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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 22:19

Testa BalsUne jeunesse vers la fin des trente glorieuses, version Forez. C'est le sujet du roman "Les Bals" de Bruno Testa, paru au début de l'été 2014 chez Utopia. Roman, vraiment? Pas au sens convenu du terme: l'auteur n'a guère d'intrigue à proposer. Il brosse le tableau d'une société particulière, celle du monde ouvrier et des jeunes gens qui travaillent dans une entreprise de mise en bouteilles d'eau minérale et de limonade.

 

Dès lors, ce qui tient lieu d'intrigue a tout du rituel cyclique. Les bals du week-end, ceux qui donnent leur nom à ce roman, ce sont ceux que l'on attend toute la semaine, à l'usine, lorsque le travail est monotone: "plus que cinq jours!", entend-on régulièrement. Dès lors, l'auteur dessine ce cycle en alternant scènes de vie et scènes de bal. Et pour ponctuer les récurrences de manière amusante, il amène les bonnes phrases  d'Archibaldo, le philosophe des Cités. Toute vie mise en scène dans "Les bals" est tendue vers ces bals, seul rempart contre un nihilisme certain.

 

La plume de l'auteur se fait verte, crue pour dépeindre une certaine société des années 1973, qui n'a pas encore tout le confort moderne mais sait se débrouiller. Le lecteur savourera les jeux des surnoms - des surnoms qui prennent le pas sur les vrais noms des personnages jusqu'à les faire oublier, et permettent au lecteur de se faire une image de ces quasi-anonymes, fût-elle sommaire: il n'en faut pas plus.

 

L'alcool irrigue ce bref ouvrage, qu'il s'agisse de vin rouge minable ou de pastis. Il est présenté, non sans un brin de mauvaise foi ou d'ironie, de manière héroïque. Sa consommation effrénée fait naître des légendes, des épopées - des drames aussi, parfois, quelques bagarres entre groupes de Français et/ou d'immigrés (Italiens et Algériens avant tout), mais elle n'est jamais vraiment condamnée.

 

Et puis il y a les jeux de séduction, qui traversent aussi "Les bals" et sont annoncés dès les premières lignes, de manière abrupte: "En ce temps-là on n'avait pas de pétrole, comme disait le gouvernement, mais on avait des idées. Et nos idées, c'était de baiser les gonzesses." L'auteur dépeint les approches, rappelle qu'avoir des sentiments, c'est déchoir, évoque aussi les fanfaronnades de garçons qui, peut-être, en racontent plus que ce qu'ils ont vraiment vécu. Cela, sans oublier, par exemple, les tenues soignées qui comportent des pantalons moulants: "Alors, on a sorti les couilles!", décrète l'éternel Archibaldo...

 

Il y a de la verve dans "Les Bals". Le lecteur goûtera le bonheur d'une langue cash, franche et directe, qui n'a pas peur des mots mais ne se la pète pas pour autant: c'est la recréation sincère et crédible de la voix d'un ouvrier qui remplit des bouteilles d'eau minérale durant la semaine et passe ses week-ends au bal, ces bals dont on revient "encore humide du grand lessivage du vendredi après-midi, flottants, à peine sortis du sommeil, pas lavés ou à peine, les oreilles engourdies, les yeux gonflés, le foie pas frais..." C'est brillant, c'est une sociologie pas du tout orthodoxe, une vision non conformiste d'une certaine société, et ça se dévore!

 

Bruno Testa, Les Bals, Lyon, Utopia Editions, 2014.

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