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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 22:00

hebergeur imageLu pour le défi Nouvelles.

Lu par Connivences littéraires, Passion-bouquins.

Le site du livre et de l'auteur.

 

Reflets rédigés en couleurs pastel. Portraits décrits en demi-teinte, dans un style classique qui parlera au lectorat d'aujourd'hui, sans peine. Laurence Magaud, l'auteure de "Le reflet des autres", ne joue pas des artifices du style. D'une unité stylistique certaine, son recueil de courtes nouvelles expose une série de tableaux et de situations. Un jeu d'échos thématiques se met en place au fil des pages. On y retrouve entre autres les sujets de l'enfance, de la grossesse, de l'écrivain. En lui remettant le prix "Eglantine d'Or" le 21 juin 2011, les jurés de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon ne s'y sont pas trompés. Attentifs et pertinents, les jurys d'autres concours ont également remarqué certains des textes de ce recueil.

 

La nouvelle "La Lettre" adopte un ton sobre et sans éclat. Une telle option rend d'autant plus violente l'issue terrible de la nouvelle, annoncée avec la finesse pointue des ellipses et des mots qui disent tout: "Elle avait pris rendez-vous à la clinique. [...] Elle s'était réveillée, seule. Pas de bébé: sorti en morceaux d'entre ses jambes, pendant son sommeil sans rêves." Cette nouvelle fait écho à "Bertille", autre récit d'une naissance qui n'adviendra jamais - pour d'autres raisons.

 

La question des affres de l'écriture traverse tout ce recueil. Présenté en creux, l'un des personnages de "La Lettre" est un écrivain, royalement irresponsable par rapport à toutes les créatures qui croisent son chemin - qu'elles soient de papier ou de chair et d'os. Il y a aussi la figure masculine de la nouvelle "Pique-nique aux champs" - ici, l'écrivain paraît exécrable à plus d'un titre: il joue le rôle honni du citadin qui ne sait pas s'adapter à la vie à la campagne et qui s'amuse maladroitement avec les réseaux sociaux. L'auteure invite certes le lecteur à s'attacher à son amphitryon; mais veut-on suivre celle qui, restée au pays, considère que les charmes de la campagne sont évidents? Un lecteur finaud se gardera bien de trancher...

 

La vision de l'écrivain renvoyée par "Le reflet des autres", nouvelle éponyme (et illustrée en page de couverture), est plus profonde: au fond, elle présente celui-ci comme une personnalité discrète, qui sait (en plus) s'effacer devant ses personnages. L'invisibilité du personnage mis en scène pourrait le rendre peu attachant si on le considère au premier degré. Mais si l'on y pense, l'auteur offre une belle leçon de modestie à ceux qui parmi ses lecteurs, s'avisent de prendre la plume.

 

L'auteure ose même des nouvelles aux couleurs noires, quasi policières. On pense à "Vide-grenier" ou à "L'homme odieux". L'auteure est assez habile, à chaque fois, pour développer une "arme du crime" assez naturelle pour passer inaperçue - et pour que le lecteur y croie: les affres d'une saison hivernale sérieuse, par exemple, vont jouer à plein, aidées d'un soupçon d'alcool. Dès lors, l'intrigue ces nouvelles revêtent l'enviable allure d'un crime parfait.

 

Mais finalement, ce que le lecteur retient de sa lecture, c'est qu'il a croisé plein de personnages qui lui ressemblent peu ou prou, par l'un ou l'autre de ses traits de caractère, ou simplement parce que chacun des personnages de "Le reflet des autres" a un côté ordinaire, loin de ces profils inaccessibles qui font rêver dans les romans à grande diffusion. La structure des nouvelles de ce recueil est simple et fluide; elle captive ceux qui veulent savoir ce qui se passe dans le coeur d'une femme avide de l'air du large, dans l'esprit d'un rocker (une nouvelle au ton abrupt qui tranche dans le recueil, avec une fin ambivalente et subtile qui pose une question essentielle: l'art ou l'amour, que choisir?) ou d'une femme qui arpente les réseaux sociaux à la recherche de son ancienne copine d'école. Rien que du beau monde, qui mérite d'être fréquenté, sans afféterie, à la bonne franquette.

 

Laurence Magaud, Le reflet des autres, Saint-Etienne, Morey Editions, 2012.

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