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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 22:17

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Défi Premier roman.

 

Qu'est-ce qui peut pousser une jeune Française tout à fait ordinaire prénommée Madeleine à partir pour le Cambodge sur un coup de tête? Dans son premier roman "Hôtel International", l'écrivaine Rachel Vanier creuse ces motivations. Et rappelle aussi - c'est un classique littéraire - que lorsqu'on part en voyage, on emporte avec soi ses soucis comme autant de bagages encombrants. Dès lors, le voyage est-il une manière d'écrire une tranche de vie sur une page blanche, ou celle-ci est-elle maculée des précédents chapitres? Si l'illusion, le désir de fuite, veut que la première option soit vraie, la réalité désenchantée dépeinte par "Hôtel International" se rapproche de la deuxième.

 

C'est le suicide de son père qui a décidé la narratrice, Madeleine, à partir au loin. Ce décès va constituer un fil rouge au récit: de manière intermittente, l'auteure évoque des tranches de vie, des éléments relatifs à ce père disparu. Celui-ci est présenté comme un modèle paradoxal: certes, Madeleine le connaît par coeur, mais elle s'en nourrit aussi. La relation tissée s'avère lourde dès lors, pour ne pas dire toxique, entre l'attente d'un suicide annoncé et le bonheur d'échanges valorisants pour Madeleine, échanges qui ne seront plus: comment vivre avec, puis sans un père suicidaire?

 

Dès lors, la figure de Madeleine est celle d'une fille qui se cherche. A plus d'un égard, elle rappelle les personnages féminins mis en avant par les romans de chick lit: il lui arrive des aventures diverses, elle tombe amoureuse mais c'est compliqué, et les péripéties ne manquent pas. L'auteure va jusqu'à glisser un soupçon de glamour atypique (on est au Cambodge!) en mettant en scène les préparatifs d'un défilé de mode; elle arrive même à citer "Sex And The City". Cela, sans oublier quelques références culturelles de notre temps - et d'autres, délicieusement ringardes, liées au karaoké, présenté comme un sport national cambodgien. Enfin, le ton résolument moderne, parfois ironique, n'est pas sans rappeler celui de la chick lit, dans un registre cependant maîtrisé et un tantinet dégradé: les enjeux vont plus loin que la recherche du prince charmant, il est question ici de faire un deuil, et Phnom Penh n'est pas New York.

 

Une question traverse dès lors ce roman, ou plutôt une hypothèse: se chercher ailleurs, est-ce l'idéal? L'auteure glisse assez vite sur la question convenue du choc des civilisations, laissant à Madeleine le soin d'exprimer ses goûts, dégoûts et condescendances, d'une manière centrée sur elle et finalement peu observatrice de la vie des autochtones.

 

Le lecteur appréciera l'idée récurrente qui veut que l'expatrié, plutôt que d'aller à la rencontre du pays où il s'installe et de ses habitants, cherche à recréer sur place la vie qu'il avait à son point de départ, entre autres en retrouvant d'autres expatriés. Ainsi se reconstruit l'illusion hypocrite d'un cosmopolitisme qui exclut le pays d'accueil: c'est entre expats qu'on boit des mojitos ou... des cosmopolitans. La réticence de Madeleine à assister à un procès de criminels khmers ou à la visite d'un musée relatif aux exactions des Khmers rouges est aussi évocatrice: si Madeleine cherche à prendre ses distances avec la France, elle ne tient pas à se rapprocher de son pays d'accueil pour autant.

 

Quant à l'idée qu'on voyage avec ses soucis et ses encombrements, elle est amplifiée ici par l'usage fait - c'est normal, on est au XXIe siècle - des médias sociaux et de l'internet, devenus difficiles à éluder, qui amplifient les voix de celles et ceux restés au pays. C'est là la nouveauté apportée à un thème littéraire déjà vu! L'auteure excelle à rappeler ces liens collants et addictifs, citant des courriers électroniques aux tons bien tranchés: il y a l'ex resté en bons termes, les parents, les amis qui s'inquiètent, etc.

 

Sur un ton faussement léger, l'auteure de "Hôtel International" embarque son lectorat dans un monde qui critique les travers de l'expatriation et égratigne le petit monde des ONG et, de manière plus didactique et pesante, le tourisme sexuel. Autant que pour le lecteur, toutefois, le voyage s'avère précieux, comme une tranche de vie, formatrice mine de rien, par laquelle la narratrice doit passer: d'un point de vue anecdotique, on retiendra que Madeleine souhaite poursuivre son expérience du qi gong - et, de manière plus essentielle, on relève que si la narratrice est partie sur un coup de tête, semblant répondre à un besoin essentiel, c'est dans les mêmes conditions qu'elle a mis fin à son expérience d'expatriée.

 

Rachel Vanier, Hôtel International, Paris, Intervalles, 2015.

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commentaires

Yv 10/02/2015 11:29

Une (relative) déception pour moi que ce roman qui ne sait jamais vraiment s'il est léger ou sérieux et qui survole beaucoup de thèmes qui auraient demandé plus de réflexion... Par contre, l'écriture cash, j'aime bien

DF 10/02/2015 22:15

J'ai justement apprécié cette incertitude... nécessaire au vu de la situation déjà pas évidente de la narratrice. Et en effet, là, l'écriture est cash!

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