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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 20:25

hebergement d'imageLu par Clara, Hérisson, Liratouva, Pampoune.

Défis Premier roman et Les anciens sont de sortie.

 

De la poésie avant toute chose, et un roman qui réchauffe au coeur de l'hiver, à plus d'un titre: "La Onzième heure", premier roman d'Isabelle Pestre, montre le monde d'une fille de onze ans, rejetée de tous et rêveuse, qui devient amie avec un Albanais dans la vingtaine venu travailler dans la station balnéaire de Saint-Sernin, en Charente-Maritime. Une relation trouble et troublante: au fond, n'est-ce pas d'un sentiment amoureux juvénile qu'il s'agit?

 

Troublante relation, en effet. L'auteure exploite le motif finalement classique qui rapproche deux personnages que la société tend à rejeter - ici, une fille que ses parents n'auraient pas voulu comme ça et un gars qui vient de loin et n'est pas vraiment intégré à la société française. Le trouble naît du rapprochement entre un jeune adulte et une mineure, décrit pour ainsi dire comme un sentiment amoureux. L'auteure connaît ses classiques: chevaucher une moto à deux, par exemple, illustre une complicité qui va plus loin que l'amitié. Et le feu, thème prégnant, peut être vu comme le symbole d'une passion qui ne dit pas son nom. Cela, sans oublier enfin que l'une manque à l'autre, ce que l'auteur souligne abondamment. Cette zone grise, entre amour et amitié, l'auteure l'explore de manière exhaustive, en préservant l'innocence de la relation - qu'elle ne juge jamais.

 

"Enfant lourde et passive", suggère le prière d'insérer au sujet du personnage de Lisbeth. Vraiment? Le lecteur la percevra plutôt comme rêveuse et introvertie, sans cesse renvoyée à elle-même par des parents qui l'ont eue sur le tard. L'auteure creuse cet aspect, en profitant pour montrer des parents préoccupés avant tout d'eux-mêmes, pressés de déléguer Lisbeth à la première venue. Ici, deux aspects: il y a la tante Irène, qui ne se gêne pas de recadrer ces parents qu'on dirait indignes, et Valérie, la "jeune fille", qui paraît figurer une bouffée d'air frais pour Lisbeth: elle est hors de la famille, fonctionne à sa manière.

 

Un clash doit arriver... et ne manque pas d'arriver, de fait. Plombées par le soleil d'été - un soleil qu'on imagine égal à ce qu'il peut être en Corse - certaines scènes et tensions font songer aux ambiances de "U. V." de Serge Joncour, avec cependant d'autres couleurs, moins surexposées. Ces ambiances sont soulignées par une écriture au vocabulaire riche et poétique: à plus d'une reprise, l'auteure choisit des mots qui font image. Et jusqu'à la fin, l'incertitude demeure. On peut se demander comment Lisbeth est devenue interprète (c'est certes une femme discrète, mais qu'est-ce qui nous dit qu'elle est portée sur les langues?), mais on comprend facilement pourquoi elle connaît différentes versions de la langue albanaise. Et lorsque sa "onzième heure" arrive - référence biblique à la parabole des "ouvriers de la onzième heure", joliment paraphrasée et intelligemment revisitée - comment va-t-elle réagir? Et le lecteur, va-t-il se demander si cet Albanais arrêté à l'aéroport est celui d'autrefois? C'est le cas... et jusqu'à la fin, le trouble demeure.

 

Isabelle Pestre, La Onzième heure, Paris, Belfond, 2011.

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