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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 21:28

Favre MythologiesLe site de l'éditeur.

 

Tout est dit dès le départ: deux amis se sont quittés, ont rompu, et le regret s'installe. "Sans mythologies" a les allures d'un cri de désarroi, parfois obscur et personnel, après l'éloignement, quand les souvenirs devenus précieux remontent à la surface. C'est court et haletant. Et surtout, le dernier livre de Guillaume Favre, également auteur du roman "Les choses qui sauvent", est atypique. C'est que toute amitié est unique!

 

Le travail formel surprend d'emblée. Prose ou poésie? Les renvois à la ligne constants font pencher pour la poésie, de même que le rythme très rapide qu'ils impulsent: parfois, un mot suffit, et se trouve ainsi mis en évidence. Le lecteur est invité à reprendre son souffle à chaque retour à la ligne, plutôt qu'à s'appuyer sur une ponctuation rare.

 

Les mots répétés finissent par constituer un leitmotiv obsédant. Ils peuvent l'être consécutivement, ou alors de loin en loin dans le texte. On pense à Philippe Jaccottet, qui apparaît de temps à autre, et donne même lieu au joli néologisme de "jaccotté" (p. 23). Les noms de poètes forment du reste une farandole de figures tutélaires disséminées dans le texte.

 

Un texte où l'on reconnaît un certain travail pour qu'il paraisse naturel, fluide, familier même: si la poésie est toujours quelque chose de différent de la parole courante, l'auteur intègre cette tonalité à son mode poétique. On trouvera donc plus d'un mot familier voire populaire dans le texte, des éclats de voix, des complicités sans doute. Cela va jusqu'à des éléments triviaux: les noms de footballeurs, les vignettes Panini côtoient Gustave Roud et l'inévitable La Boétie, archétype de l'ami.

 

Rédigé en deux journées à la Bibliothèque de Saint-Jean à Genève (17 et 18 octobre 2014), "Sans mythologies" s'adresse certainement à une personne qui existe, même s'il n'y a pas de dédicace pour le confirmer. Cela pourrait donc paraître un livre très personnel, dans lequel le lecteur tiers sera plongé presque malgré lui. Reste que rien qu'en utilisant la deuxième personne du singulier pour parler à son ami perdu, l'écrivain interpelle également à ses lecteurs, fussent-ils de parfaits inconnus, et les prend à partie. Ils peuvent prendre part à son regret.

 

Adresse à l'ami éloigné par la vie, "Sans mythologies" fait figure de cri d'amitié lancé comme une "suite de mots en cascade", parfois bouleversés, à tel point que la musique poétique elle-même suffit parfois, plus que le sens des mots eux-mêmes, à porter la lecture. Une lecture exclusive, étrange et envoûtante.

 

Guillaume Favre, Sans mythologies, Genève, Cousu Mouche, 2016.

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