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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 21:30

Fazan BadLu par Francis Richard.

Le site de l'éditeur.

 

Aimer sans compter, est-ce possible? Cette interrogation reste dans l'esprit de celui qui achève la lecture de "Bad", le dernier roman de l'homme de radio et écrivain suisse Daniel Fazan. J'ai découvert cet auteur avec "Morose foncé"; c'est cependant un tout autre ton que j'ai trouvé dans "Bad".

 

La surprise est de taille, en effet: si "Morose foncé" est un roman exigeant, "Bad" se pare d'une légèreté de ton qui en rend la lecture agréable, voire friande - et drôle, volontiers. L'histoire paraît commune si l'on en présente l'essentiel: il sera question des métamorphoses du lien qui existe entre une mère, Lélène, coiffeuse de son état, et son fils, Bernard dit Badadia dit Bad, génie mathématique qui sait compter, mais est handicapé des sentiments. Une image récurrente, très concrète, doit être relevée: celle du cordon ombilical, métaphore de ce lien et leitmotiv.

 

Tout commence avec un problème de grossesse: le cordon ombilical a serré le cou de l'enfant durant la grossesse, ce qui a déterminé un destin particulier. Ce thème est également présent dans "Fils de perdition" d'Yves Laplace. Daniel Fazan l'exploite différemment, tout au long du roman, en suggérant qu'il faudrait peut-être enfin le couper. Mais qui le fera? Le rejeton devenu adulte paraît avoir acté le fait d'avoir pris son envol alors que sa mère tient encore à lui. C'est pourtant elle qui coupe définitivement en apprenant qu'elle est grand-mère, ce qu'elle ne se sent pas capable d'assumer alors qu'elle se sent si peu mère. Le moment où Lélène décide de vivre comme si son fils n'était pas là constitue une coupure dans le roman - c'est l'entrée dans la deuxième partie. Une coupure d'autant plus forte que "Bad" n'est pas découpé en chapitres.

 

La deuxième partie est d'ailleurs celle où tout explose, où tout s'affole, aboutissement d'un crescendo qui, après un début sage, accroche rapidement le lecteur. Lélène se prend en main, et vit des aventures inimaginables: devenir miss, créer le buzz, être reçue par la reine d'Angleterre... La narratrice, Lélène, présente cet épisode de sa vie comme une compétition avec son fils: qui sera le premier à atteindre les étoiles?

 

"Bad", c'est le titre. Bel exemple d'exploitation des possibilités d'un nom: l'auteur exploite ainsi le diminutif de "badadia", qui signifie "simplet" dans certains lieux de Suisse romande. "Bad" fait tout de suite plus "badass", si j'ose dire; mais l'auteur ne va pas jusqu'à suggérer de mauvais sentiments de la part du personnage du fils. En revanche, la référence à Michael Jackson est pleinement assumée... En écho, l'auteur ne rechigne jamais à jouer avec les noms de ses personnages. Et plus généralement, avec la langue française, avec laquelle il jongle à l'occasion, en poète équilibriste.

 

Le lien avec le réel est matérialisé par une astuce originale: l'auteur n'hésite pas à mettre en scène Olivier Morattel, l'éditeur, en personne. Certes, cette présence est minime; mais le rôle est intéressant: il vient mettre la pression, amicalement, sur Lélène, qui est la narratrice, afin qu'elle relate sa vie. Ce qui prend du temps... On peut voir là la métaphore de l'éditeur qui presse ses auteurs et des auteurs qui, réciproquement, peinent à avancer dans les oeuvres qu'ils se proposent de publier. Autre lien artistique, cette fois interne à l'oeuvre de l'auteur: "Bad" offre une présence furtive à deux vignerons, tout droit sortis d'un autre roman de Daniel Fazan, "Millésime".

 

Drôle et ironique, tendre aussi, "Bad" porte un titre trompeur: c'est un bon roman, dont on sort avec le sourire - et le regret de quitter une centenaire attachante qui a décidé, sur le tard, de mordre la vie à pleines dents. L'auteur s'est éclaté... et le lecteur, décidément, aussi!

 

Daniel Fazan, Bad, La Chaux-de-Fonds, Olivier Morattel, 2015.

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