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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 20:32

hebergement d'imageLu par Cécile, Christophe Ginet, Clarice Darling, Danactu, Itzamna, Léa, Prof. Platypus, Tasse de thé, Yv.

Défis Premier roman et Rentrée littéraire 2014.

Le site de l'auteure.

 

Si humaine, ou si peu humaine? Bien malin qui saura dire qui est vraiment Marjorie, personnage principal de "L'Odeur du Minotaure", premier roman de la jeune écrivaine et philosophe Marion Richez. L'intrigue est connue: une jeune femme devient rédactrice d'un ministre en vue à la sortie d'études menées à la force du poignet, et alors qu'elle se rend en voiture chez sa mère mourante, elle renverse et tue un cerf. Dès lors, son existence bascule.

 

Avant ce point de bascule, déjà, Marjorie a quelque chose d'atypique et de distant, dû entre autres à son emploi atypique et haut placé. Figure paradoxale, elle paraît parfois se laisser ballotter par les aléas de l'existence (un petit ami presque par accident) alors qu'elle est aussi capable de détermination (devient énarque, connaît une réussite fulgurante). Est-elle misanthrope? On la perçoit telle... Et si le récit est à la première personne du singulier (le lecteur adopte le point de vue de Marjorie), quelques passages courts à la troisième personne concourent aussi à cette distance.

 

Le point de bascule fait entrer le roman dans ce qui s'apparente à un récit fantastique, fondé sur le doute: en rendant l'âme entre les bras de Marjorie, l'âme du cerf est-elle entrée en elle? Les changements d'attitude donnent l'impression d'une animalisation soudaine de Marjorie, marquée avant tout par une attention exacerbée aux odeurs - ce que l'auteur a bien cerné, réservant de beaux passages à ce sujet. Et puis il y a l'attrait irrésistible pour la femelle du cerf, l'internement, le burn-out. Et doit-on voir quelque part l'ombre du Minotaure, mi-homme mi-bête?

 

En contrepoint, image typique de la déshumanisation s'il en est, intervient le thème du génocide perpétré par les nazis, figuré entre autres par l'image des barbelés. De manière astucieuse, l'auteure amène ce motif dès le début du roman, suggérant qu'ils laissent une griffe sur la peau de Marjorie. Ce premier chapitre revient en répétition, comme un rappel en italiques. Dès lors, lorsque le lecteur retrouve, en italiques à nouveau, un passage sur l'Holocauste, il fait le lien.

 

Lorgnant vers le fantastique tout en se présentant comme un conte initiatique aux nombreuses thématiques malgré sa concision, "L'Odeur du Minotaure" aurait certes gagné par moments à être plus généreux, plus long et développé aussi: certains éléments, telle l'agression sexuelle grossière du ministre (une caricature odieuse, donc réussie - chacun y devinera qui il voudra!) sur la personne de Marjorie, paraissent oubliés en cours de route. Reste que ce petit roman permet de découvrir une plume apte à aborder des thèmes délicats, et qui va, gageons-le, grandir et mûrir. Vivement un prochain opus!

 

Marion Richez, L'Odeur du Minotaure, Paris Sabine Wespieser, 2014.

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commentaires

Yv 07/04/2015 13:39

Un roman qui m'a bien plu et ne m'a pas laissé indifférent, une belle réussite

DF 07/04/2015 20:31

Il y a des moments touchants en effet - et d'autres qui auraient mérité, à mon avis, d'être davantage nourris. Mais je retiens le nom de cette écrivaine, qui va sans aucun doute progresser et a une voix intéressante!

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