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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 20:56

Berger Revenir

Le site de l'auteur, le site de l'éditeur.

 

Ils étaient deux ce jour-là, en mai 2008, à dédicacer côte à côte, sur le stand des éditions L'Age d'Homme du Salon du livre de Genève. Jean-Michel Olivier, que je connaissais par blog interposé, proposait à son lectorat "La vie mécène". Et François Berger a su titiller ma curiosité avec son roman "Revenir". J'ai eu le plaisir de saluer cet écrivain neuchâtelois, poète et romancier, une seconde fois à l'automne 2015, au Salon de l'AENJ. Et c'est en automne 2016 que, m'apprêtant à visiter la nouvelle édition de ce Salon des écrivains neuchâtelois et jurassiens, j'ai pris le temps de lire "Revenir". Bien m'en a pris, enfin!

 

Dans une écriture classique, sobrement concentrée sur la narration plus que sur les effets voyants, l'auteur/narrateur s'adresse à un certain Jack, impliqué à sa manière dans le drame de "Revenir". "Revenir", c'est l'alliance entre deux ambitions diverses, émanant de milieux que tout sépare: si Robert, simple contrôleur des chemins de fer, vient des quartiers populaires de Genève, Lorraine, violoniste, est issue d'une riche famille de banquiers de la cité de Calvin. Un magazine va les rapprocher.

 

Dès lors, l'auteur dessine avec une grande exactitude ce que peut être un amour qui croît, évolue et doute, même, au fil des années d'un mariage qui s'est fait contre les familles et se présente donc comme un ambitieux pari sur l'avenir. L'ambition de l'amour qui dure toujours vient donc doubler les ambitions professionnelles, l'envie de carrière: Lorraine court les concerts comme soliste sans arriver tout à fait à percer, et Robert, devenu chef de division, ne deviendra jamais patron des Chemins de fer fédéraux suisses. Et si tout semble bien se passer, l'auteur glisse quelques difficultés: un fils emprisonné au Moyen-Orient, une passade fatale pour Robert. Des défis qui montrent qu'il n'y a pas d'amour sans nuage, et donnent à "Revenir" un côté profondément humain: toujours, il manque une marche, toujours, l'on trébuche...

 

Plongé dans le contexte spécifique du vingtième siècle, mettant en scène des baby-boomers tiraillés entre tradition et modernité (l'ombre de Mai 68 plane...), "Revenir" est aussi imprégné de quelques beautés: des gestes de partage à l'attention des réfugiés hongrois arrivés en Suisse dans les années 1956, le soleil de la Toscane et la beauté radieuse des gens qui l'habitent... sans compter la redécouverte surprenante d'une oeuvre religieuse de Piero della Francesca. Oeuvre religieuse qui reflète l'une des séparations invisibles entre Robert et Lorraine, tous deux personnages chrétiens, l'un catholique, l'autre enfant de la Réforme.

 

Le narrateur est le frère de Robert le cheminot monté en graine, disons-le. On devine cependant que c'est un rôle de convention, assigné à un personnage de journaliste sportif: l'auteur lui donne un profil de narrateur omniscient qui ne dit pas son nom, capable de s'immiscer dans les alcôves et les secrets de famille d'un couple finement observé, et même de recréer des épisodes aussi gênants que le chantage sexuel de tel professeur de violon à l'encontre de Lorraine. Fidèle, la parole du narrateur traverse même plusieurs décennies en s'arrêtant aux années clés d'une union à la fois soudée et marquée par d'irrattrapables fêlures.

 

François Berger, Revenir, Lausanne, L'Age d'Homme, 2008.

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