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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 20:16

Bied EnjoyLu par Céleste, Clara, Jérôme Leroy, Nadège, Shallow But Not Too, Tilly.

Défi Premier roman.

 

Malaise dans la société des écrans... c'est là que tout commence dans "Enjoy", premier roman de Solange Bied-Charreton, blogueuse parisienne devenue journaliste. "Enjoy" met en scène un jeune adulte, Charles Valérien, aux prises avec les servitudes de son existence de jeune collaborateur taillable et corvéable à merci et les impératifs d'un réseau social branché, ShowYou.

 

Narcissime et servitude

ShowYou? C'est le réseau où il faut être. Une fois devenue membre, une personne sera tenue d'y publier régulièrement des informations à partager, sous peine d'exclusion - la honte suprême, pour quelque chose de bien dérisoire finalement. Charles Valérien a trouvé un sujet: son installation dans son nouvel appartement, plutôt bien situé à Paris. Si l'impératif de publier régulièrement suggère la nécessité morale de tenir un site Internet ou un blog à jour, la règle du bannissement, irrévocable, indique carrément un esclavage moderne, au profit du Big Data sans doute.

 

Le réseau social est certes inventé, mais elle le construit adroitement en empruntant des traits marquants à un certain nombre de travers du Web, que les inconditionnels s'amuseront à reconnaître. A travers ShowYou, elle illustre parfaitement le narcissisme consistant à exhiber à la face du monde des tranches de vie dérisoires.

 

Le nom du réseau social sonne anglais, et le titre est aussi un mot anglais bien connu. La langue anglaise est aussi celle des affaires, d'un certain univers du travail dont l'auteure dessine la férocité. On croira volontiers que la présence discrète de l'anglais dans "Enjoy" est aussi une manière de dire la modernité.

 

Malaise dans la modernité

Le titre a d'ailleurs tout d'une antithèse: la jeunesse peut-elle vraiment savourer le monde que l'auteure met en scène sans fard? Hors des réseaux sociaux, l'auteure dessine le malaise d'une certaine génération, à l'image de la mentalité d'une certaine bourgeoisie du 16e arrondissement parisien.

 

Cela l'amène à retracer la reconstruction pas toujours évidente d'un lien entre Charles et son père, allant creuser dans le passé de ces personnages pour leur donner de l'épaisseur. Elle mentionne la panique après les études, contredite par l'envie de tracer sa route quand même, et aussi la prise de distance avec la religion, à l'image du catholicisme. Mais pour quoi? L'auteure n'oublie pas de mentionner les impasses de la société d'aujourd'hui.

 

Charles Valérien lui-même peine à se créer des relations. L'histoire sentimentale vécue avec Anne-Laure n'est pas sans houles, et il ne connaît guère ses voisins - qu'il regarde cependant par la fenêtre, en bon voyeur un peu lâche. Et quand les genres se mélangent, quand la vie professionnelle empiète sur la vie en ligne sur ShowYou, la servitude s'alourdit encore. Il n'est qu'à voir l'attitude de Théo Zami, qui n'est pas exactement un... z'ami.

 

Rédigé à la première personne, "Enjoy" propose un personnage de jeune homme crédible. Il faut un peu de temps pour s'habituer à l'écriture de Solange Bied-Charreton, dense, déclinée en longs paragraphes presque étouffants où les dialogues sont très rares. Mais une fois qu'il est dedans, le lecteur va apprécier à sa juste valeur une plume ravageuse qui manie vigoureusement l'ironie pour dessiner une société plutôt nihiliste. Un aspect qu'elle continuera de tracer dans son deuxième roman, "Nous sommes jeunes et fiers".

 

Solange Bied-Charreton, Enjoy, Paris, Stock, 2012.

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