Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 22:21

Dupuis SeulsLu par Ecri'Turbulente, Goliath.

 

"Enfin seuls!": avec un point d'exclamation, c'est l'expression cliché des jeunes mariés enfin laissés à leur intimité au terme de la noce. Qu'on y mette un point d'interrogation et tout change: la solitude est-elle si aimable? Ou si détestable? Et n'est-elle pas le lieu troublant de tous les possibles? L'écrivain belge Patrick Dupuis, spécialiste de la nouvelle et créateur des éditions Quadrature, l'a fait. Son dernier recueil, "Enfin seuls?", explore les différentes facettes de la solitude, qu'elle soit vécue avec résignation ou ardemment désirée.

 

"Enfin seuls?" est un petit recueil de nouvelles très brèves. C'est sa force: à chaque fois, l'auteur parvient, en quelques mots, à installer la situation: un homme qui a la gueule de bois, une femme témoin de solitudes qui s'affrontent, des personnages suicidiares, etc. Le style s'avère sobre; l'écrivain sait cependant trouver, tout en délicatesse, la voix idoine. Un mot d'un registre familier ou populaire suffit, souvent, à créer l'univers d'un personnage. Que celui-ci s'exprime directement, ou que l'auteur lui donne vie avec le recul de la troisième personne du singulier.

 

L'auteur a aussi l'intelligence de ne pas faire de la solitude un état forcément rejeté. De ce point de vue, malgré une petite incohérence musicale, "Embouteillage" est une petite merveille, alliant l'humour vache et une manière inédite d'exploiter les bouchons prévisibles. Il y a aussi, de ce point de vue, "Retrouvailles", qui démystifie l'idée que des retrouvailles sont forcément agréables: celles-ci peuvent faire renaître des rancoeurs qu'on croirait éteintes, et l'auteur les illustre avec acuité, révélant au passage une certaine lâcheté humaine: celle de ne pas savoir dire "stop" au bon moment à l'autre, en lui faisant comprendre que la solitude est finalement préférable à une vie de couple mal assorti.

 

La solitude au sein de couples usés est aussi quelque chose de tentant, et l'écrivain s'y adonne à plus d'une reprise, tournant inlassablement autour de ce sujet au fil d'un certain nombre de nouvelles. Les personnages oseront-ils prendre une autre route? La nouvelle "Italie" le suggère ou pas, promettant à un homme en voiture un rayon de soleil d'Italie qui contraste avec l'atmosphère maussade des banlieues belges où vit une épouse à laquelle il n'a plus rien à dire. Cela, sans oublier ces histoires d'hommes qui épousent des femmes sans forcément le vouloir. Témoin des individualités d'aujourd'hui, l'écrivain bannit en effet tout romantisme de ses nouvelles. Ce qui lui permet de rappeler qu'un mariage, c'est parfois deux solitudes qui se côtoient sans se comprendre vraiment.

 

"Enfin seuls?" se compose de nouvelles qui, plutôt que de se construire sur des intrigues massives, se présentent comme des instantanés, de brèves tranches de vie. Parfois, il ne se passe rien, ou si peu de chose! Et si quelque chose advient quand même, l'auteur se montre délicat, allusif, et laisse au lecteur le soin de compléter ce qui manque. Ce n'est pas bien difficile, et crée un bel esprit de connivence entre l'écrivain et le lecteur, placé avec "Enfin seuls?" face à des personnages ordinaires, avec des qualités et des défauts assumés. Rapidement dessinés donc, certes, mais pleinement humains.

 

Patrick Dupuis, Enfin seuls?, Avin, Luce Wilquin, 2016.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.