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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 20:11

Zirem MerLu par Brahim Saci.

Le blog de l'auteur, le site de l'éditeur.

 

La vie d'une femme, vue par un homme. Et on y croit. Youcef Zirem dessine, dans "La porte de la mer", la jeunesse d'une Algérienne, Amina. La vie ne l'épargne pas: inceste, études, prostitution, amours contrariées. L'auteur crée un personnage fort, capable de résister à l'adversité. Et celle-ci, en l'occurrence, prend la forme de l'histoire récente de l'Algérie.

 

Pour un romancier, se glisser dans la peau d'un personnage du sexe opposé n'a rien d'évident, a fortiori lorsque c'est le personnage principal. L'auteur de "La porte de la mer" y parvient cependant de manière crédible, voire brillante. Amina est présentée comme une jeune femme victime d'une société pilotée par la religion et ses réflexes, où l'égalité homme-femme est loin d'être réalisée, laissant la place aux rapports de force où chacun est supposé trouver son compte. Certes, l'auteur ne condamne personne; mais son personnage relève les difficultés de son parcours et, critique face au régime politique et à ses évolutions, suscite l'empathie. Et Amina, étudiante et diplômée, devient enseignante de français, passionnée, après avoir vendu son corps aux hommes pour faire vivre sa famille.

 

Ce parcours est marqué par un drame terrible, mentionné dès le premier chapitre comme il se doit pour les choses importantes: le père d'Amina, un islamiste comme on en connaît trop (la narratrice utilise le terme de "barbu" pour désigner ces extrémistes), engrosse sa fille. Elle mène sa grossesse à terme, dans un esprit de combat.

 

Marqué par une grossesse "de combat", pour ainsi dire, le parcours atypique d'Amina, une femme forte entre toutes, trouve place dans le contexte historique d'une Algérie qui, depuis son indépendance, n'a rien oublié mais a connu son lot de secousses. Quitte à paraître un peu long par moments, l'écrivain saisit chaque occasion de présenter les tenants et les aboutissants de ce qui se passe dans un pays à l'histoire mouvementée: régimes successifs, factions rivales, amnisties indues. Le lecteur pourra aussi découvrir quelques aspects méconnus de l'histoire d'Algérie, et d'Alger en particulier.

 

Et cette porte de la mer? Elle fait partie, justement de ces éléments algérois qu'Amina affectionne. Regard sur la Méditerranée, elle suggère une ouverture vers quelque chose d'autre, par exemple la possibilité d'une vie meilleure, loin de toute violence. Ce quelque chose d'autre peut être décevant, comme le suggère l'idylle avortée entre Amina et Michel, et l'auteur ne manque pas de montrer que la vie d'Amina épouse le long chemin du désenchantement. Mais il peut aussi être une fenêtre vers le rêve, incarné entre autres par la ville de Paris. Et l'auteur termine son roman à Alger, en laissant son personnage certes amer et désenchanté, mais aussi libre de toute attache, jeune encore et prêt à relever de nouveaux défis: c'est sur une page blanche, pour ainsi dire, que s'achève "La porte de la mer".

 

Youcef Zirem, La porte de la mer, Paris, Intervalles, 2016.

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