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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 20:01

partage photo gratuitLu par Christophe, Corentine Rebaudet, Géraldine, Jimpee, Marque-pages, Mélusine, MLC, Naddie, Nicole Volle, Onee, Philippe Infarnet, Sabine.

Challenge Thrillers et polars et Premier roman.

 

Le Prix du Quai des Orfèvres 2012 confronte deux univers que tout ne rapproche pas: la police et le milieu judiciaire - qu'on appelle volontiers la basoche. Démarche peu évidente que Pierre Borromée, lui-même actif dans le monde judiciaire, réussit globalement en signant son premier roman, "L'hermine était pourpre".

 

Un point fort pour ce roman policier: l'auteur met en scène, avec justesse et crédibilité, certains éléments du quotidien des avocats et du barreau. Il y a les notes de frais consignées dans un cahier qui peut servir d'indice, les relations entre avocats plus ou moins chevronnés, le soutien entre professionnels. Il y a les descriptions des bureaux aussi, qui trahissent la personnalité de ceux qui y travaillent. Le lecteur perçoit une confrérie qui se tient les coudes, ce que renforcent encore les liens créés hors travail, par exemple à travers les équipées à vélo.

 

Sachant que les relations entre policiers et avocats n'ont rien d'évident, l'auteur compose une ligne de tension entre les deux éléments. Une ligne de tension lisible pour le lecteur: le policier et le procureur cherchent à condamner, l'avocat cherche à blanchir. La frontière entre les deux univers est tracée par les contacts entre des acteurs, et matérialisée par le restaurant "Chez George", où les policiers et les acteurs du barreau se retrouvent et fraternisent.

 

Mais de quoi s'agit-il? La femme d'un avocat est retrouvée morte dans son lit. Il n'en faut pas moins (tiens donc!) pour qu'une enquête démarre, mettant au jour quelques éléments étonnants - dont la virginité de ladite épouse au moment du décès (!) ou le déroulement problématique du crime. L'auteur excelle à balader les soupçons d'un personnage à l'autre, sur un peu moins de 400 pages. Et le lecteur joue volontiers le jeu. Le système a cependant ses limites: on ne croit guère à la culpabilité possible de Johnny, le gitan. Comme son seul rôle dans le roman est celui de fausse piste, sa présence paraît plaquée, artificielle - un détour narratif superflu. Cela, même si cela vaut quelques épisodes flamboyants...

 

... partant de là, l'histoire du mot "souhaitable", véritable leitmotiv, et de la conférence de presse foireuse qui l'entoure est une pure merveille, même si elle ne faut guère avancer l'action: l'auteur fait exploser un faux pas du procureur autour de ce mot et, l'espace de quelques pages, on se croit dans un roman de Tonino Benacquista, capable de tirer quelque chose d'énorme, de mondial, d'un élément a priori insignifiant.

 

"L'hermine était pourpre" plonge son lectorat dans la province française la plus profonde: l'action se passe du côté de Nancy. L'écriture est pour le moins standard, efficace à défaut de révéler un style. Preuve en sont, entre autres, les titres de chapitres, circonstanciels et minimaux. Ce style acratopège se révèle un atout: il offre au lecteur l'occasion de se concentrer sur l'action - et de dévorer ce roman policier, classique dans sa construction: le légiste intervient au début, et le coupable est connu à la fin, à l'occasion d'un dernier coup de théâtre. Comme il se doit.

 

Pierre Borromée, L'hermine était pourpre, Paris, Fayard, 2011.

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