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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 17:36

Ristic AffaireImaginez une certaine Nadja. Comme sa grande soeur d'André Breton, elle a un petit côté décalé que son tempérament d'artiste ne saurait entièrement justifier. Cette Nadja, c'est le personnage principal du dernier roman de la femme de théâtre Sonia Ristic. Paru chez Intervalles (merci pour l'envoi!), "La belle affaire" relate le destin de cette femme, construisant un flash-back ponctuel à partir d'un événement déclencheur précis: une nuit d'amour que Nadja passe avec Patrick dans le Vermont, loin de sa famille, qu'elle a tendance à oublier.

 

Pour dessiner le portrait complet d'une personne, la construction de "La belle affaire" suit deux pistes parallèles: la vie d'une femme d'aujourd'hui, Nadja, 40 ans, devenue enseignante ayant un passé d'écrivaine, et celle de la même femme, au cours des décennies écoulées, de l'enfance à l'âge adulte. Au fil des ans, c'est le récit d'une réappropriation d'un corps qui s'installe - symbolisée par la mise au monde de deux jumeaux, Marie et Jo, alors que la mère a été déclarée stérile par les médecins.

 

Saisi dans cette démarche binaire, le lecteur sera surpris par des éléments parfois anecdotiques, peu parlants: une manière de marcher, des relations. C'est que l'auteure sait ménager une gradation, un crescendo dans son récit. Si le début s'avère peu accrocheur, il évoque déjà, en germe et à mots couverts, des éléments capitaux qui, comme il se doit, seront explicités en fin de roman seulement. Parmi ceux-ci, la relation avec un certain Amadou, homme qui compte dans la vie de Nadja, et surtout acteur d'une possible trahison, sur fond de guerre imminente en Afrique.

 

C'est que tout trouve sa racine en Afrique, continent où Nadja, fille d'un diplomate et d'une mère intrusive, passe les années décisives de sa vie, celles où elle devient une femme après avoir été une fillette. Tout le reste, dès lors, se présente comme les jalons d'une histoire sentimentale en trois étapes: Amadou l'initiateur, Paul le mari, Patrick l'amant. Cela, sans compter les autres, ceux qui "trouvent le chemin de la chambre d'hôtel" de Nadja et ne comptent guère, si ce n'est pour donner de Nadja une certaine image, celle d'une femme aspirant à une certaine liberté. Ne serait-ce que face à une famille difficile à vivre - l'auteure, de ce point de vue, ne se gêne pas pour charger le trait, notamment du côté maternel.

 

La narration adopte un style classique, limpide. Il en résulte l'impression d'un récit mené avec une grande pudeur, tempérée par quelques éclats de rire bienvenus. Il aura fallu, enfin, l'intervention d'un amant côtoyé au loin pour qu'enfin, Nadja puisse écarter les démons qui hantent sa vie depuis son adolescence et connaisse une forme de recommencement.

 

Et l'amour dans tout ça? "La belle affaire!..."

 

Sonia Ristic, La belle affaire, Paris, Intervalles, 2015.

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commentaires

secondflore 13/08/2015 15:03

Je valide ! ^

DF 16/08/2015 22:05

:-) Une lecture particulière, mais j'aime bien ce que font les éditions Intervalles.

Yv 13/08/2015 09:38

Un roman qui me laisse une sensation ambivalente, à la fois un manque d'intérêt pour Nadja qui végète, ne vit pas vraiment et en même temps, impossible de lâcher le livre que je trouve finalement vraiment bien fait

DF 16/08/2015 22:07

En effet, le personnage est comme il est, finalement très naturel, même si l'auteure le veut un poil décalé en se réclamant d'André Breton. Mais elle en dessine un portrait profond qui rend la figure de Nadja captivante.

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