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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 21:18

Meyer Bouche

Lu par Zazymut.

Le site de l'éditeur.

Rentrée littéraire 2015.

 

La ville de Genève a réussi à se frayer un chemin dans la rentrée littéraire parisienne 2015. Cela, grâce à l'écrivain israélien d'expression francophone Shmuel T. Meyer. Avec "La bouche ouverte", paru chez Serge Safran, il offre une évocation familiale et culinaire de la ville du bout du lac, traversant les générations et les mentalités.

 

Les mentalités sont dessinées par le biais des religions, qui se marient à leur manière. Il y a d'un côté une famille juive, et ses évocations mettent au jour des moeurs spécifiques, un certain sens de la vie et de la famille. Elles sont empreintes d'un certain humour, dont la discrétion même fait mouche. Et de l'autre, il y a tout le lourd héritage calvinien, empreint d'austérité opulente et de modestie - du moins pour la façade, puisque l'auteur ne manque pas de rappeler les origines troubles de la fortune de la famille présentée. C'est que la richesse de Genève, c'est aussi le commerce d'armes et la banque privée...

 

La ville du bout du lac est évoquée à travers ses lieux, cités avec un grand naturel. Le lecteur se retrouve baladé entre des lieux aussi contrastés que le quai des Bergues et les Pâquis, pour n'en citer que deux.

 

Quelques épisodes historiques bien genevois sont également mentionnés, tels des rites (il y a le jour du jeûne genevois); mais l'auteur prend globalement soin de ne pas donner d'ancrage temporel trop précis. Pour faire naître un certain flou artistique, il se contente de donner de rares dates et de mentionner des éléments qui parleront aux curieux: en citant le journal "Le Temps", par exemple, il installe une partie de son récit après 1998. Et par la mention de l'opprobre liée au sida qui frappe et tue l'un des personnages, il indique qu'un autre épisode a dû avoir lieu au début des années 1980.

 

Et puis il y a la nourriture, fil rouge de "La bouche ouverte"... le titre est évidemment tout un programme gourmand; quant à l'énumération des chapitres, elle ressemble au menu d'un grand restaurant. De manière rituelle, voire répétitive, chaque chapitre a pour point de mire un plat, une boisson, un ingrédient qui va nourrir les personnages, dans le cadre d'une mise en scène attendue mais à chaque fois différente. Et l'on est bien à Genève lorsqu'on parle de longeoles ou de gratins de cardons. Cela, sans parler de la tarte aux pruneaux, indissociable de l'austère journée de célébration du jeûne genevois. Reflet d'un rite sévère ou d'une gourmandise presque coupable, chaque plat est évoqué avec une sensualité qui fait saliver.

 

L'écriture exploite les jeux de distance que permet une utilisation judicieuse du "je" et du "il", et joue sur la longueur des séquences pour accélérer parfois le rythme du roman. Les voix s'avèrent donc discrètement diverses, cernant en finesse des personnages aux vécus presque ordinaires, parfois traversés d'une surprenante exubérance. Et au fil des pages, l'auteur offre un portrait subtil des gens et un regard exact sur Genève, inattendu en cette rentrée littéraire.

 

Shmuel T. Meyer, La bouche ouverte, Paris, Serge Safran, 2015.

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