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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 21:02

LuneLu par Cachou, Marine, Mikaël Demets, Pages à pages, Valérie Devilain-Denize, Yan.

 

Sur le prospectus, tout à l'air nickel. Mais la description va-t-elle passer l'épreuve du réel avec succès? Quelques personnages vont vivre dans le lotissement "Les Conviviales", un ensemble de villas construit spécialement pour accueillir des seniors. Résultat? L'ensemble ne tient pas ses promesses et ceux qui sont venus s'y loger se sentent pris au piège. "Lune captive dans un oeil mort", un roman signé Pascal Garnier, se construit autour de l'interaction faussement calme qui se met en place entre quelques personnages que rien ne devrait rapprocher.

 

Certes, tout commence tranquillement, et "Lune captive dans un oeil mort" fait partie de ces romans qui prennent leur temps pour s'installer avant d'exploser tout à coup. Le premier chapitre, cela dit, constitue une très bonne exposition. Sa construction fait alterner les mots jetés sur le papier glacé d'un prospectus et la réalité vécue d'un homme qui s'est installé là, parmi les premiers, avec son épouse. Le ton est donné: il y a un peu de désillusion face un ensemble de logements qui ne tient pas toutes ses promesses et ne trouve pas ses habitants. Du lotissement, l'auteur dit: "Vu d'avion, cela devait ressembler à une sorte d'arête de poisson", manière de montrer que les lieux sont mortels, en dépit de leur ambition d'être, justement, un lieu de vie.

 

On pourrait presque voir "Lune captive dans un oeil mort" comme un huis clos, en ce sens que ce roman rassemble une demi-douzaine de gens logés à la même enseigne, dans un "locus amoenus" en carton-pâte. L'auteur utilise l'idée du huis clos pour créer une tension, en insistant sur le fait que chacun est là, pratiquement coincé, parce qu'il ne peut faire autrement, que ce soit par choix (qu'on ne saurait révoquer sous peine de déchoir) ou à l'issue d'un concours de circonstances. Tout commence avec la courtoisie bienveillante que les personnages peuvent vivre entre inconnus - et avec les impressions peu avouables que l'on s'échange dès que les dos sont tournés. L'auteur prend soin de donner quelques caractéristiques à ses personnages: celui qui a un sourire immense qui sonne faux, la lesbienne supposée, l'animatrice qui fume des joints. Moins typées, les femmes trouvent tout à fait leur place dans le récit, ne serait-ce que parce qu'elles savent organiser ou parler. En somme, l'auteur sait orchestrer, sur 157 pages, la tranche de vie de quelques personnages.

 

Et si, à l'instar de la qualité des logements et de la sécurité, "Les Conviviales" ne sont pas à la hauteur des espérances de ceux qui ambitionnent d'y vivre, c'est un circonstances particulier qui finit par mettre le feu aux poudres. Il faut un long temps, en effet, pour que cela s'installe. L'auteur prend son temps pour installer un dispositif tendu où tout peut mettre le feu aux poudres. Au hasard, ce sont donc des gitans, pourtant intègres, qui vont jouer le rôle de catalyseurs. C'est l'occasion, pour l'auteur, de placer quelques préjugés dans la bouche de certains de ses personnages. Faciles, les préjugés, comme peuvent l'être ceux que le Français moyen peut avoir à l'encontre des gens du voyage... la caricature, ici, est vigoureuse et fait mouche.

 

Si le début de "Lune captive dans un oeil mort" captive, ce roman a quelques lenteurs plus tard, gage de tension. Roman lent, "Lune captive dans un oeil mort" choisit de monter très graduellement en puissance et montre çà et là une folie inattendue, mais pourtant évidente, quand on y pense, lorsqu'il est question de vivre dans un lotissement qui n'est fait pour personne. Il est permis de penser ici à "Super-Cannes" de James Graham Ballard lorsqu'on lit "Lune captive dans un oeil mort", pour deux raisons au moins: d'une part, on réunit des personnages qui n'ont pas grand-chose à faire ensemble... et d'autre part, on s'attend à un clash en fin de roman. A cela, l'auteur de "Lune captive dans un oeil mort" ajoute une intimité non voulue, une proximité pas désirable , mais propice à toutes les tensions.

 

Pascal Garnier, Lune captive dans un oeil mort, Paris, Zulma, 2008.

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