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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 21:53

Alie ConvoiLu par Carozine, Goliath.

Défi Premier roman.

 

De la chanson au roman, Marijosé Alie fait le grand écart. En ce début d'année 2016, elle offre son premier roman, "Le Convoi". C'est une nouvelle corde à son arc: sa vie l'a amenée à évoluer dans les milieux du journalisme télévisé, y compris à des niveaux managériaux, et à s'adonner à la chanson.

 

La musique des mots

"Le Convoi" plonge le lecteur dans les profondeurs de l'Amazonie, entre Guyane et Surinam. On devine un monde étouffant, grâce à une écriture empreinte d'une poésie de tous les instants, quitte à paraître lourde: les images sont omniprésentes. C'est copieux, c'est généreux!

 

L'écriture a aussi un sens du rythme, marqué par l'anaphore et la récurrence de certaines expressions frappantes. La plus marquante d'entre elles arrive dès l'incipit: "Il était midi à tous les réveils, à huit cents kilomètres à la ronde." Ces huit cents kilomètres, l'auteure les fait varier à l'infini.

 

Enfin, l'auteure ne se gêne pas pour utiliser des mots qui fleurent bon l'Amérique du sud, parfaitement à propos, sans en abuser. Tout cela laisse au lecteur l'impression d'une certaine lenteur, qui peut agacer lorsqu'on souhaite que ça avance plus vite, mais qui a sa pertinence: la musique des mots est riche et embrasse un univers.

 

Des personnages à l'avenant

L'auteure construit tout un univers de personnages hauts en couleur. Ces couleurs naissent entre autres du fait que chacune et chacun s'avère héritier de son passé: des études au loin, une compétence bien exploitée, une famille à trous.

 

En voyant chacune et chacun évoluer, le lecteur conçoit que les plus nantis, en termes de fortune et de pouvoir symbolique, ne sont pas forcément les plus heureux: l'auteure dessine par exemple avec exactitude les névroses de la femme du procureur, Suzanne. L'auteure évoque aussi avec bonheur des enfants qui savent poser des questions aux grandes personnes.

 

La présence d'Occidentaux moyens, pas toujours adaptés (à l'instar de cette mannequin métisse qui porte des talons aiguilles dans la brousse) suggère, enfin, un brassage culturel. Brassage qui, concrètement, peut aussi prendre la forme d'étreintes fécondes au sein du convoi éponyme...

 

Et ce convoi, alors?

Dans "Le Convoi", le convoi fait figure de McGuffin presque parfait. Le lecteur veut en savoir plus, tourne les pages, et l'auteure lâche les informations au compte-gouttes, quitte à agacer le lecteur pressé d'avancer.

 

La romancière sait aussi instiller un suspens autour du convoi. Elle suggère un côté trouble à son meneur, Alakipou, et fait intervenir l'armée et les gabelous pour suggérer que ce convoi cache quelque chose de pas très net. Vraiment?

 

Et puis, l'événement est présenté comme rare: il survient une fois par génération et concerne quelques dizaines d'élus du monde entier. Ainsi ferre-t-elle le lecteur curieux. Mais au fond, on ne sait guère ce qui incite des Européens à suivre ce convoi en des terres lointaines.

 

"Le Convoi" est comme un fleuve, lent et généreux. Son auteure construit un monde poétique où l'image est omniprésente, sans oublier certaines questions d'actualité - utilisées pour désenchanter le lecteur en fin de récit, alors que se sont exprimés des climats sensuels, torrides, ensoleillés ou juste joyeux.

 

Marijosé Alie, Le Convoi, Paris, Editions Hervé Chopin, 2016.

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