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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 19:44

hebergement d'imageLu par Carozine, Goliath, Littérature maçonnique.

Le site de l'éditeur, que je remercie pour l'envoi.

 

Cathédrales, lumières, femmes: dans le désordre, voilà le tiercé gagnant du roman "Le Nombre de Dieu", de l'écrivain et médiéviste espagnol José Luis Corral - un roman qui a été mon compagnon durant le week-end pascal. L'auteur propose un regard lumineux et original sur le XIIIe siècle, une période contrastée, allant d'une certaine renaissance, symbolisée entre autres par le renouveau gothique, à un obscurantisme non moins certain. L'auteur a le chic pour recréer toute cette ère méconnue, ainsi que les êtres porteurs d'idées qui y vivent - cathares, catholiques, musulmans, juifs - de façon précise et nuancée.

 

Le substrat historique est bien présent dans "Le Nombre de Dieu", en effet, et l'auteur consacre un certain nombre de pages, disséminées au fil du roman, à l'installer. Cela peut paraître un brin ennuyeux, surtout au début, alors que le lecteur est impatient d'entrer dans le vif du sujet. Mais c'est toujours instructif: l'époque requiert aujourd'hui un minimum d'explications. L'auteur, en particulier, place au coeur de sonroman l'enjeu majeur de l'art gothique: après le style roman, sombre, c'est un art de la lumière qui voit le jour. Dès lors, il y a une transition, pour ne pas parler de révolution: peinture, sculpture ou vitrail? L'auteur confronte quelques hérauts de ces positions: les Rendol, père et fille, tenants de la peinture, et les de Rouen, maîtres d'oeuvre, chefs de projets de cathédrales à Chartres, Burgos, León.

 

Art de la lumière, ai-je dit. Plus concrètement, et le titre de ce roman le suggère, c'est une approche rationnelle, géométrique de l'architecture qui se met en place. Entre symboles et vocabulaire (on pense à la hiérarchie des artisans des cathédrales et à leurs attributs), l'auteur installe quelque chose d'important dans son récit: les racines de la franc-maçonnerie. Par sa liberté et un positionnement qui se veut progressiste et pensé, celle-ci se positionne parfois aujourd'hui à l'opposé de l'église catholique, comme celle-ci rejette la démarche maçonnique pour des raisons qui lui appartiennent. L'auteur a beau jeu, ici, de rappeler qu'il y a d'anciennes racines communes.

 

L'auteur dégage aussi l'essence moderne d'une époque singulière qui, dit-il, fait sa place au statut des femmes - qui, dit-il, "pour une fois, juste pour une fois dans l'histoire antérieure au XXe siècle, sont parvenues à atteindre, par elles-mêmes, un statut presque équivalent à celui de l'homme." A ce titre, le personnage de Teresa Rendol, maîtresse en son art de peintre, est fascinant: hérétique, sachant user du secret pour rester fidèle à ses principes, elle traverse le XIIIe siècle en se faisant respecter par la force de son génie. Mais en un temps où les principes ne sont pas loin et où il reste difficile au commun des mortel-le-s de tracer sa route en toute liberté, cela a un prix...

 

Enfin, comme fil rouge, il y a la construction de la cathédrale de Burgos. Celle-ci est décrite avec un certain suspens pour qui ne connaît pas l'histoire de cet édifice: en viendra-t-on à bout? L'adversité ne prend pas les traits d'un méchant bien défini: un évêque mal disposé, une conjoncture morose, un air du temps moins libéral, les épidémies, les croisades... quel sera l'adversaire suivant? Autour de Teresa Rendol et d'Henri de Rouen, l'auteur sait manoeuvrer le danger de manière à ce que le lecteur ne sache jamais d'où le coup suivant doit venir.

 

On le voit, José Luis Corral offre à son lectorat un roman d'une grande richesse. L'éditeur français le présente comme "le destin d'une femme libre au temps des cathédrales". C'est vrai, et l'auteur assume l'idée d'avoir mis en avant un personnage de fiction féminin qui - surprise! - pourrait être réel. Mais c'est aussi réducteur: de France en Espagne, de Paris à Burgos, "Le Nombre de Dieu" est un roman captivant qui brosse avec brio une parenthèse enchantée dans une période, le Moyen Âge, méconnue et victime de préjugés négatifs. C'est un roman à recommander, surtout, à celles et ceux qui ont goûté "Le roi disait que j'étais diable" de Clara Dupont-Monod: chez elle comme chez José Luis Corral, quoique de manière fort différente, plane l'ombre de la figure atypique et fascinante d'Aliénor d'Aquitaine.

 

José Luis Corral, Le Nombre de Dieu, Paris, HC Editions, 2015.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 08/04/2015 11:06

Les publications maçonniques sortent de leur discrétion. J'aime bien les polars maçonniques des deux auteurs (dont le nom m'échappe).

DF 14/04/2015 07:10

Ce n'est pas directement un roman maçonnique; mais certaines idées évoquées dans ce livre rappellent fortement la franc-maçonnerie telle que le grand public la connaît.

Sandrine 07/04/2015 22:43

Du même auteur, j'ai lu avec plaisir "L'héritier du Temple" qui évitait tout les clichés sur le sujet. Celui-ci pourrait me plaire aussi. Même si l'inévitable ombre de Ken Follett doit planer sur la construction de la cathédrale de Burgos...

DF 07/04/2015 22:45

J'avoue ne pas avoir lu Ken Follett... *blush*! Cela dit, il y a là une action bien troussée, rehaussée d'une indéniable érudition - on se laisse emporter. Je te le conseille! Et je note comme référence "L'Héritier du Temple" - merci pour le tuyau.

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