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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 19:54

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Défis Thrillers et polars et Vivent nos régions.

Le site de l'éditeur, de l'auteur et du photographe.

 

Après "Le Slovène bleu", dont j'aurai l'occasion de vous parler prochainement (confidence: il est sur ma pile à lire depuis trop longtemps...), l'écrivain fribourgeois Cédric Clément vient de faire paraître "Riff sanglant à Fri-Son", roman policier en forme de huis clos: il se déroule, pour l'essentiel, dans les coulisses de la salle de concerts rock emblématique de la ville de Fribourg.

 

Tout cela a l'air bien noir et bien grave...

Et l'incipit annonce la couleur de ce bref roman: "I am as fast as death metal!", annonce Gary Abbot, le détective qui mène l'enquête. Celle-ci sera brève, comme le livre, et un peu rock'n'roll, puisque après tout, c'est le leader du groupe métalleux satanique God Electrified qu'on a retrouvé décapité dans les coulisses de la salle de concert de Fri-Son. Une nuit pour boucler pour une enquête, c'est rapide, aussi rapide qu'un coup de sabre! Ou court comme un chapitre de "Riff sanglant à Fri-Son": la brièveté des chapitres n'est pas pour rien dans le rythme effréné de ce petit polar.

 

L'auteur se concentre sur l'interaction entre les personnages et les groupes présents. Il y a là God Electrified, les satanistes belges, et Fleur, un groupe de rock chrétien - mais l'auteur pose qu'au fond, le message importe peu et que c'est précisément pour cela que leur manager les a rapprochés. A ceux-là, on ajoutera les techniciens. Autant de suspects... et autant de possibilités de situations inattendues.

 

Il n'est guère question de la ville de Fribourg: celle-ci est à peine citée et décrite. On peut le regretter, mais si peu: la ville ne joue guère de rôle ici. De même, Fri-Son est un décor qui paraît relativement peu personnalisé, à quelques éléments exceptionnels près: l'auteur prend soin de recréer les lieux de façon crédible, à l'aide de plans illustrés, et de rappeler les groupes mythiques qui sont passés par là (eh oui, Nirvana a joué à Fribourg!).

 

... mais c'est quand même bien fichu, détaillé, et même déjanté

Le lecteur laissera à l'auteur le temps de mettre son univers en place, et de rappeler rapidement les impératifs des concerts de rock: timing serré, technique capricieuse, éclairages complices, organisation en coulisse. Et surtout - c'est adroit - la mise en place de détails qui paraissent insignifiants au début, mais finissent par s'avérer cruciaux.

 

C'est justement en se penchant sur les détails que Gary Abbot fait avancer son enquête. Son comparse Tintin fait figure de Bérurier au petit pied, bien membré, doté d'un gosier en pente raide, généreux en répliques hors de propos, maître dans l'art de mettre son comparse sur la voie tout en mettant les pieds dans le plat. L'exploitation d'éléments aussi hétéroclites qu'un T-Shirt Iron Maiden (qui apparaît d'ailleurs aussi sur la couverture du livre) ou un Ventolin oublié est habile; comme touche supplémentaire d'originalité, l'auteur monte par ailleurs avec virtuosité un jeu d'horloges déréglées. Construire un polar sur des jeux d'horloges, c'est typiquement suisse, me dira-t-on... Cela vaut une longue explication, construite sur des schémas.

 

Quant au côté déjanté, il paraît s'amplifier au fil des pages. En contrepoint à l'allusion san-antoniesque à Bérurier à travers le personnage de Tintin, on trouvera, de façon fort grave, un moment de révélation qui n'est pas sans rappeler la fin des romans d'Agatha Christie - de manière subvertie, puisque cet épisode s'achève sur un rebondissement. Il y a des allusions à l'écoulement de liquides corporels et de boissons sucrées, le nom improbable de l'agence de Gary Abbot ("GA, Poisson et Investigation"), les noms des personnages, et leurs portraits, souvent délirants - surtout pour les personnalités mises en avant par les besoins de l'enquête. Ah, et je crois que je ne vous ai pas encore parlé de la CLITO; je vous laisse découvrir tout seuls de quoi il s'agit, petits curieux!

 

Un roman policier court, donc, noir, et qui sait le plus souvent aller à l'essentiel! "Le loufoque n'est jamais loin", dit le prière d'insérer; et force est de constater que c'est vrai. L'intrigue a donc le double mérite d'être simple et costaude - et de ne pas se prendre au sérieux. Pour le plus grand plaisir d'un lecteur qui dévore...

 

Cédric Clément, Riff sanglant à Fri-Son, Fribourg/Genève, Faim de Siècle/Cousu Mouche, 2014.

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commentaires

Liliba 13/06/2014 14:50

Tentant...

DF 16/06/2014 21:50

Rock'n'roll et un brin déjanté - à essayer, en effet.

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