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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 20:10

hebergeur imageLe site de l'auteur.

 

Un cadre dirigeant écrivain? C'est Philippe Zaouati, actif dans le domaine bancaire. Les lecteurs de ce blog ont fait la connaissance de ses écrits à travers "La fumée qui gronde". Loin de relater les états d'âme d'un trader, son deuxième roman plonge dans l'histoire récente de l'Europe, et plus précisément dans la destinée torturée des Juifs de Bulgarie durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Un roman placé sous le signe de la mort tragique... et cela est annoncé dès les premières lignes, qui citent un hymne funèbre en hébreu puis mettent en scène un rituel de funérailles. Ces moments font écho aux nombreux décès qui jalonnent ce roman: Juifs déportés, personnes mortes à bord d'un rafiot vétuste nommé Struma ou naufragées dans d'autres circonstances, certes similaires. Et sans aller jusqu'à la mort, la notion de naufrage évoquée par le titre n'est-elle pas une métaphore des renoncements imposés par des existences difficiles?

 

Plus largement, le premier chapitre de "Naufrages" donne le ton par sa structure même: parti d'un présent de narration, il se plonge dans un passé récent, celui de la narratrice qui voyage en avion, avant de revenir au vécu du moment. En écho, le deuxième chapitre fonctionne à peu près de la même façon, sauf qu'il plonge plus profondément dans l'histoire. Et progressivement, au fil des chapitres, l'immersion se fait totale. Sans que jamais l'auteur ne fasse naufrage!...

 

Dès lors, apparaissent les figures de Jean-Paul Sartre et des communistes parisiens de l'après-guerre. Peu à peu, on en découvre davantage sur la narratrice, Bulgare, née en 1926, Juive, devenue avocate en France, et sur son réseau. La plongée devient plus profonde encore dès lors que l'auteur choisit de mettre en scène quelques éléments pas forcément évidents: les rapports entre sionistes et communistes, la problématique de l'immigration juive en Israël durant la Seconde guerre mondiale: cela aurait pu sauver plus d'un Juif, mais les Anglais, soucieux de ménager leurs intérêts en Palestine, ne tenaient guère à voir venir un afflux de réfugiés juifs dans cette région du globe, placée sous leur protectorat - et ceux qui ont pu s'installer malgré les obstacles ont parfois été découragés par la difficulté à s'installer, à faire fleurir une terre ingrate...

 

Il y a surtout - thème neuf dans le domaine littéraire français - la situation des Juifs en Bulgarie. L'auteur prend le temps, en quelques pages assez didactiques, de rappeler l'histoire des relations pas évidentes entre un gouvernement bulgare acquis aux nazis, des nazis pressants et une population qui soutient ses éléments juifs. Dès lors, la narration oscille entre cynisme dur et miracles étonnants - acquis au prix fort.

 

Mince en apparence (119 pages), "Naufrages" n'est pas une lecture rapide. Cela est certes dû à un propos grave, qui force la réflexion et mêle les événements et situations historiques (la tragédie du Struma, en perdition dans les eaux territoriales turques, s'est vraiment produite) réels à l'imaginaire. Mais l'auteur a, de surcroît, la force d'imposer un rythme lent à son lecteur en rédigeant des paragraphes certes fluides, mais longs. Ce qui fait qu'on suit volontiers l'auteur - et qu'on accepte qu'il impose la longueur de son pas.

 

Philippe Zaouati, Naufrages, Paris, Editions des Rosiers, 2014.

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commentaires

Stéphane 12/05/2014 15:24

Il est vrai que "Naufrages" est très bon.
À noter que si vous aimez le style de Philippe Zaouati, il a également publié en 2011 l'excellent roman "La Fumée qui gronde" (chroniqué ici-même), qui retrace les affres professionnelles et personnelles d'un trader en pleine crise bancaire. Tout comme "Naufrages", c'est finement écrit, et sur un thème qui pourrait facilement sombrer dans le pathos mais en l'évitant brillamment.

Stéphane 13/05/2014 11:05

Notre dernière découverte est… une connaissance de longue date, puisque notre dernière sortie est le second roman de Frédéric Mouchet, qui nous avait régalé avec sa "Soupe au formol", et qui revient plus en forme que jamais avec "Le Manuscrit trouvé à Pau", une folle épopée aux accents rabelaisiens de plus de 600 pages écrite pour sa majeure partie en alexandrins.
Donc, nous tentons de rester à flots, mais ce n'est pas facile tous les jours.
En parcourant votre blog, j'ai vu que vous aviez chroniqué un autre de nos auteurs, Christophe Léon. Si vous l'aimez en auteur "jeunesse", vous devriez découvrir l'un de ses très rares livres "adultes" : "Noces d'airain". C'est une pépite de noirceur.

DF 12/05/2014 20:52

Merci de votre message, Stéphane! J'avais en effet commenté "La Fumée qui gronde" en son temps, après un bon moment de lecture.
Comment se porte votre maison d'édition? Quelles sont vos dernières découvertes?

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