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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 21:00

Dubath photo Dubath Geoles_zps4tzymvrv.jpgLu par Francis Richard.

Le site de l'éditeur - merci pour l'envoi!

 

L'écrivain suisse romand Jean-Yves Dubath semble être un habitué des thèmes littéraires très exclusifs. L'an passé, il a offert à un public cinéphile "La Causerie Fassbinder", un roman hermétique en forme de dialogue entre fanatiques du réalisateur d'"Effi Briest" et de "Lili Marleen". Paru chez Giuseppe Merrone, son dernier opus, "Des geôles", s'avère tout aussi exigeant envers son lectorat.

 

Quelques personnages dominent ce roman qui évoque l'univers carcéral, mais aussi le monde de la psychiatrie: il y a le médecin, Aeschlimann, le condamné, Wasser, et aussi Brigitte, infirmière, dont les hanches larges sont la source de plus d'un fantasme. Tout cela paraît fort grave; l'auteur a soin de placer dans sa narration la figure de Mlle Juliette, une perruche callopsite. Une manière de donner des ailes au récit!

 

L'auteur n'épargne rien à son lectorat, en effet. Scindée en trois chapitres (sur 128 pages!), "Des geôles" s'avère souvent lourd et étouffant comme une cellule de prison. L'aspect formel y contribue: l'auteur n'use guère du dialogue, et affectionne les phrases, voire les paragraphes longs. Avant même leur lecture, rien qu'à les regarder, les pages paraissent denses. L'écriture, quant à elle, va chercher loin ce qu'elle peut apporter au thème et à la problématique abordée, quitte à se perdre: on peut bien se demander ce que la figure d'Albéric Magnard, fort beau compositeur français au demeurant, vient faire dans un asile des Grisons.

 

Asile, prison? L'auteur pose pertinemment une question qui va traverser tout son roman, celle de la frontière entre criminalité et folie. Chacun, après tout, pourrait y être confronté, ne serait-ce que pour se défendre après un moment d'égarement qui a mal tourné. Alors certes, le condamné Wasser se met à rêver dès qu'on lui accorde une permission; mais c'est bien le médecin, supposément au-dessus de tout soupçon, qui va se retrouver coffré pour tentative de meurtre. Qui est le plus coupable? L'auteur ne répond pas.

 

Exigeante et très sérieuse en général, l'écriture laisse une petite place au rêve, et réserve au lecteur des univers flous et oniriques où émergent des constantes. On pense au monde des chorales, en particulier, ou à celui de la lutte suisse. Ces éléments composent un contrepoint à une action minimale et ancrent le récit dans une certaine Suisse où circulent les cars postaux. Et jusqu'au fantasme, l'auteur réussit à se glisser dans la peau de ses personnages principaux afin de leur donner toute leur épaisseur d'êtres humains. Quitte à se demander qui, du prisonnier, de la collaboratrice ou du médecin externe - sans parler de celui que la justice humaine a déclaré coupable - est vraiment le plus libre.

 

Jean-Yves Dubath, Des geôles, Lausanne, BSN Press, 2015.

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