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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 19:51

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Lu par Delavareuse, Le Chat Bleu, Max Robin, Patrick Bittar, Potglob, The Glam Attitude.

Défi Pavé de l'été.

 

Libre, toujours. C'est ce que l'on se dit au terme de la lecture de "Wanderer", l'autobiographie de l'acteur de cinéma et navigateur américain Sterling Hayden. Un livre formidable où l'auteur offre un portrait de lui sans concession, fidèle jusque dans ses recoins les plus difficiles à avouer. Une autobiographie qui va jusqu'au bout, sans tricher... C'est aussi une lecture estivale parfaite: sur 670 pages, il est question de mer, de navigation, de cinéma hollywoodien et d'exotisme, des Etats-Unis à Tahiti au moins, ce qui n'est pas rien.

 

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"Wanderer", c'est un titre qui fait penser à un lied de Franz Schubert. Rien à voir, cependant, avec le compositeur viennois: "Wanderer" n'est rien d'autre que le nom du doris à bord duquel Sterling Hayden, pourchassé par les avocats, par son ex-femme et par ses créanciers, décide de s'embarquer pour les îles avec ses enfants et quelques déçus de la vie engagés à l'aide d'une petite annonce. Reste que pour un voilier, c'est un beau nom, qui suggère la randonnée ou le vagabondage.

 

Si le bateau donne son nom au livre, il occupe finalement assez peu d'espace dans ses pages. L'expédition du Wanderer, lancée en 1959 par Sterling Hayden, apparaît dès lors, pour l'auteur, comme le prétexte à se raconter et à se dévoiler. On découvre ainsi un personnage au parcours atypique, à la scolarité chaotique, très vite attiré par la mer et la navigation à voile. "Homme libre, toujours tu chériras la mer", pense-t-on immanquablement; ce vers de Charles Baudelaire semble taillé à la mesure de l'auteur, qui se montre comme un personnage à la soif inextinguible de liberté. Rien ne semble empêcher cette force de la nature qu'est le biographe d'accomplir ce qu'il souhaite: ni les contrats de travail abstrus, ni les plaies d'argent, ni la justice... Au contraire: c'est comme si les obstacles poussaient Sterling Hayden à aller plus loin.

 

Devenu acteur à la suite de circonstances judicieuses, Sterling Hayden partage sans complexe un certain dégoût pour le milieu du cinéma hollywoodien et pour le métier d'acteur, perçu comme foncièrement mensonger. Tout comme le monde de la navigation, celui du show-business est dépeint avec un sens consommé du détail. Du coup, le lecteur découvre les films tournés de manière quasi industrielle, le trac des répétitions et des sélections, les soucis d'argent qu'il faut calmer en tournant encore en encore, les agents qui conseillent, l'acteur qui se rebiffe, le succès mal vécu, l'oisiveté aussi, lorsque les engagements viennent à manquer.

 

C'est que l'auteur, qui aime réfléchir, a eu sa période communiste, fort brève - mais suffisante pour sentir peser sur lui les soupçons du maccarthysme et pour détourner de lui les producteurs les plus intéressants. Non content de se décrire, l'auteur tient à s'inscrire dans une histoire dont il capte l'importance: Deuxième guerre mondiale, guerre froide, crise de 1929 et des années qui suivent, etc. Tel qu'il le décrit, son engagement demeure toutefois paradoxal: volontaire, par exemple pour partir en guerre avec l'armée américaine sur le front européen, il reste souvent incomplet.

 

Un adieu à la jeunesse? C'est une lecture que suggère la quatrième de couverture de "Wanderer". En effet, cet ample ouvrage revêt les allures d'un bilan dressé en milieu d'existence. Le lecteur suit avec bonheur un jeune homme qui fonce dans tous les sens, impétueux, toujours avide de liberté, noyant son mal de vivre dans l'alcool, recherchant sans cesse sa place dans la société des hommes. Va-t-il la trouver plus tard? Le cinéma et la télévision lui conserveront toujours une place de choix après la parution de ce livre, sous la forme par exemple d'un rôle dans "Le Parrain". Pour le reste, le lecteur devra se contenter de cette première moitié de vie, narrée avec brio et traduite, pour la version française, dans un souci incontestable d'exactitude et de vivacité par Julien Guérif. C'est déjà beaucoup!

 

Sterling Hayden, Wanderer, Paris, Rivages, 2010, traduction de Julien Guérif, préface de James Ellroy.

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commentaires

Brize 25/07/2014 20:47

C'est un livre que j'avais repéré en librairie et je suis ravie de lire ce que tu en as pensé !

DF 26/07/2014 20:47

Je ne peux que te le recommander: c'est une autobiographie d'une belle sincérité, et un beau moment de voyage. Fonce donc chez ton libraire...! ;-)

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