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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 20:47

partage photo gratuitLu par Francis Richard, Jean-Louis Kuffer.

Le blog de l'auteur.

 

Une femme, un quartier, un écrivain. Et plusieurs enfantements. Tels sont les ingrédients du roman "Notre Dame du Fort-Barreau" de Jean-Michel Olivier. Publié pour la première fois en 2008, ce roman en forme de portrait et d'hommage vient d'être réédité dans la collection "Poche Suisse".

 

Les enfantements d'un roman

Plusieurs enfantements... Les allusions au processus de mise au monde sont nombreuses, et paraissent d'autant plus denses qu'elles s'accumulent au début de ce court roman (cent pages). De la manière la plus générale, l'auteur fixe l'époque de sa narration aux années 1970, ainsi décrites: "Tandis que la France sommeille sous Giscard, un nouveau monde est en gésine."

 

De manière plus précise, l'auteur rapproche le ventre fécond de la femme et les murs de la pièce où il va écrire ses premiers ouvrages - la création prenant des allures de procréation. Dans une telle optique, Théa, qui a trouvé un logement à l'auteur, fait figure d'accoucheuse d'une oeuvre littéraire qui, soit dit en pasant, va mener Jean-Michel Olivier au prix Interallié.

 

Théa... il est intéressant de noter que Théa, que les médecins ont crue stérile, devient mère assez vite - alors que Jeanne, la propriétaire, n'a pas d'enfant, si ce n'est les locataires des deux immeubles qu'elle possède dans le quartier genevois des Grottes.

 

Un portrait saisissant...

Jeanne, justement... elle est le coeur de ce roman. L'auteur en dresse un portrait saisissant, tissé de paradoxes. Il y a les côtés pittoresques, les coups de sonnette donnés du bout du pied, les loyers modiques encaissés de la main à la main, les oeuvres d'art inestimables données ou perdues, la tenue vestimentaire misérable d'une dame excentrique, millionnaire aux allures de clocharde.

 

L'auteur évoque avec émotion ses relations avec cette dame, et se dévoile jusqu'au bout de son manque de courage, à l'occasion d'un passage dans une boulangerie. Sensible, il évoque de premiers ouvrages lus par elle. Mais ce n'est qu'après son décès qu'il découvre le secret étonnant qui relie Jeanne et l'oeuvre de l'écrivain.

 

La modestie, enfin, caractérise Jeanne, et l'auteur fait de ce trait de caractère une constante - qu'il attribue à une certaine culture protestante. Quelle profondeur dans ce portrait littéraire, construit à partir de souvenirs et d'éléments épars!

 

... un quartier et une histoire

L'auteur ancre son récit dans une époque et dans un lieu, conscient qu'ils sont indissociables de la personne de Jeanne. C'est que les immeubles dont elle est propriétaire ont été construits par le père de Jeanne, dans le but avoué d'abriter des personnes modestes.

 

Dès lors, l'auteur dépeint brièvement l'histoire d'un quartier populaire de Genève, menacé par des projets pharaoniques de développement, puis sauvé. Rapide et efficace, le romancier sait s'arrêter avant de devenir didactique en ces pages. Reste que le lecteur d'aujourd'hui, pour peu qu'il lise les choses dans le désordre, pensera sans doute au tout récent "33, rue des Grottes" de Lolvé Tillmanns, que ce soit en raison des lieux décrits ou, dans une certaine mesure, des personnages évoqués. A moins qu'avec le Léon Savary du "Cordon d'argent", il ne reconnaisse, au détour d'une page, la brasserie Landolt, où Lénine aurait eu ses habitudes jadis.

 

Ce bref ouvrage est donc l'hommage d'un écrivain à sa propriétaire, à celle qui lui a offert, à un prix modique, un ventre pour la gestation de se premiers romans. L'auteur n'hésite pas à présenter Jeanne comme la mère des artistes et autres personnes interlopes qui ont vécu dans ses deux immeubles. Dès lors, "Notre Dame du Fort Barreau" prend les allures émouvantes d'un hommage filial.

 

Jean-Michel Olivier, Notre Dame du Fort-Barreau, L'Age d'Homme/Poche Suisse, 2014.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 29/11/2014 17:29

Un belle collection que celle de l'âge d'homme.

DF 02/12/2014 21:15

En effet... et dans des domaines très divers! En volume et en qualité, l'activité éditoriale de "L'Age d'Homme" est franchement insoupçonnée...

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