Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 19:45

hebergeur image

Lecture commune avec Améloche, Flo, Klo, Marjo Myprettybooks, Niniebeauty,

Lu par 1002 livres, Anasthassia, Aniouchka, Calepin, Camille, Clarabel, Evy, Fab,Fifi, Gwen, Li, Lilibook, Lynn, Mélusine, Riz-deux-zzz, Sev, Sissi, Smells Like Rock, Textes à tout vent.

 

Il y a la Visa qui chauffe, la culpabilité qui s'installe mine de rien, le cash qui vient à manquer... et les achats qui s'entassent au fond du logement de Rebecca Bloomwood, acheteuse compulsive et personnage principal du roman "Confessions d'une accro du shopping" de Sophie Kinsella. Merci à Prettybooks d'avoir lancé l'idée d'une lecture commune sur cet ouvrage; j'ai un certain plaisir à en parler ici à cette occasion.

 

Aimerez-vous Rebecca Bloomwood?

La connivence avec le lecteur se fait par le biais de deux outils littéraires classiques: l'usage de la première personne et l'interpellation du lecteur. La première personne est typique de la confession, la chose est entendue; elle donne aussi au lecteur l'impression d'être concerné. Impression renforcée par les interpellations fréquentes de la narratrice, encline à prendre son lectorat à témoin. L'usage de questions rhétoriques achève de mettre en place une ambiance de proximité aimablement manipulatrice.


Cela dit, il faut un brin de courage pour suivre Rebecca Bloomwood dans ses pérégrinations et s'identifier à cette figure qui parle tout le temps de respect mais se moque de son entourage. C'est une figure qui concentre sur elle tout ce que peut avoir d'exécrable une personne atteinte d'une quelconque addiction (alcool, tabac, drogue). On retrouve donc, jusqu'à la caricature, les motifs traditionnels de la mauvaise foi, du manque, de la minimisation. Cela, sans oublier une tendance affirmée à tirer des plans sur la comète, ni le mensonge, qui hante tout le parcours de Rebecca Bloomwood. A croire que l'auteure a suivi à la lettre la documentation d'un addictologue: les ressorts de l'addiction sont exploités à fond.

 

Les ressorts du mensonge

Mensonge, ai-je dit. Celui-ci fonctionne à trois niveaux. Avant tout, Rebecca Bloomwood se ment à elle-même. Elle n'hésite pas à faire passer comme investissements des achats finalement futiles, et minimise ce que cela coûte. Cela, sans oublier une analyse erratique de ses propres besoins - qui suggère qu'au fond, Rebecca Bloomwood fonctionne selon le principe du "je vois, je veux". Un gage d'immaturité...

 

Ensuite, le mensonge est aussi familial. On relèvera en particulier que la mère de Rebecca Bloomwood cuisine des plats préparés en faisant croire qu'ils relèvent d'une recette à elle. Ce qui pose la question de l'atavisme du mensonge... et permet à l'auteur de donner de l'épaisseur à son personnage: c'est une menteuse? Oui, mais elle a de qui tenir.

 

Enfin, il y a le mensonge envers l'entourage proche, hors famille. Les créanciers sont expédiés à l'aide de prétextes peu crédibles (mononucléose, jambe cassée), et Rebecca Bloomwood se montre cachottière envers ses proches. L'auteure est assez adroite pour montrer Rebecca Bloomwood s'enfoncer, au fil de péripéties parfois serrées qui mettent ses contradictions à nu. Le lecteur s'en amuse... 

 

Un arrière-plan qui interpelle

En arrière-plan, le lecteur découvre deux mondes: celui des métiers à la con (traduction fluctuante de "Bullshit jobs", selon l'anthropologue et anarchiste américain David Graeber) et celui de la presse. L'univers de la presse est en effet présenté de manière manichéenne. Il y aurait une presse spécialisée et ennuyeuse, où les conférences de presse sont autant d'oasis baignées de champagne, et un univers médiatique intéressant, parce qu'il peut vous conduire à la télévision et aux honneurs de la presse nationale. 

 

L'idée des médias renvoyée par ce roman paraît d'ailleurs médiocre. On présente comme géniale l'enquête de Rebecca Bloomwood, rédigée uniquement à charge; un concours de circonstances fait de Rebecca Bloomwood une experte télévisuelle des finances, parce qu'elle a eu une bonne phrase au bon moment. Dans un monde financiarisé où la confiance est essentielle, est-ce vraiment cela qu'on attend d'une conseillère en finances? 

 

Quant à la manière de rédiger des articles financiers, le journal qui emploie Rebecca Bloomwood se contente de lui demander de copier des communiqués de presse. A force, Rebecca Bloomwood constitue la cible parfaite d'une bonne quantité de soucis psychologiques. Dont l'addiction aux achats...

 

Ca ne tient pas debout, mais...

Alors? Force est de constater que tout cela ne tient pas debout. Comment l'auteure parvient-elle malgré tout à amener son lectorat jusqu'à la fin de son roman? La recette tient à quelques facteurs. Il y a tout d'abord l'outrance, présentée comme un élément d'humour. Au fond, l'auteure nous dit que son roman est un peu foireux, mais comme elle le dit avec le sourire, ça passe. Et c'est vrai que même si Rebeccas Bloomwood s'y montre particulièrement toquelette, certains passages sont cocasses et méritent qu'un bon cinéaste s'en empare.

 

Et puis il y a un style efficace, sobre malgré une apparence pétillante, presque journalistique, qui fait que ligne après ligne, le lecteur est accroché et incité à aller plus loin au gré d'un roman strictement linéaire. Cela tient à peu de chose: des phrases courtes et simples, des chapitres brefs, et une coupure de rythme assurée par la reproduction de lettres bancaires et d'injonctions de payer plus ou moins fermes.

 

Il en résulte un roman rythmé, dont on a envie de connaître le dénouement. Cela, même si l'on aimerait parfois dire à Rebecca Bloomwood de grandir un peu... et si l'on regrette certains virages peu crédibles dans l'action. Mais après tout, c'est pour rire, hein!?

 

Sophie Kinsella, Confessions d'une accro du shopping, Paris, Presses Pocket, 2004. Traduction d'Isabelle Vassart.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Mélusine 27/06/2014 09:02

La surprise de voir Kinsella sur ton blog passée, j'ai adoré ton analyse. Moi ce livre ne m'a pas fait rire mais j'ai bien aimé quand même. Il faut dire que j'ai un ami qui présente les mêmes symptômes que Rebecca et qui relève d'une profonde dépression, donc je vois les choses différemment.

DF 29/06/2014 00:00

Je comprends ton point de vue particulier...

J'avoue m'être laissé tenter par une proposition de lecture commune; je n'ai pas boudé mon plaisir, mais bon, ça vaut ce que ça vaut... pas sûr que je revienne à cet auteur tout de suite.

Alex-Mot-à-Mots 17/06/2014 11:04

Tu arriverai presque à me tenter !

DF 17/06/2014 21:10

C'est à prendre pour ce que ça vaut...

isa Aesch 16/06/2014 20:49

Fattorius qui lit Kinsella, je ne m'y attendais pas :-)

DF 16/06/2014 21:35

J'ai quelques lectures surprenantes, c'est vrai... :-)

Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.