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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 21:30

Vebret BlancheLu par Marc Villemain.

Le site de l'éditeur.

 

Un titre qui évoque Gérard de Nerval. Un début de roman qui convoque Albert Camus et Louis-Ferdinand Céline. Pas de doute, l'écrivain français Joseph Vebret entraîne son lectorat dans un texte pleinement littéraire. Son titre? "Car la nuit sera blanche et noire". Et le lecteur goûtera les innombrables références aux classiques de la littérature française, qui irriguent ce roman au moins autant que le whisky et la vodka, dont le narrateur est friand.

 

Un roman à trois niveaux

Un romancier qui parle d'un romancier: le schéma est connu. L'écrivain lui ajoute cependant un étage, développant une intrigue à trois niveaux: le niveau réel, concret, celui où c'est Dominique Vebret qui écrit. Le niveau du narrateur, celui du livre qu'on lit, où se trouve un écrivain dépressif que sa famille rejette. Et le niveau de l'oeuvre rédigée par ce narrateur, où il est entre autres question d'un écrivain - à la fois pareil au narrateur et différent de lui.

 

Cela dit, il y a une perméabilité entre ces niveaux, à telle enseigne qu'il est permis de se dire que le narrateur, c'est un peu Dominique Vebret, et que personnage du roman écrit par le narrateur est un peu ce narrateur, voire Dominique Vebret. Chacun se positionne entre le réel et l'imaginaire. Si tout est inventé, en effet, il est permis de considérer que "Car la nuit sera blanche et noire" cristallise un peu du réel de son écrivain. Une phrase importante, reprise trois fois dans l'édition suisse de ce roman (exergue, prière d'insérer, corps du roman), le confirme: "Car après tout, qui sait si la réalité n'est pas dans les livres et la fiction derrière nos fenêtres?"

 

Secrets de famille et d'écriture

Et de quoi est-il question ici? D'un écrivain qui a tout plaqué pour écrire, des affres de l'écriture... et d'un lourd secret de famille qui trouve ses racines dans les soldats français injustement fusillés durant la Première guerre mondiale. Les grandes lignes de ce secret de famille sont dévoilées assez tôt, prélude à une observation poussée d'une famille oppressante à l'extrême, enfermée dans la lourdeur d'une hérédité militaire et dans une pratique religieuse purement formelle, sans foi.

 

On pourrait dire que la question des affres de l'écriture a déjà été abordée mille fois par d'autres écrivains avant l'auteur de "Car la nuit sera blanche et noire". Or, ce dernier a l'adresse de la placer dans le contexte plus vaste de l'écriture actuelle, et d'installer une tension entre la prise de notes, les rapports avec un éditeur qui exerce des pressions amicales mais fermes sur son poulain et les soutiens et obstacles dont l'auteur profite. Cela, sans oublier le milieu littéraire et le métier d'écrire, écho au métier de vivre évoqué par Cesare Pavese.

 

L'alcool dynamité

Le roman va jusqu'à interroger les rapports des auteurs avec l'alcool. A-t-on affaire à un livre qui tue? C'est ce que le narrateur veut croire, ouvrant la porte au fantastique. Une porte bien vite refermée: la vie demeure rationnelle, et les décès autour du narrateur sont naturels, mêmes s'ils coïncident avec ce qu'il écrit. Toute autre interprétation relève d'une lubie née de l'ivresse.

 

En brisant le mythe de l'inspiration qui vient de la bouteille, "Car la nuit sera blanche et noire" met en scène une rédemption personnelle du narrateur, qui se convertit à la Badoit, non sans peine.

 

Aisance et érudition

Quant aux références littéraires, je les ai évoquées dès le début de ce billet, et elles sont nombreuses. Elles empruntent à Gide, essentiellement, mais pas seulement, et installent un climat d'érudition dans ce roman - qui se lit aisément, malgré tout! Elles se glissent volontiers dans les paroles et attitudes de l'écrivain narrateur, allant jusqu'à suggérer que celui-ci peine parfois à penser par lui-même, sans se cacher derrière les citations. A moins que ce ne soit une posture de modestie face aux géants d'autrefois?

 

Roman ample et bien renseigné, "Car la nuit sera blanche et noire" dessine un écrivain tourmenté, dans toute sa complexité. Ne reculant pas devant l'introspection, il évoque tout ce qu'il faut parfois mettre en jeu pour construire un roman, une oeuvre littéraire. Et s'il est certes dense et solide, allant jusqu'à faire leur part aux sentiments amoureux, ce roman se lit malgré tout avec aisance. Connu pour être l'animateur de revues consacrée aux livres, Joseph Vebret est donc également une plume littéraire qui mérite le détour.

 

Joseph Vebret, Car la nuit sera blanche et noire, Charmey, Editions de l'Hèbe, 2009. Egalement disponible aux éditions Jean Picollec.

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