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Lundi 7 juillet 2008

Il est des lectures qui s'imposent, vu l'air du temps... Après quelques échanges avec une hôtesse régulière de ce blog (qui se reconnaîtra), "Ainsi va l'hattéria", de l'écrivain béninois Arnold Sènou, est de ceux-ci. Je viens d'en terminer la lecture, avec un sentiment d'agréable surprise face à une prose qui sort franchement de l'ordinaire.

Quelques mots, d'abord, sur l'objet: "Ainsi va l'hattéria" est un roman dont le manuscrit a été envoyé par la poste aux éditions Gallimard, qui l'ont publié dans leur collection "Continents noirs" consacrée aux auteurs du sud de la Méditerranée et au-delà. L'ouvrage est écrit de manière compacte, et tient sur 162 pages qui, en dépit de longs paragraphes, sait accrocher le lecteur en lui montrant certaines facettes de la vie africaine.

"Ainsi va l'hattéria" se construit en deux livres et un épilogue. Le premier livre relate la destinée d'un enfant "pas bien né", prénommé Boulou, dont les lourdes ascendances (il est handicapé physique) vont plomber toute son enfance. Il est en effet mal vu partout: on se moque de lui à l'école, on l'exclut des jeux, on ne l'aide pas quand il s'agit d'aller chercher de l'eau. Sa mère n'est pas épargnée: vilipendée, on chante d'affreuses chansons à son propos. Tout cela se déroule dans un village pour ainsi dire anonyme (son nom n'apparaît qu'une couple de fois dans tout le roman, et peu importe!), à une époque mal déterminée. Ce qu'on sait, c'est que ça se passe en Afrique noire, dans un coin particulièrement pauvre et déshérité, où même l'école, lieu de prédilection de ce "tu" qui constitue le personnage principal, n'a rien d'évident. Ce flou délibéré des lieux et ce temps étiré, donnent au tout le goût d'un conte. Un conte où, déjà, perce l'omniprésence de la nature. Le sol se rebiffe, le baobab se met à parler et à répondre à ceux qui l'invoquent, et se veut le relais des arbres morts au nom des constructions humaines. Là encore, le personnage principal, ce "tu" est un acteur.

La deuxième partie fonctionne différemment. On voit d'abord le personnage principal et sa mère traverser la forêt, afin de se rendre dans "la grande ville". Pour "tu", cette traversée a tout d'une épreuve initiatique à l'ancienne, incluant un combat avec l'"hommanimal", être mi-homme, mi-bête qui terrorise la brousse. Une fois les personnages en ville, le récit change de paradigme. D'acteur qu'il était, "tu" devient alors spectateur, voyant les filles courtisant l'Occidental au cybercafé, évoquant le destin d'un jeune footballeur, celui d'une jeune fille partie avec un escroc, etc. Le jeu des apparences prend tout son sens dans cette ville où un homme joue le riche afin d'être apprécié de ses semblables, en particulier de sexe féminin, alors que tout semblait vrai au village. "Tu" acquiert ici une double vue qui lui permet de découvrir les coulisses de l'existence de personnages qu'il ne connaît pas, devenant ainsi une sorte de "narrateur omniscient revisité". Le jeu de la deuxième personne donne ainsi au lecteur l'impression de tout savoir de ce qu'il y a dans les coulisses du récit.

Double fonction du "tu", donc... le lecteur se sent immédiatement concerné. Au début, "tu" est en mesure de savoir ce que l'auteur met en travers de son chemin. Dans le livre deux, ce n'est plus le cas: la ville est trop grande pour qu'on en connaisse tout. D'acteur, "tu" passe donc au statut de spectateur, un rôle passif qu'on colle au lecteur. Passif? Certes. Mais cela permet à l'auteur de raconter d'autres histoires, de se libérer du cadre strict de ce que "tu" est censé savoir.

L'épilogue est optimiste; il reprend une dernière fois un portrait de la nature, avant de faire de "tu" un brave fonctionnaire, enfin arrivé à quelque chose alors qu'il est parti de rien et même de moins que ça. Le tout, à la manière de ce reptile fossile, étonnamment conservé à travers les âges, qu'on appelle l'hattéria.

Arnold Sènou, Ainsi va l'hattéria, Paris, Gallimard/Continents noirs, 2005.
Interview de l'auteur (excellente et recommandable):
http://www.afrik.com/article8025.html

par Daniel Fattore publié dans : Livres
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Dimanche 6 juillet 2008

Je suis allé ce soir rédiger une pige pour le journal "La Liberté", après un concert de musique baroque donné dans le cadre du Festival international de musiques sacrées de Fribourg. Je passe mon texte à réviser à un collaborateur régulier, qui me demande ce qu'est un "cornet à bouquin". Je lui réponds que c'est un sac dans lequel on met des livres...

De quoi s'agit-il, en réalité? Il s'agit d'un instrument à musique de la famille des cuivres, évolution de la simple corne d'appel rendue célèbre par un certain Roland à Roncevaux. Sa forme définitive se fixe à la Renaissance, mais il est attesté dès le Haut Moyen Age déjà (VIIIe siècle). Parent du serpent, sa configuration et sa sonorité brillante lui offrent une virtuosité qui lui permet de rivaliser avec le violon ou avec la flûte. 

Pourquoi bouquin, alors? Il s'agit certes d'un cuivre, mais à l'origine, il était fabriqué à partir d'une corne de bouc qu'on perçait de trous à la manière d'une flûte. Le bois (poirier, merisier), gougé en forme conique, de section ronde ou octogonale, est venu remplacer la corne. L'instrument est constitué de deux morceaux réunis par du cuir afin d'en garantir l'étanchéité. L'embouchure, enfin, fait aussi partie de l'objet; elle peut être en corne, en bois d'ébène ou en métal. Si son embouchure est intérieure, l'instrument devient un cornet muet, de sonorité plus douce.

A noter qu'une autre étymologie moins animale fait remonter le fameux "bouquin" à l'italien "bocca", qui signifie "bouche" et fait référence à son embouchure (comme une trompette), qui le rapproche des cuivres en dépit de sa fabrication en bois.

Giovanni Gabrieli a contribué à son répertoire, qui est du reste fort étendu quoiqu'un peu oublié aujourd'hui. D'autres compositeurs, vénitiens entre autres, ont écrit pour cet instrument: Monteverdi, Rognoni, Palestrina, etc. Sa période faste se situe au XVIe siècle, à Venise; on l'abandonne dès la seconde moitié du siècle suivant. Son usage se prolonge jusqu'en 1700 en Allemagne ou en Autriche, voire au-delà dans les pays nordiques, mais on n'en parlera plus au-delà de 1750, supplanté qu'il est alors par le violon, par la trompette (plus bruyante pour un niveau de virtuosité voisin) et par le hautbois, de sonorité voisine.

Pour en savoir plus: priez Saint Google...
Photo:
http://membres.lycos.fr/orguever/le_cornet_a_bouquin.html - où vous pourrez par ailleurs entendre le "cornet à bouquin" et en apprendre davantage.

par Daniel Fattore publié dans : Musique
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Samedi 5 juillet 2008

Je viens de terminer, finalement avec bonheur, le roman "Sire" de Jean Raspail, une vieille chose publiée en 1991, au temps où les personnages n'avaient ni Internet ni téléphone portable pour faire avancer leurs desseins. Cela n'a l'air de rien, mais qu'est-ce que la donne a changé depuis!

Ces détails ont leur importance. Jean Raspail livre ici, en effet, un roman d'anticipation puisque son propos se déroule en 1999 - un 1999 imaginé sans tous ces outils, avec un Président de la république sans visage auquel est subordonné un Premier ministre qui va connaître une intéressante évolution. Laquelle? De républicain convaincu, il va être progressivement convaincu de l'évidence de la monarchie en France... et ce, à partir du 21 janvier 1999. Soit très exactement 206 ans après que Louis XVI a été décapité.

Quel est le propos de Jean Raspail dans ce roman? L'auteur imagine un certain Philippe Pharamond, et le peint en héritier du trône. Et le fait parcourir tout un jeu de piste qui le conduira à devenir roi. Roi de France, roi de son jardin, peu importe, l'essentiel étant qu'il soit dûment investi de la mission qui, organiquement, intimement lui revient. Au fond, c'est une affaire entre Dieu et le monarque consacré, ou du moins Jean Raspail la présente-t-il comme telle, certain que seule la monarchie de droit divin est digne de ce nom, tout le reste n'étant que dictature et despotisme.

Jean Raspail recrée ainsi tout un jeu de piste, à telle enseigne que l'on pense parfois au "Da Vinci Code" de Dan Brown. Mais si ce dernier livre un roman efficace reposant sur une énorme documentation, Raspail amène ici un roman certes plus exigeant, mais aussi empreint d'une culture historique immense qui colle à la peau de l'auteur comme une seconde nature, et surtout d'une immense sincérité. Le jeu de piste conduira le lecteur à Reims, à Saint-Denis, à Paris, et le fera se souvenir de Pully, en Suisse; il partira à la poursuite de la Sainte Ampoule et de Joyeuse, l'épée de Charlemagne. Enfin, Jean Raspail fait un clin d'oeil à ses bons vieux Pikkendorff.

Certes, la magie des romans qui viendront plus tard (en particulier le formidable "Les Royaumes de Borée") n'intervient pas d'entrée de jeu, ce qui peut induire une certaine déception - je l'ai ressentie. Quelle magie peut-il y avoir, en effet, dans les dialogues entre un Premier ministre, Rotz, et son âme damnée, Racado, derrière les fenêtres de la Place Beauvau? Mais il faut faire confiance à Jean Raspail: il ne vous laissera pas en plan en matière de fantastique.

Qui est Pharamond, en effet? Il s'agit du premier roi de France, bien avant Clovis II, à la différence près que Pharamond est un personnage de légende. Dans le roman, son homonyme, âgé de 18 ans, apparaît comme un "pur". Pur, sans péché? Ce serait beaucoup dire: comme tous les jeunes gens brillants, il se joue des épreuves à l'école sans trop travailler, et fait figure de rebelle. Rien d'un Christ moderne! Il est en revanche certain que ce jeune homme dispose d'un charisme extrême. Sans cela, comment se ferait-il que toutes les portes, même les plus hermétiquement closes, s'ouvrent devant lui? Quelques signes ne trompent pas, à l'instar de cette couronne de fleurs de lys déposée sur la Place de la Concorde, sans qu'on sache qui a fait ce geste. Plus loin dans le récit, Jean Raspail use avec virtuosité de ficelles éprouvées du genre, par exemple en situant des événements dans un brouillard si dense et si localisé qu'on se demande s'ils sont réellement survenus, ou en faisant essentiellement progresser son action au plus profond de la nuit, quand tout le monde dort.

Le fantastique et le surnaturel sont du reste indispensables à un récit mettant en scène la royauté française. Une histoire de roi, en acte ou en devenir, fait en effet nécessairement référence à des contes d'enfance. L'étrange survient également dans la relation des événements historiques qui ont mené à la situation actuelle. Qu'on pense au destin de la Sainte Ampoule, objet indispensable à tout sacre, brisée, récupérée, perdue, retrouvée comme par miracle, ou à la présence mystérieuse de témoins un peu plus concernés que d'autres lorsqu'un a vidé les tombeaux des rois pendant la Révolution française. Cela, naturellement, sans compter le coup de pouce de Dieu lui-même qui, avec la complicité de milliers d'anges gardiens, organise une panne de courant sur toute la région parisienne (Paris inclus) pour signaler l'imminence du couronnement à toutes les personnes concernées. Le signe choisi? Seules les maisons qui resteront éclairées sont concernées. Au terme d'un cheminement personnel, même Rotz est acquis à la cause, et se retrouve nuitamment à la basilique Saint-Denis, livrée aux vandales... une basilique gardée par Rose, Antillaise de 120 kilos qui parle tous les jours à Louis XVI, par-delà la tombe. Face à la puissance de ces événements dont on ne saura jamais s'ils sont vrais, l'ultime résistant, Racado, semblera bien dérisoire; il finit par se jeter dans la Seine, de toutes façons...

Comment, enfin, Jean Raspail parvient-il à rendre la monarchie sympathique? Comment arrive-t-il à intéresser son lectorat à un bonhomme appelé à devenir, finalement, le roi de son jardin? La ficelle est fort classique, grosse même, mais elle fonctionne à 200% dans ce récit. L'équipe qui entoure le jeune roi Pharamond est en effet constituée de jeunes gens, à commencer par sa soeur jumelle. Leurs équipées nocturnes à cheval ont quelque chose d'héroïque. L'auteur parvient même à rendre le petit entourage de Pharamond représentatif de la société française, noblesse, clergé, tiers état. Tous ces jeunes gens sont portés par la certitude qu'il leur faut accomplir leur destin. Face à eux, se trouve le Premier ministre, forcément âgé, forcément un fusible - l'image même de la fonction éphémère, surtout dans le système français. Rotz finira du reste par être persuadé du côté dérisoire du système dont il est un rouage. Ces aînés sont des personnages arrivés, qui n'ont plus rien à prouver, ni même de marge de progression. Les hommes de main de Rotz et de Racado sont eux aussi interchangeables: qu'on pense aux inspecteurs A. et B. - alors que tous les personnages de l'entourage de Pharamond sont dûment nommés.

Avec tout ça, on deviendrait presque royaliste... j'exagère; mais Jean Raspail produit ici un ouvrage finalement convaincant, magnifique, empreint de nostalgie certes, mais aussi de tout l'esprit très beau qui empreint la monarchie telle que la France l'a connue.

Jean Raspail, Sire, Paris, De Fallois, 1991.

Lectures complémentaires:
Pour en savoir plus sur le royalisme: Yves-Marie Adeline, Le royalisme en questions, L'Age d'Homme/Editions de Paris, 2003.
Pour ceux qui aiment les jeux de piste: Dan Brown, Da Vinci Code, Pocket. 2005.
Pour ceux, enfin, qui préfèrent retrouver le Davyn Chicode: Florentine Rey, Blandine-Marcel, Michalon, 2006.

par Daniel Fattore publié dans : Livres
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Vendredi 4 juillet 2008

Day 334 - Mental Overload... moins que les Français, mais plus que les Allemands! J'avais déjà lu cette information dans un torchon gratuit, mais le journal genevois "Le Temps" a publié aujourd'hui, à ce sujet, un article développé. Première information: 11% des Suisses sont épuisés, mais cela ne les empêche pas d'être heureux dans leur emploi. C'est ce que révèle une étude européenne, la quatrième du genre. Qui serait touché, selon l'étude? Le personnel très qualifié, les indépendants, les cadres, le personnel de l'agriculture... et de l'administration.

Le journal ajoute que personne ne fait rien pour améliorer la situation. Des solutions? Offrir des coussins au personnel, lui ouvrir des salles de repos, voire créer des établissements offrant un plumard et un lieu calme à louer pour vingt minutes? Ce sont des idées, en partie réalisées; mon entreprise commence par exemple à parler de salles de repos. Par ailleurs, il semble important de maintenir des lieux de vie telles que les cafétérias, et d'arrêter de les considérer comme des endroits où le temps est mort. Mais la fatigue peut être plus profonde, d'après l'article - il s'agit bien de celle, pernicieuse, qui débouche sur le burn-out, la fibromyalgie ou le syndrome de fatigue chronique (SFC, ça existe!) Autrefois, ça s'appelait "acédie" (ô le joli mot!), mélancolie ou neurasthénie.

Les Suisses travailleraient-ils trop? On garde encore en tête cette image du p'tit Suisse aux bras noueux, toujours en train de sanctifier son turbin et d'en faire des tonnes. Mais l'article expose qu'il n'y a pas de lien entre la quantité de travail absorbée et la fatigue vécue - au contraire même, il semblerait qu'un collaborateur sous-occupé se trouve plus fatigué qu'un autre. "Ce qui est le plus épuisant, affirme Marc Loriol, chercheur au CNRS à Paris, c'est d'avoir à réaliser en permanence un travail pour lequel on n'a pas les moyens nécessaires et qui n'est ni reconnu ni valorisé. Les gens qui ne travaillent pas sont plus malades que les autres."

Alors, faudrait-il se noyer dans le travail pour, paradoxalement, être moins épuisé? On se le demande. Et l'article relève aussi que personne, en définitive, ne fait rien pour contrer le problème, alors qu'il joue un rôle dans l'absentéisme (et, j'imagine, dans le "présentéisme" aussi). Tout cela est donc insidieux...

Quant à moi, je sens que je vais aller très bientôt piquer un petit roupillon qui va me conduire jusqu'à demain... non sans avoir lu un moment!

Pour en savoir plus: Marc Loriol, Mauvaise fatigue et contrôle de soi, Pistes, 2002.
Photo: Flickr/Irayholly 

Je ne suis en revanche pas en mesure de vous passer l'intéressant article du "Temps", réservé aux abonnés en ligne du journal (ce que je ne suis pas).

par Daniel Fattore publié dans : Air du temps
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Jeudi 3 juillet 2008

J'ai évoqué hier un dictionnaire de proverbes, celui de Montreynaud, Pierron et Suzzoni. Il s'agit d'un petit ouvrage que j'ai gagné l'an dernier lors des championnats suisses d'orthographe; mais je n'ai jamais vraiment eu le temps de me pencher dessus avant... hier soir.

Alors, ringard, le proverbe? Ou peu intéressant? Cette question, le lexicographe Alain Rey la pose dans la préface de cet ouvrage. Feuilletons-le: on y trouve un peu moins de six mille proverbes du monde entier, sur toutes sortes de sujets, parfois expliqués ou commentés. Le tout est agrémenté d'une bibliographie, et surtout d'un index qui permet à chacun de trouver un proverbe ou un diction pour toutes les circonstances de la vie. Le dernier proverbe mentionné est: "La queue du boeuf dit: "Le temps s'en va, le temps revient." - un proverbe qu'on présente comme rattaché à la sagesse. Le recueil s'ouvre sur: "Le soleil luit pour tout le monde" - un classique! En tout bien tout honneur, ce dictionnaire ouvre ses pages par un premier chapitre sur la nature.

J'ai cité Florence Montreynaud tout à l'heure... je l'avoue, elle me gonfle quand elle passe à la télévision, surtout quand il y a Alain Soral en face. En revanche, je garde un excellent souvenir de son "Dictionnaire des citations françaises et étrangères", également gagné à un championnat d'orthographe - cette fois chez Bernard Pivot, à Besançon, en 1991 déjà. Un bel objet qu'on feuillette volontiers! Ici, les proverbes sont classés selon le nombre peu scientifique de 365 thèmes et sujets, d'"Absence" à "Voyage", et sont mis en page de manière très, très aérée. Vous imaginez qu'avec une telle configuration, ce recueil s'ouvre sur "Les absents ont toujours tort"; savez-vous que ce mot passé dans l'usage courant est attribué à un certain Destouches? Naturellement, le suivant est presque identique: "Les absents ont toujours tort de revenir", a écrit un jour Jules Romains, dans son journal. Le volume se termine sur "Ce qui reste de tous les voyages est le parfum d'une rose fanée..." comme une conclusion au voyage au pays des citations. En effet, la mise en page et l'agrément d'un beau papier font qu'on a pour ainsi dire envie de lire tout cela à la suite, à petites doses ou à grandes gorgées. Le choix des citations est pertinent, souvent surprenant, et glisse volontiers d'un aspect du sujet à l'autre en d'habiles gradations. Je suis sûr que cela a été étudié pour. Et pour les tenants d'une approche ponctuelle, il y a toujours un index avec les renvois correspondants, par sujet ou par auteur.

Le monde de l'édition française offre donc bel et bien de quoi nourrir toute conversation, et briller en société pour ceux que cela attire. Sans doute connaissez-vous d'autres ouvrages de ce genre, chers visiteurs?...

Fin de citation."

par Daniel Fattore publié dans : Langue française
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Mercredi 2 juillet 2008

DSC_0182_28042008Evocation printanière? Estivale? J'aimerais partager avec vous ce texte qui évoque quelque chose de bien suisse et de bien rafraîchissant, que j'avais commis pour un jeu d'écriture dont la contrainte consistait en une phrase initiale donnée. A votre santé! 

Quand pleure l’Arvine

 

J’ai une terrible envie de pleurer ! Il me semble que si j’éclatais en sanglots, je me sentirais mieux. Les premiers rayons d’un timide soleil de mars caressent les coteaux, réveillant en moi une sève qui ne demande qu’à monter. La Terre se réchauffe sous mes pieds encore engourdis, l’eau des torrents se fait plus pressante, comme si la montagne de mon Valais de toujours, en cette époque de dégel, se cachait derrière des flots de larmes en voyant s’évanouir la blanche et floconneuse capeline qui lui sied si bien.

J’aimerais pourtant dire aux monts oppressants qui font face au village de Chamoson où j’ai pris pied, tout près de l’église romane de Saint-Pierre-de-Clages, que le vert tout de nuances et de moire qui va les envelopper va très bien leur aller aussi. Il sera jeune et chantant au dessus des villages, et naîtra de mille pieds de vigne qui, comme moi, vont bientôt pousser leurs premières feuilles et lancer leurs pampres conquérants à l’assaut de la treille – quand ceux-ci n’enlaceront pas, presque amoureusement, quelque cep voisin. Il sera plus sombre, plus adulte, sur les hauteurs où les sapins s’amassent à la manière d’un formidable col de fourrure qui enserre la roche nue, noire et inhospitalière sous les rayons de l’astre du jour.

Mes larmes bientôt seront de sève, d’une sève juvénile qui, lentement mais irrésistiblement, montera dans mon corps de bois rude et tors et partira gorger de son suc une myriade de tendres bourgeons, promesses de feuilles et de fruit, de ce fruit dont est tiré, m’a-t-on confié, l’un des plus nobles et plus riches breuvages qui soit. Un breuvage qui, s’il est élevé par un maître, pourra lui aussi larmoyer lorsqu’on l’enfermera dans un verre de cristal de Bohême, comme s’il regrettait, rampant le long des parois de ce transparent exil, les rêches terrasses brûlées de soleil qui l’ont vu naître. A moi aussi, l’ivresse de la reverdie fera monter mille larmes aux moignons des rameaux que l’on m’a ôtés pendant la morte saison afin que jamais je ne perde ma vigueur. Ces larmes, c’est aussi pour le fruit, parti féconder d’autres terres ou d’autres gosiers, que je les verserai.

On dit en effet que le vin fait des larmes, que l’ivrogne sanglote, que la vigne pleure… Quant à moi, cep d’Arvine perdu parmi tant d’autres qui composent un verdoyant camail à la vallée du Rhône, j’ai une terrible envie de pleurer. Pleurer de tristesse en voyant partir la saison du repos, en regrettant mes sarments perdus… mais pleurer de bonheur aussi, car bientôt, moi aussi, je vais revivre et porter du fruit.

 

Le 24 novembre 2006

par Daniel Fattore publié dans : Textes originaux
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Mercredi 2 juillet 2008

Trouvé tout à l'heure dans le dictionnaire des proverbes et dictons de Florence Montreynaud, Agnès Pierron et François Suzzoni, publié par "Le Robert", la citation suivante:

"Les morts ont tort".

Cela a été dit en 1789 par un Monsieur ou une Madame nommé Tuet.

Mortel. Et ça ne s'invente pas.

par Daniel Fattore publié dans : Littératures
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Dimanche 29 juin 2008

Une fois n'est pas coutume, je vais vous parler de péché, de stupre, de fornication... mais aussi de diplomatie, d'amitié, de religion et des valeurs qui fondent la bonne société d'aujourd'hui. Et cela, au terme de la lecture d'un roman très actuel: "L'amour du prochain", signé par l'essayiste Pascal Bruckner. Son propos? Peindre la descente aux enfers de Sébastien, énarque et diplomate prometteur qui, le jour de ses trente ans, choisit de changer de vie.

Qui est Sébastien? Au début, c'est le "chouchou" de ses parents, présentés comme des gauchistes forcenés. Il côtoie une bande d'amis qui est parvenue à se construire, bien souvent en dépit d'une enfance difficile qui a laissé des traces, à l'exemple de Julien, avocat de premier ordre, qui a été battu par son père. Le jour de ses trente ans, l'univers petit-bourgeois de ses amis paraît soudain bien étriqué à Sébastien. Trente ans, c'est une arrivée, un premier bilan. "Et après?", semble-t-il demander. Invité à faire un discours lors de sa fête d'anniversaire, Sébastien a l'impression de passer à côté de quelque chose de la vie, de passer son temps à cultiver des amitiés avec des rebelles sans cause. Et au terme du chapitre 1, il choisit sa cause: offrir de l'amour. Tarifé.

Le chapitre 2 joue le rôle de révélation, s'articulant sur le constat d'insatisfaction du chapitre 1. Une révélation double, même: d'un point de vue sentimental, le fidèle Sébastien (il n'a même pas accepté de consommer l'acte avec Fanny, qui fait partie de son proche cercle d'amis) fornique avec Florence, une Florence qui parvient à ouvrir la porte à un nouveau schéma sentimental, alors que Fanny Nguyen, l'amie de toujours, trace sans cesse les mêmes ornières. Cela se double d'une évolution sociale: Sébastien prend ses distances avec son cercle d'amis - intitulé "Ta zôa trekhei", "les animaux courent". une prise de distance couronnée par un simulacre de procès stalinien organisé à la Rue des Martyrs, à Paris. Ce n'est pas un hasard...

L'ouverture d'un claque fait justement basculer l'existence de Sébastien. Tout va bien pendant trois ans - soit à peu près la durée de la vie publique de Jésus, qui a justement commencé à l'âge de trente ans... et c'est là qu'on entre aussi dans l'aspect mystique de ce roman. Sébastien se justifie en effet en prétendant dispenser le bien à une "ronde des anges" constituée de sa clientèle de rombières. Le vocabulaire choisi renvoie systématiquement à l'univers religieux; et chez Jésus comme chez Bruckner ou chez Beigbeder, "l'amour dure trois ans".

Cela peut paraître un mouvement de révolte, comme une regimbade adolescente tardive. "Je cicatrisais peu à peu de la banalité", déclare même le narrateur (à savoir Sébastien) à la fin du chapitre III. Vraiment? On a plutôt l'impression que Sébastien sort ici d'une banalité pour en rejoindre une autre: celle de la fidélité plan-plan pour celle de l'adultère, d'abord piquant, puis simplement industriel, prolétaire même - la prostitution elle-même, même masculine, est quelque chose de banal de nos jours. Dans une telle perspective, l'évolution de Sébastien a quelque chose de Folantin, ce petit fonctionnaire créé par Huysmans, qui cherche à améliorer son ordinaire alimentaire en variant les gargotes sans parvenir à y trouver quoi que ce soit de mieux.

Dora, personnage énigmatique et grain de sable annoncé, mi-Noire, mi-Juive écartelée entre ces deux origines si dissemblables, jouera dans cette affaire un rôle de catalyseur en titillant le côté mystique présent chez Sébastien. L'affaire va vite glisser: Sébastien se retrouve à faire l'amour à des personnes affreuses, dans n'importe quelles conditions, parfois même gratuitement, sans aucun état d'âme. Les deux disparitions de Dora vont constituer des virages dans la carrière de Sébastien; mais la présence de Dora, Mère Teresa du sexe, prostituée par apostolat et par amour pour Sébastien, poussera son amant à jouer les martyres, à boire le calice jusqu'à la lie. Maîtresse de Sébastien, Dora l'est à plus d'un titre.  

Le martyre, Sébastien le souffrira jusqu'au bout, allant jusqu'à devenir le jouet sexuel de trois reprises de justice qui le branleront méthodiquement toutes les heures jusqu'à lui ruiner son outil de travail (pardonnez la crudité de mon langage...). Réduit à l'état d'objet pur, libéré par la disparition des trois Gorgones et de ses ravisseurs (car il a été enlevé), Sébastien peut rejoindre le monde des humains et commencer sa rédemption. Pour ce faire, il réclamera l'aide de Julien qui, apparemment miséricordieux, la lui accordera, de même que le groupe de ses amis de toujours. Devenu quadragénaire entre-temps, Sébastien comprendra cependant rapidement que ce n'est plus tout à fait comme avant: lui seul a gâché dix ans de sa vie dans le stupre, sacrifiant famille et carrière, alors que son entourage a continué à oeuvrer à sa réussite.

Mais c'est justement Fanny qui, par-delà son décès par suicide, révélera à Sébastien le fin mot de l'affaire, et le libérera de ce que Sébastien a finalement toujours considéré comme un paquet de chaînes. Comment? Je ne vais pas vous le dire... vous me connaissez! Je me contenterai de vous dire que c'est superbement écrit, avec un choix de vocabulaire d'une précision éprouvée. Un livre qui marche, à fond.

Pascal Bruckner, L'Amour du prochain, Paris, Grasset, 2004.

par Daniel Fattore publié dans : Livres
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Vendredi 27 juin 2008

blackstone 2004 sauvignon blancCommençons par l'évidence, pour mieux la casser après: une pizza, ça doit se manger avec un bon coup de rouge bien italien, de préférence du Chianti, mais un Montepulciano ou un Valpolicella fera aussi l'affaire. Dans mon souci constant de blackbouler les idées reçues, je me suis dit: "Mais au fond, qu'est-ce qui va VRAIMENT bien avec une pizza?" Un petit tour sur Internet m'a amené des réponses pittoresques et finalement contradictoires...

La question est moins simple qu'il n'y paraît. D'abord, présentons le plus petit dénominateur commun entre ceux qui, blogueurs, maîtres toiliers ou spécialistes, se sont penchés sur le problème: il faut quelque chose pour faire face à l'acidité inhérente à la tomate, ingrédient indispensable à toute pizza. Cela, sans compter le côté gras qu'implique le fromage fondu, ni l'amertume qu'on prête à la pâte, ni les machins qu'on ajoute à la pizza pour la rendre piquante...

Un premier site, français (forcément!) vous propose un Côtes-du-Rhône comme valeur sûre ("harmonie en rondeur"), un madiran comme "force tranquille" ou un jeu frontal intégrant le rosé, le Chianti rouge ou le tempranillo espagnol. Chouette tour d'horizon, n'est-ce pas? Evitez les grands vins, conseille un blog: la pizza est un plat populaire.

Plus iconoclastes, certains osent le vin blanc... Le raisonnement est assez simple et limpide: la pâte, la sauce tomate et le fromage fondu seraient des alliés naturels du vin blanc, en raison de l'acidité que cela dégage. "Méchant Raisin" va jusqu'à suggérer des pinots gris et assemblages alsaciens pour faire face, en particulier, à des pizzas avec jambon et ananas.

Des éléments de réponse plus nourris, si j'ose dire, se trouvent chez les Américains. L'excellent article "
Pizza Wine Fiasco" fouille la question en profondeur. Là aussi, la primauté du rouge est remise en question, au profit de vins blancs, en posant d'emblée que les Italiens préfèrent traditionnellement une boisson sucrée ou une bière (mais laquelle?) pour accompagner leur pizza. Un coup de rouge? L'auteur de l'article n'est pas loin de penser qu'il s'agit d'un truc à touristes, pas forcément faux mais pas franchement authentique. Mais il se réconcilie avec les tenants du vin en leur soumettant, au bout de son texte, quelques conseils qui ont l'air pas mal

Pv_grigioVous aimez toujours le rouge? Votre amour pour ce type de breuvage est illimité, inconditionnel même? Alors osez aller un peu plus loin. Notre petite planète Terre est assez grande pour abriter au moins deux producteurs de vins qui ont développé des breuvages censés s'allier à merveille avec la pizza. Le premier s'appelle "Pizza Red" (photo de gauche); il s'agit d'un vin facile, légèrement pétillant pour chatouiller la langue, fruité, conditionné en bouteilles et demi-bouteilles. Il en est question ici. A voir les photos, il est plutôt clairet; mais ce produit australien n'est pas encore arrivé sur les tables d'Europe occidentale. Ni, d'ailleurs, l'autre breuvage, appelé "Pizza Vino" (à droite). "The Wine That Goes Great With Pizza", annonce le site Internet de ce vin, sans fausse modestie. Le "Pizza Vino" se décline en blanc, rosé ou rouge, en fonction des préférences; les cépages utilisés sont le Pinot gris, le Cabernet-Sauvignon ou le Pinot Noir. Produit américain, il se vend essentiellement aux Etats-Unis, et se montre assez souple quant à son accompagnement culinaire. Un blog en fait une critique circonstanciée ici.

Alors, facile de trouver le bon vin pour une pizza? Entre la garniture et le support, les paramètres sont nombreux, ce qui est du reste le gage d'un plat à la fois varié, créatif et savoureux. Au terme de cette brève balade, j'ai envie de vous dire... buvez ce qui vous plaira, et racontez-moi vos expériences! Santé et bon appétit.


Liens visités (en partie en anglais):
http://www.delongwine.com/news/2008/05/28/a-pizza-wine-fiasco/
http://mechantraisin.canoe.com/2007/07/31/vins_et_pizza
http://www.petite-degustation.com/
http://www.pizzavino.com
http://www.pizzawine.com
http://wine-by-benito.blogspot.com/2007/12/pizza-red.html
http://www.wine-girl.net/2006/09/pizza_vino.html

Photos: Flickr/fishlamp; sites Internet des produits présentés.

par Daniel Fattore publié dans : Plaisirs de bouche
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Jeudi 26 juin 2008

Pour créer une esthétique du flou, il faut être très précis... c'est le défi que s'est lancé Laurent Trousselle en écrivant "Marche, arrêt, point mort", un roman qui, outre sa trame de thriller, constitue un tour de force linguistique et littéraire. Pourquoi? Vous le comprendrez en le lisant jusqu'au bout, je ne déflorerai pas le fin mot de l'affaire. Simplement, sachez que ce court roman, écrit par un auteur belge installé près de Zurich, est original, très travaillé mine de rien, et recommandable en fin de compte.

Je commence par rappeler brièvement le récit, narré à la première personne par une personne qui habite en Suisse et se mue en terroriste autonome après un grave accident d'alpinisme. Vengeance personnelle? Revanche sur un monde qui lui semble inique? Le personnage principal a, il faut le dire, quelques motivations libertaires bien ancrées derrière la tête. Sa démonstration de l'inexistence de Dieu n'est guère convaincante (on peut bien prouver cela et son contraire, mais en définitive, c'est une question de foi, non de preuve), mais on sent là quelqu'un qui pense, qui a même un coeur, en dépit de ses habitudes soudain homicides.

Et c'est là qu'intervient le flou. Car ce personnage principal, le lecteur va le découvrir tout au long du roman, littéralement de bout en bout. Laurent Trousselle lance son propos comme un murmure: "Qui suis-je?" Cela lance le lecteur dans quelques pages très introspectives, qu'on a pu dire rebutantes mais qui fonctionnent sur un lecteur ouvert à une forme un peu alternative de thriller. Ainsi apprend-t-on que le narrateur vit à Zurich, dispose de beaucoup d'argent, parle très peu et n'a pas d'amis - personne, donc, pour lui renvoyer sa propre image. C'est dans cette première partie que l'auteur glisse plusieurs encadrés présentant certains aspects liés aux explosifs, rédigés de manière très professionnelle. Comme une idée qui passerait par la tête de la voix qui raconte...

... on voit soudain le personnage principal entrer en action. Les encadrés cessent alors, comme si, de la théorie, on passait littéralement à la pratique, qui se passe de manuel. Le personnage, lui, continue de cultiver ses zones d'ombre. Victime d'un grave accident d'alpinisme, il se rééduque en secret, tout en présentant au monde l'image d'une personne accidentée qui a besoin d'une canne pour se déplacer. L'envie de maîtriser son image (ou le flou qui entoure cette image) se traduit également dans la manière dont il achète le matériel nécessaire à la construction de bombes artisanales: certes, le personnage se procure 25 kilos de désherbant, mais il achète aussi du matériel de jardinage pour que ça fasse plus naturel. La préparation de bombes est du reste une alchimie pour le personnage principal.

Un personnage principal qui n'a pas de nom. Les figures qui évoluent autour de lui n'ont guère de visage non plus, et semblent des marionnettes de carton auxquelles l'auteur donne le plus souvent, en lieu et place de noms, les appellations conférées par le narrateur: Flicart Natel, Kiné, etc. - autant de sobriquets nés des caractéristiques qu'ont les membres de l'entourage du personnage principal. Souvent, le narrateur lance "J'exagère" - encore ce goût de la mise en scène, de la volonté de se cacher, derrière des fanfaronnades cette fois.

L'action elle-même vise à brouiller les pistes. Disciple avoué du mathématicien et terroriste Unabomber, le narrateur place ses bombes un peu partout: une fois dans un train, une fois dans une école, mais toujours dans ce havre de paix qu'on appelle la Suisse. Résultat: les soupçons se perdent entre les terroristes islamistes, les extrémistes de droite, etc. Cela, avant que l'étau ne se resserre.

L'ouvrage recèle, enfin, quelques astuces linguistiques qui ne sont pas dépourvues de sens. Le seul helvétisme manifeste est par exemple le mot "Natel", qui désigne le téléphone portable en Suisse. A ce mot original, l'auteur confère un sens nouveau: "Cet appareil permet de pister les gens comme moi, de les localiser, [...]. Vivement pour lui, qu'on se le fasse tous greffer!" (p. 150). Autre astuce importante: Ivon Trousselle prête sa signature aux rapports de police reproduits dans l'ouvrage (et en est dûment remercié), tout comme Charly Veuthey (l'éditeur, qui apparaît comme officier de la police judiciaire).

Laurent Trousselle, Marche, arrêt. Point mort, Fribourg/Genève, Faim de Siècle/Cousu Mouche, 2007

Photo: Laurent Trousselle; mot-clef-net.

par Daniel Fattore publié dans : Livres
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