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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 22:03

partage photo gratuitLu par Calypso, Caroline Doudet, Jostein, McChipie, Mina Merteuil.

Défi Rentrée littéraire.

Le site de l'éditeur.

 

"Manoir des mélancolies" fait partie des publications atypiques de la rentrée littéraire 2014. Signé du poète alsacien Jean-Paul Klée (rien à voir avec l'artiste Paul Klee), cet ouvrage recèle une cinquantaine de brèves proses poétiques qui évoquent les petits riens de la vie - et aussi de la mort. Si l'on en croit certains indices disséminés dans le texte, elles évoquent les années 2003, telles que l'auteur les a vécues et perçues; peut-être ont-elles été écrites à ce moment.

 

Petits riens... il est vrai que le propos s'avère fort secondaire, et qu'on oublie vite de quoi il s'agit, concrètement, au fil des pages. Même s'il fait preuve d'un certain humour, d'un détachement et d'un souci de fulgurance incontestables, l'auteur omet de raconter des choses vraiment marquantes afin de laisser une trace, si modeste qu'elle soit, dans la mémoire du lecteur.

 

Tout au plus se souvient-on d'un ancrage alsacien assumé (il est question de Strasbourg, d'Obernai...) et de la figure d'Olivier Larizza, auteur de "Le Best-seller de la rentrée littéraire" - paru chez le même éditeur que "Manoir des mélancolies".

 

L'impression d'inconsistance est cependant rattrapée, un peu, par les choix stylistiques et formels de l'auteur, qui ne manqueront pas d'interpeller le lecteur: l'auteur crée une musique des mots et, en ce sens, il fait oeuvre (formelle) de poète.

 

Dès les premières phrases, on sent l'option de l'archaïsme, marqué par l'usage de l'esperluette. La langue est malmenée: les mots secondaires du discours, tels que certaines conjonctions, disparaissent. Cela, sans compter le jeu sur la ponctuation, où l'auteur privilégie systématiquement le rythme au détriment du sens. Allant à l'essentiel, par exemple, il n'hésite pas à faire disparaître les points et à n'écrire que les majuscules au début des phrases. Au diable la redondance typographique... Enfin, l'orthographe est parfois bousculée, afin de dévoiler les sens potentiels de certaines homophonies (fait/fée).

 

Le lecteur sera surpris, en fin de recueil, par une lettre sans doute fantaisiste signée Adelaide von Pulferstein, figure sans doute fictive qui loue les qualités de l'ouvrage (cette occurrence de son nom, sur le présent blog, devrait être la seule si vous exécutez une recherche sur Google...). Etait-ce bien nécessaire? Cela laisse l'impression désagréable que l'auteur, peu sûr de lui, cherche à se mettre en valeur par le biais d'un argument d'autorité créé de toutes pièces.

 

"Manoir des mélancolies" laisse donc une impression mitigée: on sera certes charmé ou étonné par les choix formels de l'auteur, qui forgent une langue unique, qu'on sent travaillée malgré la présence de quelques procédés récurrents. Mais, mise au service de récits trop peu consistants, elle fait figure, et c'est dommage, de coquille vide.

 

Jean-Paul Klée, Manoir des mélancolies, Paris, Andersen, 2014.

 

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commentaires

Yv 14/11/2014 16:20

Je n'ai pas réussi à aller bien loin, je n'ai même pas fait de chronique... Et puis l'usage voire l'abus de l'esperluette (merci, j'avais le mot qui désigne ce symbole) m'a profondément agacé et gêné. Je ne suis pas très branché poésie, mais là, j'ai abandonné

DF 14/11/2014 21:06

... un peu plus branché poésie que toi, mais ce petit livre m'a laissé dubitatif - même si je suis arrivé au bout, grâce sans doute à la brièveté des proses poétiques réunies.

organique 13/11/2014 15:07

Merci très beaucoup pour ce post. Merci.

DF 14/11/2014 21:03

Avec plaisir. Merci de votre visite!

L'Irrégulière 13/11/2014 13:58

Je suis pour ma part restée de marbre...

DF 14/11/2014 21:05

Je te comprends - perso, j'ai eu du mal à vivre l'inadéquation entre la forme, travaillée de façon voyante, avec une musique indéniablement belle, et un propos qui relève du quotidien: fallait-il ça pour ça?

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