Dominique Noguez, et, jusqu'à présent, je ne suis pas déçu par cette espèce de Jorge Luis Borges français. Bien au contraire!

Ce n'est cependant pas de la nouvelle qui donne son titre au recueil que j'aimerais vous parler à présent, mais d'un autre texte, qui tient sur trois ou quatre pages fulgurantes. Ce texte s'adresse à ce que certains désignent, non sans condescendance, du vocable anglais de "wannabe" - et s'intitule "Maxime Petitdoigt et la postérité". Car qui est ce fameux "Petitdoigt", dont la prose "petitdigitale" serait appelée à subjuguer les générations futures? Il s'agit d'un auteur ambitionnant d'être publié, et ce, au dix-neuvième siècle.

Non dépourvu de talents scolaires, le personnage éponyme se découvre un intérêt pour s'adresser à la postérité. Résultat: il se lance dans l'écriture de bons livres, régulièrement rejetés par ceux à qui il les adresse: un ouvrage sérieux à Alphonse Allais, un roman mérovingien alors que le naturalisme cartonne, etc. Bref, tous les véhicules susceptibles de conduire sa voix vers la postérité refusent de remplir leur office pour lui. Ah, le bide!

Flaubertienne, la nouvelle, et aussi borgesienne? Je le dirai sans hésiter, pour deux raisons assez proches. En ce qui concerne Flaubert, Dominique Noguez le cite expressément, évoquant même "L'Education sentimentale", première tentative, dans le domaine français, d'imbriquer un récit et des personnages fictifs (Moreau et sa clique) à l'Histoire telle que nous la connaissons. Or, Maxime Petitdoigt (dont le prénom n'est pas sans évoquer un certain Du Camp, ami de Flaubert), constitue une pièce rapportée dans une histoire littéraire ébauchée mais cohérente. Borgesienne aussi, dans le sens où l'auteur parvient, dans cette nouvelle comme dans d'autres, à manipuler le réel à la manière de M. C. Escher, le sourire en plus. A noter aussi que d'après l'auteur, les écrivains du dix-neuvième siècle avaient un sens de l'ambition autrement plus développé que le nôtre, blasé par le "quart d'heure de gloire" qui nous est promis depuis Andy Warhol: s'adresser à la postérité en se réclamant d'Horace, fichtre!

Et alors, cette postérité, justement? J'ai envie de dire que le résultat tient en une seule phrase, qui constitue la chute... mais ce serait dénaturer le récit. Je vous renvoie donc à cette nouvelle, par ailleurs vite lue. Et si vous avez le temps, sautez également sur la suivante du recueil, "Appendice: passer à la postérité", qui expliquera, à la manière d'un Aloysius Chabossot, comment faire pour devenir un écrivain célèbre... malgré tout.


Dominique Noguez, La véritable histoire du football, Paris, Gallimard, 2006.
Photo: Weshow.com

par Daniel Fattore publié dans : Livres
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Lundi 26 mai 2008

Alors voilà... la nouvelle est tombée, et je l'ai trouvée aujourd'hui: j'ai fini troisième de la demi-finale des championnats suisses d'orthographe, avec sept (horribles) fautes. Correct, surtout quand je pense à ce à quoi je m'attendais. Quelques considérations à l'occasion de cette médaille de bronze - purement virtuelle, puisque s'illustrer en demi-finale ne rapporte plus rien en Suisse. Tout cela, pour me qualifier pour la finale de Saint-Pierre-de-Clages, le 30 août prochain.

Qui, d'abord, m'est passé devant? Deux messieurs fort respectables du monde des dictées, français qui plus est, auxquels je rends hommage ici. Avec deux fautes, le premier au classement s'appelle Guy Deschamps, enseignant de son état. A tout seigneur, tout honneur, puisqu'il s'est illustré dans de nombreuses épreuves, notamment, l'an passé et le même jour, à Saint-Etienne puis à Grenoble (j'étais son Poulidor, à chaque fois!), mais aussi, deux ou trois fois, à Saint-Vaury, épreuve de printemps, dans la Creuse (près de M. Chabossot, peut-être, ou de son éditeur). L'homme est l'une des raisons pour lesquelles le petit village de Saint-Martin-des-Besaces est célèbre, l'autre étant sans doute le roman "Poste Mortem" de Jean-Jacques Reboux.

La médaille d'argent est revenue cette fois à Guillaume Terrien, qui a trébuché par trois fois. Informaticien, grand lecteur du Petit Robert, ce jeune homme s'est notamment illustré à la toute dernière dictée des Dicos d'Or. Il anime en outre un club d'orthographe à Grenoble, et organise chaque année une dictée dans le cadre des joutes de l'ADAJE, le même jour que celle de Saint-Etienne... Guillaume Terrien s'est également illustré à Saint-Vaury... entre autres.

Les Français seraient-ils si présents en Suisse? Cela ne date pas d'hier. On connaît de longue date la participation de Philippe Dessouliers; d'autre part, Guillaume Terrien et Guy Deschamps sont devenus des habitués, en dépit des distances. Cela, sans oublier d'autres candidats venus de loin, coutumiers de l'épreuve.

Cela dit, le règlement est ainsi fait que c'est bien le premier Suisse qui se qualifie pour la Dictée des Amériques, et peut-être pour la Dictée d'Afrique... donc il ne me reste plus qu'à prier pour que le classement reste au moins comme ça! Mon prochain travail consistera à potasser les règles d'utilisation des majuscules en français, sur la base du Girodet. Elles sont responsables de deux ou trois fautes (de trop) dans mon texte, et seul le concours national suisse les comptabilise - on a donc tendance à les négliger.

Et, comme le laisse entendre le webmestre du site officiel des championnats d'orthographe, tout cela laisse augurer d'une finale de choix. Rendez-vous en août, donc.

Photo: Flickr/Frengo
Le site du championnat suisse d'orthographe:
http://www.orthosuisse.ch
Le site du club d'orthographe de Guillaume Terrien:
http://guterrien.free.fr

par Daniel Fattore publié dans : Langue française
ajouter un commentaire commentaires (7)    recommander
Dimanche 25 mai 2008

Récemment, mon père m'a ramené d'Italie la mégacompilation de Gianni Morandi... chouette! Trois cédés (soit quarante-huit chansons!) du chanteur italien, qui tient la scène depuis environ 42 ans. Un dinosaure, mais aussi une voix qui n'a pas pris une ride, et un chanteur qui a su traverser les modes, en prendre le meilleur sans se renier, des violons des années 1960/70 aux synthés de plus tard. C'est parfois très, très sentimental, parfois cocasse, parfois sucré, parfois même vachement engagé ("C'era un ragazzo che come me amava i Beatles e i Rolling Stones", sur la guerre du Viêt-Nam)... Le pire, c'est qu'on aime ça. L'Italie recèle quand même de sacrées voix...

Cela doit faire plus de vingt ans que mon père m'a ramené une première compilation, à l'époque où les cassettes tournaient encore dans les enregistreurs. Je n'ai pas tout de suite piqué au truc: c'était du nouveau, et j'étais alors plus porté vers d'autres combines. Mais bon: Gianni Morandi, on se la passe une fois, puis deux, puis on l'adopte. La cassette a donc dû faire des milliers de tours dans des appareils fort divers, du petit enregistreur que j'avais chez moi à l'autoradio du véhicule, quel qu'il soit, qui me déplaçait de critique musicale en direction chorale, à travers le canton de Fribourg et la Suisse romande.

Alors, cette dernière compilation? Trois cédés, quarante-huit chansons, je l'ai déjà dit - tout cela sous le titre "Grazie a tutti". Il y a aussi deux inédits: la chanson "Stringimi le mani", ainsi qu'une reprise (pas forcément heureuse à mon goût) de "Un mondo d'amore". Pour le reste, on traverse les époques: les premières chansons du premier disque sont de bons gros rock'n'rolls qui dépotent les géranium - en particulier le second, "Fatti mandare dalla mamma". Il y a des pelletées de slows, des sentiments par brouettes entières. Là, j'écoute justement un truc un rien mélancolique qui s'appelle "Solo all'ultimo piano" - bien, bien! Naturellement, le succès "Grazie perchè", interprété en duo avec Amii Steward, ne manque pas à l'appel.

Vous aimez ce qui dégouline un peu? Vous appréciez les chanteurs à voix? Alors goûtez-y.

Le site officiel de Gianni Morandi et de la compil:
http://www.morandimania.it
Gianni Morandi sur Wikipedia, en italien:
http://it.wikipedia.org/wiki/Gianni_Morandi (la version française de sa bio est vraiment maigrelette)
Source de la photo: www.ciao.it

par Daniel Fattore publié dans : Musique
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Samedi 24 mai 2008

Auvergne. La Chaise DieuEncore un texte issu des fameux jeux d'écriture du forum "A vos plumes". Celui-ci n'est pas tout neuf, et la première phrase était imposée. Elle était tirée de "Plop!", roman de Pierre Charras, qui confère à ce texte deux ou trois allusions. 

 

Le nègre de Dieu

Il y a quelqu'un qui parle dans la chambre. Antoine entend nettement une voix d'homme, enjouée. Mais la pièce lui paraît vide. Lumineuse, aussi. Il ne doit pas y être depuis bien longtemps : il se souvient, comme si c'était il y a deux minutes, de son passage sous le métro. Des roues qui lui broient les os, une odeur de boucherie, puis d'excréments, un vague sentiment de honte, et c'est la fin : éteignez les lumières, le dernier ferme à clé. Maintenant... Chambre, antichambre,... synchambre ? Tout ce qu'il voit ici, c'est un mobilier blanc, irradiant d'une douce lumière qu'il ignore. Autrefois, Antoine préférait la blancheur maîtrisée, un peu verdelette, d'un verre de chablis, ou celle du carrelage du métro parisien, d'une clarté brillant sans éclat qui lui permettait de se sentir chez lui dans ces boyaux urbains. C'est surtout la lumière qui lui pèse ici, comme au lendemain de nuits d'oisiveté trop facilement arrosées. Ou plutôt non : elle ne lui pèse pas, elle l'intimide plutôt. Comme s'il ne la méritait pas, comme s'il devait rester cet être de l'ombre, écrivain confiné aux tâches de réécriture de mémoires de personnalités plus célèbres que lui. Comme si son âme devait rester indéfiniment rivée aux traverses du métro.

La voix d'homme semble venir d'assez loin. Pourtant, Antoine est persuadé que l'on parle dans la chambre où il se trouve. Qu'on parle de lui, peut-être. Ses efforts pour essayer de comprendre ce que dit la voix enjouée restent vains pour l'instant. Tout cela est trop loin, trop embrumé. Seul filtre le sourire que doit afficher le locuteur en ce moment. Son sourire, et l'émotion qui l'accompagne.

Antoine décide d'observer son lumineux environnement. Il se déplace avec prudence, comme si son corps était une fragile mécanique. Son corps... lacéré par le métro : il ne devrait pas en rester grand-chose et pourtant, il se sent vivant. Peut-être même l'est-il un peu plus qu'il ne veut bien se l'avouer. Suffisamment, en tout cas, pour constater qu'il se trouve confiné dans une chambre toute blanche et lumineuse, dotée de quelques meubles simples en cuir immaculé ou en métal froid, avec un homme qui parle avec enthousiasme quelque part.

Quelque part ? Justement, Antoine constate que la voix se rapproche. Ce qui n'est qu'une impression au début devient soudain une réalité. Les phrases deviennent intelligibles. C'est bel et bien de lui qu'on parle. Quelqu'un d'autre, qu'Antoine n'a pas encore entendu, répond par brèves interventions, ou par quelques rires cristallins. Une femme ! Sceptique, la femme. Mais l'homme fait preuve d'une telle persuasion dans ses intonations que la femme paraît se laisser convaincre.

Finalement, Antoine a face à lui un homme barbu, d'imposante stature, porteur de lourdes clés de fer noirci. La femme qui l'accompagne revêt les traits de la défunte épouse d'Antoine, Jeanne. En la revoyant ici après tant de visites au cimetière, Antoine est saisi d'une grande tristesse. Mais le grand barbu s'adresse à Antoine avec cordialité :

- Antoine, vous connaissez Jeanne. Quant à moi, je suis Saint Pierre, portier du Paradis. Nous allons vous accueillir ici. Jeanne m'a parlé de vos activités de rédacteur et de vos qualités de plume. C'est pourquoi nous avons une mission à vous proposer : après avoir écrit mille récits pour mille idoles sur Terre, aimeriez-vous rédiger le Troisième Testament et, ce faisant, devenir le nègre de Dieu ?

Le 3 janvier 2007
Photo: YIP2/Flickr.

par Daniel Fattore publié dans : Textes originaux
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Vendredi 23 mai 2008

On le sait depuis hier: c'est Jean Clair, Conservateur général du patrimoine, qui remplacera l'écrivain Bertrand Poirot-Delpech au 39e fauteuil de l'Académie française. Historien d'art âgé de 67 ans (soit un poil plus vieux que le cadet de l'Académie, Erik Orsenna), diplômé en sciences et en lettres, Jean Clair dirige de nombreux musées tout au long de sa carrière, jalonnée par ailleurs de nombreuses décorations.

Le processus menant à l'élection de Jean Clair a eu quelque chose de tortueux. La première tentative de nommer un successeur à Bertrand Poirot-Delpech a eu lieu le 7 février dernier, et s'est soldée par une élection blanche.

Celle du 22 mai a également connu ses vicissitudes. René Clair n'était en effet pas seul à briguer le siège de Bertrand Poirot-Delpech. Face à lui, se trouvait en effet un adversaire aux arguments peu orthodoxes mais séduisants: Pierre Bergé. Entrepreneur spécialisé dans le luxe, fortuné par ailleurs, Pierre Bergé s'est adonné au mécénat, contribuant au lustre de plus d'une élection à l'Académie française en finançant un habit vert ou un apéritif. Il n'en fallait pas plus pour que certains Immortels en place perçoivent sa candidature d'un bon oeil, son élection devant prendre la forme d'un remerciement.

C'était compter sans l'opposition d'autres Immortels, tout aussi déterminés, qui n'ont eu de cesse de rameuter des candidatures afin de couler celle de l'industriel en favorisant les voix éparses. Concrètement, l'écrivain Daniel Rondeau a effectivement envoyé sa lettre de candidature, de même que l'historien Joël Schmidt. Tous deux ont cependant retiré leur candidature avant le jour de l'élection, flairant peut-être une manoeuvre.  

Résultat des courses en chiffres, donc: Jean Clair est élu avec 16 voix sur 28, contre 7 à Pierre Bergé, un bulletin blanc et quatre croix noires. Ce n'est donc pas cette fois encore que l'Académie française ouvrira ses portes au monde des affaires. "L'argent n'achète pas l'Académie française", diront certains. Reste que l'opération permet à l'institution du Quai de Conti d'avoir à présent 38 sièges pourvus, sur 40 - un résultat honorable après l'hécatombe qui l'a frappée en 2007. La prochaine élection est fixée au 19 juin 2008; l'enjeu sera la succession de Henri Troyat au fauteuil n° 28. L'écrivain Olivier Germain-Thomas est candidat; face à lui, se trouve le diplomate et prix Goncourt Jean-Christophe Rufin.

Photo: Le Nouvel Observateur.

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus