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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 20:01

hebergeur imageFrancis Richard en parle aussi.

 

Il vous est peut-être déjà arrivé de vouloir prendre, un matin, une route différente de celle que vous empruntez d'habitude pour vous rendre au travail. Ce geste, Antoine Messager l'a fait. C'est lui qui est le personnage principal de "La Fugue", dernier roman du romancier genevois Georges Ottino - un ouvrage au titre identique, soit dit en passant, à celui du dernier roman de Bastien Fournier, dont il était question ici même hier.

 

L'auteur présente ici la fugue d'Antoine Messager comme une parenthèse inexpliquée dans une vie bien réglée, semblable à celle de tout un chacun mis à part que notre bonhomme est un cadre dirigeant très important, marié qui plus est. L'auteur montre bien le glissement d'Antoine du mode routine au mode fugue, avec les états d'âme successifs: oser, ne pas oser? Se sentir coupable? Lâcher prise... La fugue va le promener jusqu'en Italie, et mettre sur sa route une énigmatique autostoppeuse toute de noir vêtue - un noir annonciateur d'un mystère insondable. De manière prévisible, ce qui doit se passer entre eux se passe...

 

Ce voyage est la métaphore d'un exil intérieur aux multiples visages, que l'auteur relate en flash-back qui occupent, régulièrement, le milieu des chapitres de la première partie. L'auteur y dépeint avec un soin abouti du détail concret et une étonnante sensibilité les derniers moments de vie du père du personnage principal, donnant littéralement au lecteur la sensation émouvante d'un personnage qui s'éteint, par la réduction progressive de ses gestes et de ses possibles. L'auteur marque ces retours en arrière en changeant de personne: si la réalité actuelle est écrite à la troisième personne du singulier, le passé est raconté à la deuxième personne du singulier.

 

Après une courte deuxième partie "pivot", la troisième décrit la réalité présente. Pas question de s'en évader: c'est là qu'il est question de l'autostoppeuse! C'est dans cette troisième partie aussi que les dialogues se font plus fréquents; mais conçus comme une partie de cache-cache entre inconnus complices, ils préservent l'essentiel du mystère de l'autostoppeuse: ce qu'on apprend d'elle paraît bien anecdotique par rapport à ce qu'elle cache.

 

Georges Ottino offre avec "La Fugue" un roman à l'adroite construction, écrit de manière fluide et sensible. Il donne à voir la grisaille des routes et des autoroutes, fait vivre les états d'âme d'un automobiliste qui rêve, seul au volant de sa grosse voiture. Et offre aussi, pour ne rien gâter, quelques aperçus de l'Italie et de Ferrare. La couleur locale est discrètement soulignée par l'utilisation des noms italiens de lieux. Ainsi prend forme cette fugue, parenthèse enchantée entre deux tranches de réel. S'est-on inquiété de l'absence d'Antoine Messager? Le lecteur n'en sait rien. Et finalement, peu importe...

 

Georges Ottino, La Fugue, Lausanne, L'Age d'Homme, 2011.

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