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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 20:58

hebergement imagesDéfi Polars et thrillers. Le site de l'auteur.

Merci aux éditions des Deux Terres pour l'envoi.

 

C'est l'instant vérité, Messieurs: lorsque vous draguez la fille de vos rêves, comment faites-vous? Vous l'invitez à prendre un verre, vous vous montrez attentif, vous dégainez une rose, vous lui offrez un restaurant romantique... Dans "Jours parfaits", l'écrivain brésilien Raphael Montes développe une méthode particulière. Son deuxième roman, s'il a par moments le parfum d'une romance, n'en est pas moins, foncièrement, un bon gros thriller bien vachard, bien tendu, et saupoudré d'une fine couche d'humour bien grinçant.

 

Un personnage bien construit...

Le titulaire de la méthode de drague bien particulière s'appelle Téo. Il n'a pas une grosse expérience dans le domaine, mais le développement de "Jours parfaits" démontre que ce n'est pas indispensable pour arriver à ses fins. Téo, étudiant en médecine légale, a surtout fantasmé sur Gertrudes, la morte qu'il dissèque. Et lorsqu'il rencontre Clarice, une jeune femme bien vivante, qui fume et qui boit, quelque chose de particulier se passe...

 

Téo est un personnage adroitement construit. On devine sans peine le pervers narcissique mythomane, envoûtant pour le lecteur: celui-ci ne manquera jamais de s'étonner de l'aisance avec laquelle il se tire des situations les plus diverses, en inventant des histoires - il aurait pu y en avoir plus, d'ailleurs! Les confrontations avec la police, en particulier, valent leur pesant d'or. Surtout qu'elles interviennent souvent sur fond de corruption: l'auteur utilise cette donne pour huiler certains rouages de son roman.

 

Les lecteurs les plus malicieux, enfin, verront en Téo la métaphore de l'écrivain, qui aime raconter des histoires et jouer avec les nerfs de ses semblables.

 

... et une figure féminine en mode mineur

En face, se trouve Clarice - un clin d'oeil discret à Clarice Lispector, et aussi à Clarice Cudischevitch, celle qui est "entrée dans la valise". Côté roman, elle joue un rôle écrit en mode mineur face à Téo: elle est la jeune femme qui se cherche, ni belle ni moche, qui suit des études prétextes tout en écrivant des scénarios médiocres, à l'orientation sexuelle hésitante. Une position qui la rend un peu difficile à appréhender face à un Téo dessiné de manière nette, ce qui nuit à l'empathie.

 

Et la méthode de drague, alors? L'auteur s'avère astucieux, pour ne pas dire vicieux. Alors qu'un écrivain de romances usera de ficelles sentimentales classiques, Raphael Montes confère à Téo des approches bien à lui, et renverse les codes bien convenus de la romance - c'est là son génie. Il y a le séquestre, la mise sous sédation, la torture psychologique, les actes médicaux contre nature, les déplacements dans une valise (l'auteur a testé, ça peut marcher à certains conditions!) - Téo, par moments, a des airs de Josef Mengele des bons jours, implacable, cohérent, et cependant assoiffé de confiance. Et paradoxalement, ça marche, avec un parfum de syndrome de Stockholm, mais le lecteur reste dans une cruelle incertitude: il lui est impossible de croire qu'un éventuel rapprochement de Clarice soit naturel et désintéressé. Quelques éclats paraîtront lui donner raison.

 

Oui, on peut!

Alors, peut-on séduire une femme dans la vingtaine en la clouant pour le restant de ses jours sur un fauteuil roulant? De manière parfaitement immorale (et c'est ce qu'on aime, hé hé!), "Jours parfaits" répond par l'affirmative... et balade son lecteur dans une confrontation des âmes qui s'achève d'une manière inattendue, rendue crédible cependant grâce à quelques astuces: rien n'est laissé au hasard, même s'il faut avouer que Téo a beaucoup de chance.

 

Il est à noter, pour finir, qu'en mariant la romance et le thriller, l'auteur répond à une demande de sa mère, citée dans la page des remerciements: "Enfin, je remercie ma mère. Après avoir lu "Suicides", elle ne m'a pas caché son effroi et m'a déclaré:" Que de violence! Si tu essayais plutôt d'écrire une histoire d'amour?". Pour nous, lecteurs, l'exercice est réussi; mais gageons que la mère de Raphael Montes a dû avoir légèrement les boules en lisant "Jours parfaits"...

 

Raphael Montes, Jours parfaits, Paris, Les Deux Terres, 2015, traduction de François Rosso.

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commentaires

éléa 26/02/2015 18:32

Un magnifique billet qui me donne envie de me ruer sur ce roman.

DF 26/02/2015 21:12

Merci pour le compliment... et pour ce qui est de ce roman, vas-y: c'est quelque chose d'atypique...

Alex-Mot-à-Mots 27/01/2015 14:39

Tu as raison, on ne parle pas assez de la souffrance des mères d'écrivains.

DF 29/01/2015 18:22

... en l'occurrence, il s'agit aussi d'une source d'inspiration!

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