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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 19:10

hebergement d'imageLu par Alain Bagnoud.

 

Lorsqu'on lit "L'Affaire", roman de l'écrivain neuchâtelois Claude Darbellay, il est difficile de ne pas penser à des affaires bien réelles qui ont fait trembler, peu ou prou, les landerneaux politiques cantonaux, dans le canton de Neuchâtel ou ailleurs. Leur écho transparaît du reste dans ce petit livre où affleurent quelques allusions, à telle enseigne qu'on a pu penser que l'auteur offrait là un roman à clés.

 

Cela dit, à travers le personnage emblématique d'un Conseiller d'Etat à la carrière aussi irrésistible que fugace, sans doute construit en observant plus d'une personnalité politique suisse voire étrangère, ce sont des travers et comportements bien humains que l'auteur met à nu. "L'Affaire" est susceptible d'intéresser n'importe quel lecteur, bien au-delà de l'étroit terroir romand: il suffit de se souvenir qu'en Suisse romande, un "Conseiller d'Etat" est un élu chargé de diriger un département au niveau cantonal - une sorte de ministre cantonal, donc.

 

L'ambition? C'est elle qui fait avancer le fameux Conseiller d'Etat, figure jamais nommée comme s'il s'agissait d'en faire un type universel. Autour de ce personnage présenté comme exceptionnel et volontaire, on s'agite. L'auteur dessine avec une froide précision les alliances de rencontre, les majorités de circonstance qui masquent les rancoeurs et les jalousies... pour un temps: au sein même de son parti - "droite modérée", nous avons donc probablement affaire à un "radical" - l'ascension fulgurante du Conseiller d'Etat ne fait pas l'unanimité. A un niveau politique, l'auteur dessine aussi les jeux de pouvoir entre partis, en les observant par divers biais: réunions, presse, discussions, rumeurs et ragots. Il renvoie l'image d'une caste politique peu exemplaire à force de compromissions, où chacun se "tient par la barbichette".

 

Le Conseiller d'Etat est aussi un homme à femmes, et l'auteur analyse avec finesse et pertinence les trois facettes de ses désirs, de ses moeurs: il y a une épouse, une amante et les plaisirs tarifés, fondés sur une relation sadomasochiste assez conventionnelle. L'auteur différencie fort bien ces manière de vivre la sexualité, variant les regards et le ton, tantôt explicites pour ne pas dire cliniques (amours tarifées), tantôt discrets (amante), tantôt teintés d'amertume (relation avec l'épouse légitime). Le lecteur garde l'impression que le Conseiller d'Etat est essentiellement, en matière de sexualité, un consommateur pour lequel chacune devrait se tenir prête, en fonction de ses humeurs.

 

"L'Affaire" est un roman court, sobre, sur l'ascension brutalement freinée d'un avocat d'affaires entré en politique par opportunité. Derrière la façade de gendre idéal du Conseiller d'Etat, les coulisses sont sombres et l'auteur se plaît à les explorer. Rien d'explosif, cela dit: toute "l'affaire" - une affaire d'achat de terrain, un accident de voiture, une fortune un peu trop visible - se règle vite, quelques éclaboussures dans la presse et l'on passe à autre chose. En fin de roman, l'auteur prend soin de faire le vide autour de son personnage... et de lui offrir une issue à Hong Kong, "le lieu de tous les possibles". Une fin ouverte, optimiste peut-être, si l'on veut croire que la vie offre toujours une deuxième, voire une troisième chance.

 

Claude Darbellay, L'Affaire, Gollion, Editions d'autre part, 2012.

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