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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 22:03

Dormond CaseLu par Francis Richard.

Défi Rentrée littéraire.

 

Avec ce recueil de nouvelles, Sabine Dormond installe une voix personnelle, engagée du côté des faibles et des petits, et empreinte d'un humanisme indéniable. "Une case de travers", c'est à la fois une partie d'échecs vue par le fou, mais aussi la folie de la petite planète sur laquelle nous vivons. Et dont l'auteure dépeint les travers à sa manière, à la fois joueuse et grave.

 

Une ouverture qui interroge

Joueuse, l'auteure l'est dès les premières phrases de "Fondue enchaînée", la nouvelle qui ouvre le recueil. Il y est question d'un réfugié économique qui, arrivé en Suisse, est renvoyé dans son pays après un interminable délai. De la nouvelle, le lecteur retient la construction littéraire. Sa première partie s'avère euphorique, portée par une écriture qui aime les jeux de mots et de sonorités, empreinte d'un brin de folie rêveuse. Il est dommage que le virage vers le réel, dessiné sous la forme d'une prison, soit pesamment marqué; mais dès lors, le style devient sobre, prosaïque, épousant une intrigue qui paraît aboutir dans le couloir sombre de l'incarcération - mais qui sait...

 

Certes bien construite, la narration est desservie par un certain manichéisme, plaçant un peu rapidement les personnages noirs dans le camp des gentils, dont le seul tort est d'aspirer à un avenir meilleur en Europe, et les blancs dans le camp des méchants, condescendants ou racistes, en tout cas imperméables. Les personnages auraient gagné en épaisseur et en crédibilité s'ils avaient eu, de part et d'autre, des qualités et défauts mieux répartis: qu'il vienne de Suisse ou d'Afrique, personne n'est parfait.

 

Omniprésente publicité

Le lecteur peut cependant lire le recueil "Une case de travers" à plusieurs niveaux. Il est en droit de se demander de quelle case il s'agit: est-ce la case d'un Africain, migrant déjà évoqué par l'auteure dans "Trente-six chandelles", ou celle d'un jeu d'échecs? Dans la nouvelle éponyme, qui n'est pas sans rappeler le Gianni Rodari des "Favole al telefono", tombe la réponse - dans un affrontement entre des Noirs et des Blancs où la conscience trouve sa place.

 

L'auteure a le souci d'ancrer ses nouvelles dans l'actualité. Il y sera donc question des déviances induites par les réseaux sociaux ("On va sortir"), ainsi que des interrogations liées à l'environnement. La publicité s'installe cependant comme un fil rouge. A ce titre, "Convoit(ur)és" joue le rôle de pivot: c'est une nouvelle construite sur les injonctions liées à la publicité. Dans d'autres textes, celle-ci est intégrée, et va jusqu'à emprunter, de manière ludique, ce qui figure sur les affiches d'aujourd'hui: les trois petits vieux de l'Appenzeller dans "Fondue enchaînée", ou le slogan des CFF, "En route, comme chez soi", alias "En route comme à la maison" dans "Discour(s)-toisement".

 

Et si les intrigues ne sont pas massives, elles permettent à l'auteure d'esquisser ou de parachever le portrait de ses personnages, jusqu'à l'extrême - on pense au personnage narcissique de "Je moi-même... passionnément", poussé jusqu'à une mortelle caricature. Ou à quelques portraits de femmes atypiques, par exemple dans le cruel "Reine d'un soir".

 

Souvenirs de concours

Enfin, le lecteur attentif à ce qui se passe dans le monde des lettres romandes reconnaîtra, au fil des pages, les thèmes des concours de nouvelles organisés ces dernières années - on pense à Gruyères ou à Genève, entre autres. Il n'y a certes pas de nostalgie à avoir de n'avoir pas gagné: chaque concours incite les auteurs à exceller, en conscience, et les textes qui se retrouvent dans "Une case de travers", primés ou non, sont d'excellente facture.

 

Toujours campées dans ce début de XXIe siècle, les 21 nouvelles de "Une case de travers" sont autant de regards sur notre monde qui, devenu fou, paraît avoir "une case de travers". L'auteure donne sans ambages son regard inquiet sur celui-ci, sur les figures politiques qui le mènent (qui est Vladimir dans "L'Ame blanche"? Lénine ou Poutine?) et sur certains grands thèmes, environnement ou vie conjugale, voire défis liés au grand âge. Après "Full sentimental", Sabine Dormond offre à nouveau quelques points de vue humanistes sur le monde actuel et son tourbillon.

 

Sabine Dormond, Une case de travers, Sainte-Croix, Mon Village, 2015.

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commentaires

Alphonsine 02/10/2015 11:25

Moi qui cherche des recueils de nouvelles contemporains, je jetterai peut-être un œil à celui-ci, même s'il est difficile de bien parler de l'hyper-actuel, je trouve. :)

DF 02/10/2015 21:52

En effet, c'est tout à fait en phase avec l'actualité - et la première nouvelle, écrite avant la vague de migrants actuelle, revêt une actualité certaine à présent. D'une manière générale, ce recueil ne laisse pas indifférent. :-)

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