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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 21:26

Bermani VenenoLu par Francis Richard, Gito Minore (en espagnol), Rossana Cabrera (en espagnol), Sibelius (en espagnol), Valérie Debieux.

 

L'éditeur suisse BSN Press a eu la main heureuse lorsqu'il a mis le grappin sur "Veneno", roman majeur de l'écrivain argentin Arien Bermani. Rédigé entre 2003 et 2004, ce texte a été primé en 2006 en Argentine.

 

Pierre Fankhauser en livre une traduction française vivante et réussie. On notera d'ailleurs que "Veneno" est le premier livre d'Ariel Bermani à être traduit en français.

 

Il y a le rythme, d'abord. Regroupés en quatre parties, les chapitres dessinent une chronologie en zigzag et se subdivisent en séquences relatant la vie des personnages mis en scène, et en particulier de Veneno, de son vrai nom Enrique, alias Quique. Séquences brèves, à chaque fois, unités narratives serrées: un voyage en taxi, une conversation difficile y suffisent. La deuxième partie du roman offre des séquences encore plus courtes; elle fait figure d'intermède fulgurant, donnant au lecteur l'impression que des voix diaboliques s'adressent à Veneno, l'incitant, de façon fort directe, à prendre toutes les femmes qui sont à sa portée.

 

Veneno est un personnage captivant, mélange original de défauts et de qualités qui en font une figure particulière. Peut-on adorer sans réserve, en effet, ce bonhomme à l'oeil de travers, pas très grand, farouchement indépendant, père loin d'être parfait, à la profession mal définie, si ce n'est par sa précarité? En contrepoint, l'auteur donne quelques éléments sympathiques: Veneno, misérable qui a souvent le dessous et aime même se faire tabasser pour sentir le goût du sang dans sa bouche, aime la poésie, de Pablo Neruda ou d'autres.

 

A travers lui, le lecteur découvre le monde des petites gens d'Argentine, l'histoire se déroulant sur une trentaine d'années à Burzaco, dans la banlieue de Buenos Aires. De manière allusive mais toujours exacte, l'auteur dépeint le contexte: des prêtres pas toujours au-dessus de tout soupçon, des associations religieuses qui sont aussi des trucs à couples malsains, et d'un autre côté des mariages qui se font, se défont et se refont, éventuellement au gré des grossesses non désirées, les femmes prenant sur elles des responsabilités pour deux dès lors qu'une naissance s'annonce - dans un contexte machiste accepté par toutes et tous, nolens volens. Et pour irriguer le tout, l'alcool, en particulier la bière, boisson populaire s'il en est, éclusée à crédit si les temps sont durs.

 

Loin de chercher les ressorts de son récit dans une politique venue d'en haut, l'auteur s'attache à construire et développer les interactions entre des personnages éloignés de tout pouvoir. Entre hommes irresponsables et femmes mûres trop tôt, c'est un sacré univers que l'écrivain argentin dépeint. Ce monde a des cruautés insoupçonnées, témoin la facilité avec laquelle chacun des personnages ou presque reçoit un surnom impitoyable. L'écriture s'avère sans afféterie. Elle garde un ton simple, vivant, oral parfois, où l'on croit entendre, en doux contrepoint, les accents du tanguero Carlos Gardel.

 

Ariel Bermani, Veneno, Lausanne, BSN Press, 2016, traduction de Pierre Fankhauser.

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commentaires

Rencontrer une Cougar 02/06/2016 13:08

Ça fait plaisir de voir ton site, super article !

DF 02/06/2016 22:15

Groar.

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