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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 21:11

Egloff Enquete

Lu par Andrée, Pascal Ordonneau, Pierre Ahnne, Yspaddaden.

 

Tels sont les hasards du calendrier: alors que "J'enquête", dernier roman de Joël Egloff, a paru vers Pâques 2016, l'écrivain installe son récit durant les fêtes de Noël. Rapprocher Noël et Pâques, serait-ce l'art narquois de l'éditeur? Toujours est-il que c'est sous la neige que le narrateur de "J'enquête" part sur les traces de celui qui a volé le petit Jésus.

 

L'histoire est vite résumée: un détective privé peu expérimenté est chargé par une paroisse de retrouver le voleur du Jésus mis en place dans une crèche disposée sur la place de l'église d'un patelin français, peut-être en Alsace ou en Lorraine. Personne ne remplit sa part du contrat; mais le lecteur, adoptant le point de vue du détective narrateur, l'observe s'enliser, avec la certitude tranquille de ceux qui vont dans le mur et ne s'en aperçoivent pas.

 

Il est aisé de voir dans "J'enquête" une jouissive subversion des codes du roman policier. On ne retrouvera pas le petit Jésus, ni le coupable (on s'en doute assez vite). Le lecteur s'amusera à découvrir les fausses pistes qui s'accumulent et trompent un détective qui se complaît dans l'erreur: la démarche de l'écrivain s'avère déceptive tous azimuts. Il est permis de se demander qui, dans ce récit, est vraiment coupable: le détective qui se prévaut d'un savoir-faire qu'il n'a pas, ou le prêtre qui l'engage et ne lui paie pas l'avance convenue. De ce point de vue, le voleur du petit Jésus paraît bien innocent.

 

Intéressante confrontation, du reste, en parlant du petit Jésus, entre deux regards portés sur cette figurine de crèche: si le détective observe sa disparition comme un vol, de manière rationnelle, ses commanditaires, des religieux, y voient un enlèvement, comme si ce personnage de terre cuite était vivant. Idolâtrie mal placée de la part de catholiques? On peut le voir ainsi, les mots ont leur importance.

 

Cette non-enquête s'installe dans une localité, ni ville ni village, qu'on imagine volontiers comme l'une de ces localités de "La France de Raymond Depardon". L'auteur cible quelques points clés que toute ville de province possède: une église et un presbytère, un ou deux commerces, un hôtel approximatif mais familial, un restaurant chic et un kebab. En faisant de son narrateur un habitué du kebab, trop pauvre pour se payer le restaurant chic, l'auteur parachève son aura de loser pas même capable de pécho la patronne de l'hôtel qui pourtant n'attend que ça. Quant à l'ambiance dans les rues, elle est à l'avenant: les gens sont rares, les contacts amicaux encore plus, si ce n'est celui, un peu lourd, du poivrot de service.

 

Quant à la crèche, scène du crime dérisoire par excellence, sa disparition au terme de la trêve des confiseurs représente un drame pour le narrateur. Tournant du récit, ce démontage est accompagné d'un changement de météo: la neige cède la place à la pluie, la joie des fêtes se retire pour rendre ses droits à la grisaille du quotidien: pour le détective, c'est la fin de l'état de grâce. "J'enquête" offre une porte de sortie honorable à son narrateur, par le biais des commanditaires, mielleux et roublards mais pas chiens quand même; mais en une ultime pirouette, l'auteur termine son roman sur la phrase "Tout ne faisait que commencer". Au terme d'un roman drôle, poétique et absurde, belle antiphrase pour dire l'entêtement, pour ne pas dire la foi, même face à l'échec...

 

Joël Egloff, J'enquête, Paris, Buchet-Chastel, 2016.

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commentaires

Yv 21/10/2016 11:27

Pas lu mais j'aime beaucoup Joël Eglof, bon même si j'avais été dubitatif sur un recueil de petits textes qui sentait bon le "casage" de textes en attendant un livre plus conséquent

DF 21/10/2016 11:49

Celui-ci est bon, et plutôt léger. A essayer!

Alex-Mot-à-Mots 20/10/2016 11:37

Je te sens perplexe concernant la fin.

DF 21/10/2016 11:50

On le dévore - et la fin semble confirmer l'aveuglement du narrateur. C'est au contraire assez astucieux... Je l'ai lu aussi parce qu'il était en lice pour le prix Exbrayat, finalement décerné au très bon (et plus grave) "Brillante" de Stéphanie Dupays.

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