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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 19:35

Ravera XLu par CrazyCat, Deirdre, Euphemia.

Défi Thrillers et polars.

Le site de l'auteure.

 

Saviez-vous que si les glaçons ordinaires flottent dans votre Laphroaigh 20 ans d'âge, ceux faits à partir d'eau lourde vont couler? Et saviez-vous qu'aujourd'hui encore, on s'intéresse au deutérium, entre autres dans le secteur de la recherche nucléaire? Et que tout ça peut vous exposer à des enlèvements? En tout cas, l'eau lourde est l'ingrédient de base de "A l'X, le bicorne est incontournable", deuxième roman de Kylie Ravera et deuxième épisode de son vaste cycle "La Tentation de la pseudo-réciproque".

 

C'est avec un plaisir certain que le lecteur redécouvre l'univers des prépas tel qu'il se présente à Pépin-le-Bref. Originale et personnelle, pleine d'un humour ironique ou pétillant, la vision de ce monde fait mouche. Et ici, plus précisément, c'est un travail d'étude portant sur l'eau lourde qui, si l'on peut le dire ainsi, va mettre le feu aux poudres.

 

Sans se montrer lourde un seul instant (si j'ose cette manière cavalière de dire les choses...), l'auteure transcrit, saisissant le prétexte d'un dialogue entre ses attachants personnages Peter Agor et Eléanore Marolex, l'importance de l'enjeu - elle se livre avec bonheur à un décryptage en règle d'un sujet qui, a priori, pourrait paraître rebutant: "Protocole de synthèse d'eau deutérée par une variante auto-entretenue du procédé au sulfure d'hydrogène de Girdler." On avouera que comme début de polar, un tel énoncé a de quoi défriser les moustaches d'un chat (le chat Perlipopette, par exemple). Mais que diable: nous sommes dans le monde des prépas, l'ambition et l'exigence suintent de partout... et l'auteure ne recule pas devant les allusions scientifiques de haut vol pour faire avancer son intrigue.

 

Autour des personnages précités, gravitent des figures secondaires. Celles-ci sont parfois décrites un peu trop par les mots, et pas toujours assez par leur action, surtout au début: la description de stratégies de taupin (étudiant luttant pour passer ses années de classes préparatoires) peut paraître un peu longue. Mais ces personnages fonctionnent parfaitement, en phase avec les règles ainsi établies: il y a celui qui accepte un échec afin de se ménager un peu de temps pour la pratique du rock, celui qui redouble pour être major de sa volée, etc.

 

Certains personnages sont nouveaux, d'autres familiers; et comme il s'agit d'un "épisode" d'une série de romans difficiles à dénombrer, certaines références et subtilités manqueront sans doute au lecteur qui prend le train en marche. Le lecteur familier, en revanche, va se délecter - et retrouver le système de jeux de mots impossibles qui fait la fortune des noms des personnages, même s'il trouve parfois ses limites. Pas évident, en effet, de trouver systématiquement un deuxième prénom, par exemple celui d'une soeur, lorsqu'on a un nom de famille improbable: si l'on comprend vite l'astuce sur "Max Hillaire", celle sur "Alex Hillaire" est moins évidente. Du côté des Takès père et fils, en revanche, ça roule, si j'ose dire!

 

"A l'X, le bicorne est incontournable" recèle quelques éléments bien observés, par exemple cette pizzeria atypique nommée "Le Bambou parfumé", qui tourne en dérision les travers d'une certaine "World Food" exagérément cosmopolite et onéreuse. L'auteure sait par ailleurs faire usage des ressorts du rythme de narration, en particulier lorsqu'il s'agit d'entretenir un petit suspens autour des résultats de ses personnages aux concours. Cela, sans compter l'exploitation d'un "running gag" sur les penchants homosexuels supposés de certains de ses personnages.

 

L'auteure, enfin, fait montre d'un talent certain pour entremêler les multiples facettes de la vie de ses personnages. Il y a bien sûr l'enquête, quasi policière, avec les moyens dont on peut disposer quand on furète en amateur: elle utilise des ressorts parfois inédits qui sont autant de trouvailles. Là-dessus vient se greffer l'ébauche d'éducations sentimentales, celle de Peter Agor en tête, nourrie de l'expérience qui repose sur des erreurs, mais aussi sur la sagesse de ceux qui sont passés par là ou font comme si (à l'exemple de Jaffadin, un bonhomme aux allures de sage bien dessiné). Cela, sans oublier la pression des prépas et des concours, que l'auteur sait rendre omniprésente. En courant autant d'aspects à la fois, l'auteure ne perd rien de sa vis comica, et ne se perd pas non plus elle-même. Au contraire, elle donne à "A l'X, le bicorne est incontournable" une indéniable et exquise profondeur.

 

Kylie Ravera, A l'X, le bicorne est incontournable, Lulu.com, s. d.

Pour commander: A l'X, le bicorne est incontournable.

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commentaires

éléa 06/05/2015 19:39

Je ne crois pas que ce roman me plaira mais j'adore la couverture ;-) et du reste, je me fais souvent avoir, car je choisis un livre aussi pour sa couverture.

DF 06/05/2015 21:21

C'est un roman à enquête plutôt amusant, qui s'inscrit dans une longue série. Il est vrai que les couvertures des romans de cette série sont très belles!

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