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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 22:02

Thiep SinhLes nouvelles du recueil "Mademoiselle Sinh" de l'écrivain vietnamien Nguyên Huy Thiep sont brèves. Elles oscillent entre le conte et le récit qui touche à des aspects sociaux. Son ouvrage revêt une ambiance sereine, où les éclats prennent d'autant plus de force.

 

La nouvelle "Mademoiselle Sinh" revisite par exemple le classique de la fille sans éclat, orpheline qui plus est, qu'un prince vient chercher et emmène avec lui, tout amoureux. Est-ce vraiment un prince? L'auteur ne le dit pas expressément; tout au plus le suggère-t-il. Et comme la nouvelle s'arrête lorsque la fille quitte le village, on ne saura jamais si celui qui est venu la chercher est vraiment aussi bon qu'on le dit. Placée en fin de recueil, cette nouvelle suggère ainsi une ouverture, la possibilité d'un après.

 

Plus encore qu'un conte, c'est une légende que l'écrivain offre avec "La Buccine", nouvelle qui ouvre ce recueil. Quel est cet instrument à vent sans éclat qui permet d'éloigner les insectes qui, voraces, détruisent les récoltes? L'issue est heureuse, et la nouvelle laisse une impression aimable. Cela dit, il reste l'ombre d'une question: est-ce vraiment cet instrument de musique au son désagréable qui a obtenu cet heureux effet?

 

L'auteur sait également aborder des sujets plus graves, comme le viol - qui intervient comme un élément clé de "Thô Cam, le brocart de montagne". Certes, tout finira par s'arranger, mais à quel prix? L'auteur chronique ici un certain gâchis, avec entre autres une femme déclassée et un enfant difforme qui a vécu sans père. La misère sert elle aussi de substrat à une nouvelle, "Cún", qui met en scène un mendiant. L'issue, ici, est belle à sa manière, puisque le mendiant, "le chien" pour reprendre le sens de son nom, devient père au moment de mourir.

 

L'auteur fait usage de quelques trucs classiques pour suggérer que ses nouvelles sont vraies, ou que si elles sont fausses, c'est qu'elles se veulent au moins vraisemblables, fruit du travail de l'écrivain imaginant ce que pourrait être la réalité, donc quand même vraies dans une certaine mesure. Les textes de ce recueil sont écrits de manière sobre. Intemporelles ou presque, ces nouvelles sont appelées à parler à des lecteurs de tout temps.

 

Nguyên Huy Thiêp, Mademoiselle Sinh, Paris, L'Aube, 2010, traduction de Thuy Khuê en collaboration avec Marion Hennebert.

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