Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 19:14

hebergeur imageSe consacrant à l'écriture depuis 1996, l'auteure, journaliste et essayiste française Dominique Sigaud poursuit en toute discrétion une oeuvre admirable. Après quelques titres d'elle lus il y a longtemps, il était temps que je me plonge dans son premier roman, "L'Hypothèse du désert", paru chez Gallimard en 1996. C'est avec bonheur que je l'ai fait.

hebergeur image

L'intrigue tourne autour du personnage de John Miller, soldat américain intervenant dans le cadre d'une guerre qui pourrait être l'opération "Tempête du désert". Vu de très loin d'abord, l'auteure le cerne peu à peu, dit ce qu'il fait, finit par le nommer puis, enfin, lui donne le premier rôle dans l'épilogue, dans un jeu d'approches concentriques bien étudié qui, au passage, s'interroge sur la notion de vainqueur et de vaincu.

 

Intitulé "Les Vaincus (I)", le premier chapitre campe ingénieusement l'ambiance tragique suggérée par le titre, à partir de pensées individuelles éparses. Déshumanisés à l'extrême, les soldats mis en scène ne sont pas nommés, mais désignés par le simple pronom personnel "Ils", souvent placé en début de phrase, ce qui crée une musique lancinante. Enfin, d'emblée, l'absurdité de la guerre et la notion d'ennui sont évoquées, ce qui n'est pas sans rappeler, d'une certaine manière, les bases du "Désert des Tartares" de Dino Buzzati.

 

Suit un chapitre aux allures de conte oriental, qui donne à voir, pour la première fois et sans qu'on sache de qui il s'agit, le personnage de John Miller. Est-il mort, est-il vivant? Le lecteur reste dans le doute jusqu'à la fin: les morts ne parlent pas, contrairement à celui-ci; mais les vivants bougent, or ce bonhomme gisant dans le sable, les bras en croix, est immobile... La description d'une population traditionnelle musulmane d'un village du désert, vivant de l'essentiel, parachève le côté hors du temps, fascinant, de ce chapitre.

 

La suite fonctionne comme un zoom avant progressif, on l'a dit; le regard de l'auteur va donc vers les Etats-Unis, pays d'origine de John Miller et de son épouse, Mary, qui doit vivre avec le fait que son mari soit porté disparu à l'heure de l'armistice. Avec le personnage de Robert Nantua, capitaine français, la France s'invite aussi dans "L'Hypothèse du désert".

 

L'écriture est généralement classique. Elle va à l'essentiel et arbore toujours la tonalité qui convient au propos: phrases courtes ou segmentées comme des sanglots dans la premier chapitre, dialogues et actions lorsque les personnages sont montrés de près. Enfin, l'usage de phrases où les ponctuations sont remplacées par des espaces plus ou moins grandes n'est pas la moindre des trouvailles de l'auteur pour donner une note de swing à certains des épisodes décrits. Une technique qu'on retrouvera dans l'un de ses romans suivants, "Blue Moon".

 

Dominique Sigaud, L'Hypothèse du désert, Paris, Gallimard, 1996.

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Daniel Fattore
  • Le blog de Daniel Fattore
  • : Notes de lectures, notes de musique, notes sur l'air du temps qui passe. Bienvenue.
  • Contact

Les lectures maison

Pour commander mon recueil de nouvelles "Le Noeud de l'intrigue", cliquer sur la couverture ci-dessous:

partage photo gratuit

Pour commander mon mémoire de mastère en administration publique "Minorités linguistiques, où êtes-vous?", cliquer ici.

 

Recherche

 

 

"Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit."
Marc BONNANT.

 

 

"Nous devons être des indignés linguistiques!"
Abdou DIOUF.