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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 19:12

Geinoz ExilsDéfi Premier roman.

 

Exils intérieurs et extérieurs, remises en question au fil des ans: "Exils" est le premier roman d'Annick Geinoz. Riche de personnages profondément humains, il l'est aussi en raison des thèmes abordés, dans le contexte particulier de la paysannerie fribourgeoise au tournant du siècle. Et à sa parution aux éditions de L'Hèbe en 2009, ce livre proche de son lectorat a connu un succès certain.

 

Le monde agricole fribourgeois et suisse sert en effet de toile de fond à "Exils". Quitte à paraître didactique par moments, l'auteure n'hésite pas à décrire les enjeux liés à l'agriculture suisse à la fin des années 1990. Elle creuse profond, témoignant de la précarité de tout un monde qui, pourtant, se démène et connaît un désarroi certain. Cela va jusqu'à la description de manifestations paysannes ayant réellement eu lieu dans les années 1995 à la suite de la réduction du prix du lait. Teintée d'empathie, la précision du regard porté sur ce monde est rare dans le monde des lettres, ce qui, d'ores et déjà, fait d'"Exils" un roman important dans le monde littéraire romand.

 

Mais un tel sujet serait pauvre s'il n'y avait pas les humains pour le faire vivre et aller plus loin. La romancière fribourgeoise donne à voir des personnages bien dessinés. Le lecteur goûtera ainsi pleinement le caractère impulsif de Jacques Guérin, agriculteur dur à la tâche. Il fera aussi connaissance de son épouse, Sarah: son vécu n'est pas évident à porter (perte de jumeaux, stérilité avant l'âge en raison d'une hystérectomie). Cela débouche sur le dessin d'une personnalité complexe, cordiale et active certes, capable de créer de belles complicités, mais qui a ses zones d'ombre à gérer. Cela, face à Romane...

 

... qui va jouer un rôle clé dans "Exils". Ainsi, "Exils" n'est pas tant un roman sur deux paysans fribourgeois qui vont vivre au Canada parce que c'est mieux (même s'il y a de ça) que le récit de la reconstruction de Romane. En effet, lorsque cette jeune fille fait irruption dans le couple Guérin, c'est une jeune anorexique gâtée, fâchée avec tout le monde, qui a besoin d'être soutenue et de se reconstruire - ce que l'auteure montre avec délicatesse, en mettant en évidence un point de départ pas facile et en soulignant que créer du lien n'est pas toujours évident. Reste que la durée d'un roman, soit quelques années, suffira pour que Romane, bien entourée par un couple que l'adversité n'a pourtant jamais épargnée, devienne pleinement une femme. Une forme d'exil intérieur, de renonciation, qui fait écho au départ des Guérin de Sorens vers le Canada - ce qui ne va pas sans nostalgie ni regrets.

 

Si elle se laisse aller parfois à un brin d'ironie, l'écriture de la romancière s'avère sobre, sans recherche gratuite de style. Il est permis de se demander si l'amitié qui lie Romane et Sarah est aussi indéfectible que ce qui est annoncé en page 55, et d'où vient le pack de bière mentionné en page 131 et qui déclenche un virage crucial dans "Exils". Il est permis de tiquer; mais on préfèrera garder de ce premier roman le souvenir d'une histoire qui place les relations humaines en son centre, avec beaucoup de sensibilité, et fait - comme plus d'un agriculteur fribourgeois - le grand écart entre une Suisse romande devenue trop petite et un Canada un brin rêvé, aux grands espaces pleins de promesses pour celle ou celui qui veut travailler.

 

Annick Geinoz, Exils, Charmey, L'Hèbe, 2009.

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